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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 17:43
Martine Razin

Martine Razin

Une interview publiée dans La Buvette des Alpages.

http://www.buvettedesalpages.be/

 

Une consultation est actuellement en cours concernant un projet d’arrêté préfectoral qui pourra autoriser des tirs d’effarouchement sur les vautours fauves en Ariège.

Cet arrêté est plus que contestable : les vautours ne sont pas des prédateurs. Ils ont un rôle écologique important. Ils sont des équarrisseurs naturels gratuits pour les éleveurs. L’Etat cède une fois de plus aux anti-nature pour effaroucher une espèce protégée, sans aucune justification scientifique, montrant sa totale ignorance pour la biologie de l’espèce.

La Buvette a demandé l’avis de Martine Razin de la coordination Casseur d'os Programme Pyrénées Vivantes de la LPO.

 

Martine Razin
Photo Gonzalo Deàn

La Buvette : Que pensez-vous de l’arrêté qui prévoit l’effarouchement des vautours en Ariège ?
Martine Razin : Le Vautour fauve ne niche pas en Ariège où sa présence est peu marquée et saisonnière. Cet arrêté n'est que politique : aucune preuve scientifique ne vient attester les accusations de la FDSEA et des chasseurs exprimées lors de la manifestation de Foix.

Dans les Pyrénées (ensemble du massif qui comprend 6 départements) l'ONCFS a communiqué qu'en 2012 seulement 16% des constats déclarés (soit 16% de 52 = 8 constats) concernaient des interventions de vautours "-sur du bétail affaibli ou blessé et en l'absence de berger".

Ces interventions sur animaux condamnés représentent moins de 0,05% de la mortalité du bétail (Choisy, 2014, courrier de l'environnement de l'INRA) et ne justifie pas un tel arrêté (les chiens errants, oui).

La présence de vautours prés de bâtiments agricole indique la présence de bétail mort (ou de placentas non enlevés), ou de bétail en difficulté (mise bas à problème nécessitant la présence de l'éleveur ou d'un vétérinaire par ex.). Un effort sanitaire et une surveillance des mises bas rendraient les bâtiments et leurs environs moins attractifs et suffiraient à les éloigner.

La Buvette : Avant d’effaroucher les vautours, n’aurait-il pas fallu mettre en place une campagne de prévention et expliquer le rôle sanitaire des vautours ?
Martine Razin: Aucune autre mesure n'a été testée, et on le comprend, vu que les incidents sont plus que rarissimes, et aucune campagne de sensibilisation incitant les éleveurs à surveiller les mises-bas et à améliorer la conduite sanitaire des troupeaux n'a été prise par la préfecture de l'Ariège ; un tel arrêté n'est qu'une réponse politique à un groupe de mécontents qui refuse de cohabiter avec la grande faune, ours, vautour faune, etc.

Cet arrêté ne tient pas compte des espèces protégés qui pourraient être perturbées par les tirs (autorisés au printemps à la période où la majorité des oiseaux nichent) ce qui est interdit.

Ce projet entache gravement les vautours fauves qui sont des animaux utiles à l'élevage (ce sont des équarrisseurs propres, rapides, gratuits et non polluants) ainsi qu'au tourisme de nature. Ils devraient être valorisés.

La Buvette : Les autorités ne semblent pas prendre en compte les résultats des expériences qui ont été tentées dans les Pyrénées atlantiques.
Martine Razin: Si ces tirs sont réalisés directement par les éleveurs-chasseurs et par les lieutenants de louveterie, le risque de dérapage et de tir à balles non létales est à prendre au sérieux ; ce type d'arrêté a été pris dans les Pyrénées-Atlantiques en 2012 et un gypaète a été tiré en 2013. De plus, le risque de confusion entre le vautour fauve et le gypaète est important: même envergure, même milieu, mêmes carcasses exploitées.

Les tirs d'effarouchement à l'encontre du vautour fauve ont montré leur inefficacité dans les Pyrénées-Atlantiques: pas de demande des éleveurs, et effet éphémère des tirs (les vautours font un tour et ne s'en vont pas) si ils ont repéré une opportunité trophique. Les vautours fauves comme tous les charognards sont des opportunistes, ils sont stimulés (contrairement aux prédateurs) par l'immobilisme du bétail: le bétail immobilisé devrait être surveillé ou bien c'est qu'il n'a pas de valeur (bétail subclaquant, sur le point de mourir).

La Buvette : Est-ce que cette mesure diminue le risque de voir le retour de l’usage de produits prohibés pour empoisonner ce que certains considérent comme une espèce mutante ou déviante ?
Martine Razin: Il n'est pas certain qu'autoriser des tirs d'effarouchement limite le risque d'empoisonnement des vautours : en juillet dernier un vautour percnoptère a été empoisonné dans les Pyrénées-Atlantiques où un arrêté similaire a été pris. Les services de l'État devraient s'attacher à apaiser ce dossier plutôt que de donner crédit aux accusations infondées des éleveurs. Il y a eu plusieurs cas de plaintes médiatisées démenties par la suite durant ce printemps.

La Buvette : la prise d'un arrêté similaire dans les Pyrénées n’a pas été sans conséquences sur les mentalités déjà agitées par les médias et par les pressions du milieu agricole qui durent depuis plus de dix ans.
Martine Razin: En 2012 en Ariège, la disparition d'un gypaèton de 3 mois coïncide en temps et lieu avec 3 cas d'empoisonnement de vautours fauves ; dans l'Aude, même année, 4 vautours fauves et un vautour percnoptère ont été empoisonnés ; en 2013, 32% des rapaces nécrophages morts que nous avons étudiés ont été victime d'actes de malveillance (tir ou poison) ; fin 2013 un gypaète a été tiré ; juillet 2014 un vautour percnoptère a été empoisonné (même département). Depuis 2007, 2 gypaètes ont été tirés et 4 vautours percnoptères sont morts empoisonnés dans les Pyrénées, le haut de l'iceberg bien sur, vu la rareté de l'espèce !

Ce désastre pollue le reste des régions françaises : surenchère médiatique anti-vautours dans les Alpes, un jeune gypaète réintroduit dans les Grands Causses tiré !

Lire aussi

La Buvette, afin de vous aider à argumenter votre réponse à cette consultation a demandé l’avis de Martine Razin de la coordination Casseur d'os Programme Pyrénées Vivantes de la LPO et de Jean-Pierre Choisy, Chargé de mission au PNR Vercors de 1993 à 2011, notamment sur les vautours.

Vous avez jusqu’au 9 septembre 2014 pour vous exprimer

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Published by Jeno l'écolo
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