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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 18:00
Les pérégrinations d'une églantine.

Je me dis que ce devait être en 1971. Jean-Claude Brialy tournait son fim "Eglantine", sorti en 1972.

Pour quelques scènes, il avait investi le château de Pronleroy, dans l'Oise.Il était aussi venu dans mon  hameau de Trois-Etots en vue de tourner dans le petit cimetière. Mes parents et moi n'étions pas présents ce jour là et nous n'avons hélas  pas assisté à cette scène qui me réjouit fort quand j'y pense. Et j'y pense souvent.

Sur ordre de Monsieur Brialy,  une équipe technique, armée de tronçonneuses , se préparait  à raser la haie vive de ce cimetière où l'on rêverait de dormir. Le but : filmer plus facilement, plus "à l'aise". C'est alors que surgit le garde-champêtre,  celui qui bien des années auparavant s'était interposé, avec succès bien heureusement, entre la chapelle qui menaçait ruine et un bulldozer. Les mots sortant de son coeur d'homme doux et protecteur qui avait connu les horreurs de la guerre, il a fait comprendre à ces techniciens qu'il ne laisserait en aucun cas détruire cette haie, gîte de tant de petits animaux, refuge de tant d'oiseaux.

Jean-Claude Brialy a cédé. La haie est restée indemne pendant de nombreuses années. Depuis, il semble qu'elle ait été remplacée par une haie moins riche, moins vivante. 

Mais pourquoi diable est-ce que je vous raconte tout ça? Lorsque mes parents ont déménagé de Trois-Etots pour le Pays Basque, en Juillet 1972, j'ai tenu à emporter un végétal afin de le transplanter sur leur nouveau lieu de vie. Ce n'était certes pas la saison et il faisait très chaud. J'ai tenté. J'ai choisi, devinez, une églantine. Précautionneusement déterrée, je l'ai installée dans un grand pot et calée comme j'ai pu dans le camion des déménageurs où chacun me disait que je n'arriverai pas à loger une aiguille à coudre. Pendant que les radios nous faisaient part des avatars du tour de France, cette plante a parcouru près de 900 km dans des conditions pour le moins difficiles. Je l'ai gardée dans son pot de terre tout l'été, l'arrosant et la surveillant régulièrement. A l'automne, je l'ai installée dans une haie que je plantais. Depuis, elle s'est multipliée. J'ai gardé plusieurs de ses enfants. J'en ai donné pas mal aussi. C'est l'un d'eux que je vous ai porté hier, Ben et Léa (et aussi petit Eliott qui deviendra grand), dans le village basque de Larribar Sorhapürü.  Quand vous passerez devant elle, surtout au printemps lorsqu'elle vous offrira ses fleurs, s'il vous plaît, pensez à André, le garde-champêtre, qui n'était pas un écolocrate , qui n'avait besoin ni de diplômes ni de compétences scientifiques, ni de réseau social, ni de titre politique, ni d'engagement associatif,  pour "faire de l'écologie".  Pensez à lui qui avait tout compris avant les autres parce qu'il écoutait son coeur qu'il avait grand comme ça.

 

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commentaires

Jenofa 22/12/2015 10:46

"Ne pas parler de poésie en écrasant les fleurs sauvages".

l e b A b e l 22/12/2015 01:48

Couper le réel à coup de hache pour deux secondes de rêves déjà oubliés ! Toute la prétention stupide du prétendu "acteur culturel" est là. Au moins, pour dépeindre en poésie un paysage faut-il ne pas y toucher, aller même jusqu'à s'y poser comme absent, ne pas même influencer la scène d'un regard étranger.
Les fleurs d'égo sont d'une toxicité sans pareil.

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