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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 16:30
Des ponts, pas de murs!

Cet hiver,à Baigorri (Saint-Etienne-de-Baigorry) des réfugiés extraits de Calais avec leurs amis du Pays Basque.

Présentation du texte par l'ami Xarlo, d'Hazparne (Hasparren)

 

Certains accusent les Basques indépendantistes de vouloir se renfermer sur eux-mêmes. Ils ne le pensent peut-être pas mais ils le disent haut et fort, l'honnêteté intellectuelle n'étant pas en général leur point fort.

Ttotte Etxebeste qui a écrit ce texte sait ce qu'il en coûte d'être Basque et d'aimer son pays. Il continue à payer assez cher pour ça. Son écrit n'en est que plus beau et fermera le bec empoisonné de nombre "d'anti-basques"..."

 

" Toi qui hurles que cette terre est à toi, toi qui désires fermer les frontières et emmurer ce que tu oses appeler ta patrie. Toi, qui le soir venu, te barricades, laissant dehors ceux qui ne te ressemblent pas. Toi qui écoutes ceux qui appellent à la haine, ceux qui te font croire que cet étranger est un danger pour toi, pour ta civilisation, alors qu’il est bien plus proche de toi, de ta vie, que les marchands de haine dans leurs salons.

Dis-moi, toi que ferais-tu si on détruisait ta vie, si on la bombardait d’obus et de haine ? Dis-moi, toi que ferais-tu si, en un éclair, ta vie basculait entre chaos et larmes ? Dis-moi que ferais-tu si la faim hurlait dans ton ventre, si ton avenir n’était que l’absurdité de la guerre et de la famine ? N’aurais-tu pas toi aussi cette envie de fuir cette terre qui pourtant t’a vu naître, fuir en abandonnant ton passé pour l’inconnu ? N’aurais-tu pas cet instinct de survie ? Partir, fuir, vers un ailleurs où la misère serait peut-être moins cruelle. Ne traverserais-tu pas le désert, et ne prendrais-tu pas un radeau de misère pour traverser l’océan, au risque d’y laisser ta vie sachant qu’elle ne vaut plus grand-chose ?

Toi qui refuses d’accueillir les errants d’aujourd’hui, n’aurais-tu pas oublié que l’homme, depuis la nuit des temps, est un réfugié, un migrant ? La misère, la famine et la guerre n’ont eu de cesse de pousser les désespérés vers l’exil. Des familles entières ont été jetées sur les routes inconnues des Amériques ou d’ailleurs par les grandes famines d’Irlande, de Russie, du Portugal ou bien encore par celles de chez nous. Les guerres sanglantes d’Europe, elles aussi, ont mis sur les routes de l’exil, tant et tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Pour certains, après l’exil, ce fut l’internement dans les camps comme celui de Gurs. L’aurais-tu oublié ?

Ouvre les yeux et tu verras que, derrière tes murailles, le monde est vaste et riche de beauté, que la différence n’est pas effrayante, au contraire, elle est une richesse. N’écoute pas ceux qui veulent t’enfermer dans la peur et la haine, écoute le chant de la différence multiculturelle !

Approche-toi de la nature et observe-la, elle t’apprendra que les frontières sont la folie des hommes. Les autres espèces ne connaissent pas de frontières, elles vont et viennent à leur guise, à la recherche de nourriture. Elles sont libres et nous pourrions l’être aussi si nous arrêtions de nous enfermer dans les ghettos… libère-toi !

J’aime ce monde sans trop savoir s’il tourne vraiment rond. Au cours de mes errances, de mes vagabondages, j’ai rencontré tant de couleurs, entendu tant de chants! J’ai aimé l’atmosphère et ces parfums d’ailleurs. Regarde dehors un instant, laisse tomber tes œillères, et dis-moi à qui appartiennent les montagnes, la lumière du soleil, la pluie, le vent et les océans… pas à toi, ni à moi, alors arrête de vouloir des frontières et des barbelés.

Mes certitudes sont celles que me chante mon cœur. Je suis né ici, sur cette terre basque, comme j’aurais pu naître ailleurs. Je me sens profondément basque, pourtant cette terre ne m’appartient pas. Je suis ici locataire. Je sais qu’elle peut accueillir bien d’autres que nous et leur rendre la vie moins pénible.

Toi qui refuses d’accueillir des plus miséreux que toi, écoute encore ceci : une maison aux fenêtres fermées, aux portes emmurées, ne respire pas, ne vit pas, elle moisit de l’intérieur et lentement se meurt. Une table vide est triste alors qu’une table aux milles convives est plus gaie, plus riche.

Moi, j’aime avoir les fenêtres et les portes grandes ouvertes, et avoir à ma table tant d’amis d’ici et d’ailleurs. Toi aussi, ouvre ton cœur aux autres et tu verras que ce monde sera plus beau ! "

Ttotte Etxebeste

 

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commentaires

Martine caplanne 11/10/2016 17:09

Quelle belle lettre, merci Ttotte.

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