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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 09:39

Une contribution de Daniel Labeyrie

Le hibou du Moutier
Il prodiguait les hosties
Le pain bénit, l’Eucharistie,
Aux petits oiseaux du moutier
Georges BRASSENS

    Permettez, chères sœurs, je me présente : je suis un modeste hibou moyen-duc, mon plumage est fauve, mes deux aigrettes se dressent sur mon chef, je me porte plutôt bien malgré mon grand âge. J’habite dans une sapinière du plateau où il fait bon vivre malgré un climat rigoureux et cette maudite burle qui me glace le sang au temps d’hiver.

    Je ne ressemble ni au hibou grand-duc aux yeux sévères et austères ni aux insignifiants petits ducs qui s’égosillent dans les platanes de Barjac les nuits de canicule.
    Cette année, j’ai envie de fêter Noël en compagnie des saintes dames du Moutier, les chères diaconesses de Reuilly qui portent l’Evangile autant dans leurs paroles que dans leurs actes. Chères sœurs, n’ayez crainte, je ne suis pas un rapace anticlérical, je ne bouffe pas du curé ou de de la nonne à tous mes repas, je me contente de rats gris, de surmulots ventripotents, de souris faméliques ou de sveltes musaraignes. 

    Ces derniers temps, figurez-vous, j’ai comme l’impression que le moral des humains n’est guère au beau fixe, la désespérance a pignon sur cœur. Je ne vois plus que leurs yeux car ils portent tous des masques, en ville comme à la campagne. Ils grognent, se calfeutrent, maudissent leurs dirigeants, se réconfortent par des rasades de porto ou des ébats amoureux pendant les heures du couvre-feu. D’autres se crêpent le chignon ou se traitent de tous les noms d’oiseaux, ce que je trouve parfaitement inadmissible.
    A propos de ce couvre-feu, moi, je me dis que c’est très bien, je peux voler sans danger pendant la nuit, vaquer à mes chasses nocturnes sans risquer de me faire écrabouiller par une ouature, oui une ouature comme l‘écrivait Raymond Queneau.

    Ce soir, c’est Noël mais que sont devenues l’effervescence et la joie de la Nativité ? Voilà des semaines que je n’entends plus guère la lyre ; quant aux cantiques, cela fait belle lurette que les anges se cachent au-delà des nuages, désespérés par ce silence assourdissant dans les temples, les églises, les synagogues, les mosquées. L’humanité broie du noir, ce qui n’empêche pas les armes de crépiter et des vies de s’arrêter dans des flots de sang, ici comme ailleurs sur la planète.

    Allez les frangines, ne laissez pas la chappe de silence assombrir ce Noël 2020. J’ai convié une multitude d’oiseaux pour cette veillée de Noël en compagnie d’une petite trentaine de personnes. 
    Il n’est pas interdit à la gent ailée d’être présente à cette occasion : pas de dérogation obligatoire pour nous. Le dieu des oiseaux nous laisse en totale liberté. Croyez, chères nonnes, que nous n’occasionnerons pas le moindre trouble à l’ordre public dans votre saint lieu.

J’ai convié la chouette hulotte, cousine un peu mégère, une effraie noctambule, deux mésanges bleues ravissantes, une corneille noire tracassière, un rouge-gorge solitaire, une troupe de moineaux braillards à qui j’ai recommandé la discrétion, un merle moqueur qui siffle » Le temps des cerises », un goéland désargenté, un coq de bruyère goguenard, cent sansonnets de la chorale des érables du Mazet, un insignifiant roitelet qui a du coffre malgré sa petite taille et un grand corbeau anticlérical qui m’a promis de ne pas croasser « A bas la calotte ». Le grand-duc, morose et hautain, a décliné l’invitation.
Je suggère à Sœur Samuel de venir à cheval pour nous escorter lorsque sonnera la cloche.
Nous ne connaissons pas le moindre chant religieux mais nous chantons des hymnes à la nature, à la beauté du monde et à la vie. Je vous suggère de répéter le chant de la création de Saint-François qui était un brave type. Lisez aussi un poème de Rumi, après tout, tous les chemins conduisent à l’Eternel.
Nous les oiseaux, sommes ouverts à toutes les traditions, nous dérangeons peut-être l’ordre établi mais nous sommes libres comme l’air.
Les petits oiseaux se poseront sur les épaules des trente privilégiés.
Quant aux grands oiseaux, ils seront alignés sur le dossier des bancs, à distance respectable les uns des autres.

J’assume toute la responsabilité de cette soirée et je ferai en sorte qui n’y ait pas le moindre dérapage de la part de mes confrères qui ont reçu toutes les recommandations.

Chères nonnes, pardon pour la familiarité, comptez sur notre ponctualité légendaire. Tout se passera merveilleusement bien et à l’heure sonnante de minuit, lorsque l’Enfant – Dieu poussera son premier cri, d’un bec unanime, nous chanterons en chœur malgré la discordance de nos voix.
Vive Noël 2020 !!!
 
PS : A l’occasion, durant les nuits froides d’hiver, je hululerai mes cantilènes sur la plus haute branche du hêtre pour bercer vos rêves de paradis céleste.


 

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