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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 12:02

 

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Sujet à la une

Touche pas à mon élu

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03/03/2011

Giuliano CAVATERRA

Trois jeunes de Segi parmi les huit qui s'étaient installés dans la salle Bentaberry d'Ispoure la semaine dernière ont été arrêtés hier de manière «extrêmement violente» selon les élus locaux qui les accompagnaient.

Xalbador et Jazint Ramirez, tout d'abord, ont été interpellés vers 9h30 alors qu'ils se rendaient à une conférence de presse du Collectif contre le mandat d'arrêt européen à Bayonne. Selon les élus municipaux de Saint-Pée-sur-Nivelle, Jean-François Béderède et Eliane Etxeberria, qui les y accompagnaient, l'arrestation a été d'une «violence inouïe». A hauteur d'Arcangues, une voiture leur a barré le chemin et ce qu'ils supposent être des policiers ont pointé leurs armes sur eux. Jean-François Béderède, l'un des élus raconte : «Il y avait trois voitures banalisées et sept ou huit policiers en civil, parmi ceux-ci deux parlaient espagnol. Ils ne se sont pas identifiés. J'ai fait état de notre qualité d'élus et l'un d'eux m'a répondu `On s'en fout que tu sois élu, petit con, tu n'as pas de couilles'. Nous avons essayé de sortir de la voiture, mais ils nous ont refermé les portières sur les jambes. Nous voulions partir avec les jeunes et avons réclamé d'être emmenés avec eux, mais les policiers nous ont menacés avec leurs armes... pour ne pas nous embarquer. Drôle de paradoxe !».

Le même J.-F. Béderède connaîtra quelques heures plus tard la même mésaventure, toujours à Arcangues. Accompagné d'Alice Leiciaguecahar, conseillère régionale d'Europe Ecologie, et de Lutxi Oxandabaratz, conseillère municipale de Gamarthe, ils accompagnaient Endika Perez, un autre des jeunes de Segi visé par un MAE qui avait participé à la conférence de presse. Après avoir pris un café à la place Saint-André dans un Petit-Bayonne quadrillé par des policiers en civil, ces quatre personnes ont pris la route de Saint-Pée-sur-Nivelle. Arrivés à hauteur de la pharmacie d'Arcangues, une voiture de police banalisée leur a coupé la route tandis que d'autres véhicules arrivaient par l'arrière. Les policiers sont sortis armes au poing. M. Béderède est sorti et a été contraint sous la menace des armes de mettre les mains sur le capot. Là encore, il semblerait que les policiers ne se soient pas identifiés. Selon les témoins, les policiers ont commencé à frapper sur la voiture et ont fait exploser une vitre du véhicule «alors que les portières étaient ouvertes», souligne l'élu senpertar. La conseillère municipale de Gamarthe explique quant à elle : «Ils nous disaient de sortir mais en même temps ils cognaient sur les portières et donc nous ne pouvions sortir». La conseillère régionale affirme, elle, avoir voulu sortir, mais les policiers lui ont «refermé la portière sur la jambe». Une autre élue, Teresa Halsouet, d'Urrugne, aurait quant à elle été projetée au sol par les membres des forces de l'ordre. Selon les témoins, elle aurait reçu des coups de pied et a été blessée à l'arcade sourcilière. Mme Oxandabaratz, elle, aurait reçu des éclats de verre et a été blessée aux mains. Les élus affirmaient hier soir qu'ils allaient porter plainte.

Entre ces deux arrestations avait eu lieu, donc, une conférence de presse du Collectif contre le mandat d'arrêt européen qui regroupe divers partis politiques, syndicats et mouvements sociaux. Lors de cette conférence de presse étaient également présents des élus qui s'étaient engagés publiquement lors d'un kantaldi à Cambo samedi dernier à offrir protection et hébergement aux huit jeunes de Segi qui ont fui l'Etat espagnol pour «des raisons politiques» selon eux.

Scandalisés

Anaiz Funosas d'Askatasuna et Francis Charpentier de Solidaires au nom du collectif ont dit être «scandalisés» à la suite des arrestations de lundi et celles d'hier matin. «Alors que de plus en plus de voix s'élèvent contre le MAE et se prononcent en faveur d'un processus de résolution du conflit, voilà la réponse des Etats français et espagnol. Ils arrêtent des jeunes dont le seul tort est de vouloir poursuivre leur activité politique». F. Charpentier se dit également scandalisé de la façon dont se sont produites les interpellations «dans des conditions inacceptables avec des policiers qui sortent leurs armes !»

Risque de tortures

Battit Amestoy, conseiller municipal d'Ustaritz a rappelé que ces jeunes «en quittant leurs domiciles, leurs familles, leurs amis, leur cadre de vie, ont fait un pas difficile et douloureux». Pour l'élu, «s'ils l'ont fait c'est parce qu'ils risquaient la torture et tout le monde sait que la torture existe dans l'Etat espagnol. On nous dit que c'est une démocratie, mais quel genre de démocratie est-ce là qui interdit des journaux, des partis, des associations ?», s'interroge le conseiller uztariztar qui ajoute : «La raison de la présence de ces jeunes ici est politique et uniquement politique. Pour nous, élus, il est inacceptable que l'on poursuive quelqu'un pour des raisons politiques». A sa suite, l'élue de Gamarthe L. Oxandabaratz, très émue, s'est déclarée chanceuse «d'avoir pu connaître ces jeunes même si ça a été très bref». «Pour un adulte, pour un élu, c'est important que les jeunes se prennent en main. Et ces jeunes-là, justement, ils se prennent en main, ils sont dynamiques, ils s'investissent», a-t-elle ajouté avant de poursuivre : «Ils risquent la torture et douze ans de prison parce qu'ils sont abertzale et de gauche. Mais nous ne sommes pas en Tunisie ou en Algérie. Nous sommes en France et en Espagne». Elle a regretté aussi n'avoir aucune information sur le sort des jeunes arrêtés : «Nous ne savons pas où ils sont, on refuse de nous répondre. C'est du kidnapping». Même son de cloche chez Alice Leiciaguecahar. La conseillère régionale écologiste fait allusion à l'arrestation de deux des jeunes qui ont été arrêtés entre son domicile à Uhart-Cize et Saint-Jean-Pied-de-Port : «On les a ramassés au bord de la route, comme des chiens et à l'abri des regards, et après, aucune nouvelle.» Elle s'est aussi indignée du fait que son domicile ait été surveillé.

La dernière des huit

Par ailleurs, la dernière des huit jeunes encore en liberté, Irati Tobar Eguzkitza, a assisté hier soir au conseil municipal d'Hendaye. Durant ce conseil, l'élu abertzale Iker Elizalde a refusé de prendre part aux votes pour «dénoncer les arrestations brutales» et les violences faites aux élus. Il a également invité les membres du conseil municipal à rencontrer la jeune femme.

Une audience aura lieu mardi prochain à Pau pour examiner le MAE.

 

Chaîne humaine contre le MAE samedi

Le Collectif contre le MAE a appelé à participer «massivement» à la «chaîne humaine» qui aura lieu samedi entre le rond-point Saint-Léon à Bayonne et celui du Géant Casino d'Anglet. Cette manifestation en faveur «des droits civils et politiques» et contre le mandat d'arrêt européen a vu se multiplier les soutiens cette semaine. Parmi eux, des sportifs, comme le pilier de l'Aviron Bayonnais, Aretz Iguiniz, ou les Rugby Neskak de l'ASB, des musiciens tels que Niko Etxart, Erramun Martikorena, les Souletines du groupe vocal Amaren Alabak. L'appel est relayé aussi par le festival Euskal Herria Zuzenean et par Euskal Herriko Laborantza Ganbara ainsi que par le dessinateur Asisko Urmeneta, entre autres.

 

http://www.lejpb.com/

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