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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 11:00
Baztan, empereur d'Uhaldia et maître de nos coeurs à ma fille et à moi. C'était il y a deux  ans, un jour où il n'était ni trop mouillé ni trop boueux.

Il était arrivé à Uhaldia il ya un peu plus de quatre ans, presque cinq.  Ou un peu plus de cinq. Je ne sais plus exactement et qu'importe!
Il s'appelait "Hooligan" et nous, vraiment, avec ce nom, nous avions beaucoup de mal. Alors, nous avons cherché un nom qui se termine en "an" afin  que le changement ne soit pas trop brusque pour lui. Nous l'avons baptisé "Baztan", du nom d'une des plus belles vallées du Pays Basque, toute proche de chez nous.
Laissé pour compte d'un maître très certainement aimant mais dépassé par une histoire de divorce où deux enfants servaient d'otages, il errait dans les rues de Saint-Jean-Pied-de-Port , dérobant  d'aventure un saucisson à l'étal d'un forain un jour de marché. J'ai un témoin que cette scène avait ému. (Si, si Baztanou, mais on s'en fout parce que tu avais bigrement raison et qu'ensuite, on aurait pu  te mettre un pavé de boeuf sous le nez, tu n'y aurais jamais touché sans autorisation).
Jusqu'à aterrir chez quelqu'un où se passa un mois plus tard un drame dont je préfère ne pas parler pour des raisons toutes plus douloureuses les unes que les autres-et pout tout le monde, humains ou non.
Suite à ce drame, ce grand déguinguandé hirsute, au pelage ingérable dans ce Pays Basque hyper  pluvieux et super  boueux, (aie! mes reins les jours de brossage!), ce "grand innocent en danger", comme l'appelait  mon ami Romann,  arriva chez nous, en pension pour quelques mois. Je le vois encore sur le pas de la porte, tremblant comme une feuille, se demandant très certainement ce qui allait bien pouvoir lui arriver.  Il fallut tenter de le rassurer, il fallut l'entourer  d'affection, ce qui n'était pas très difficile. Au bout des quatre mois, la décision fut prise d'un commun accord humain qu'il resterait ici.
Un certain temps encore, il chercha son ancien maître, déjouant toutes mes astuces pour le retenir à la maison, faisant le tour des bars, allant se terrer sous le bureau du potier de la rue de la Citadelle, à cinq kilomètres de la maison. Jusqu'au jour où, sortant du travail, je me suis trouvée nez à truffe avec lui dans cette même rue, la la plus connue de 
Saint Jean Pied de Port. Je l'ai alors installé  jusqu'à l'heure de la sortie dans le jardin de l'association où j'étais employée. Le lendemain, puis les jours suivants, il était devant la porte. Il m'attendait.
C'est à ce moment, je pense, qu'il a compris et surtout admis, car les animaux de compagnie ne sont ni nos objets ni nos vassaux, qu'il était chez lui chez nous à tous les titres. Il ne chercha plus son maître, celui d'avant. C'est à ce moment là aussi qu'il a commencé à nous aimer comme seuls les chiens savent aimer.
Tout souci n'était pas effacé pour autant.
Itziar, ma fille, était étudiante. Elle venait rarement à la maison, repartait--- par le train. Croyant bien faire, quand je l'accompagnais à la gare, nous faisions monter le grand chien aimé dans la voiture, afin qu'ils puissent se dire au revoir le plus tard possible. Et là, force fut d'admettre que dès le retour à la maison, il disparaissait jusque tard dans la nuit, traînant de longues heures devant la gare selon plusieurs témoins,  allant même un certain  jour jusqu'à se faire plus ou moins kidnapper par un jeune homme de l'âge d'Itziar jusqu'en haut de la montagne Arradoi où je dus aller le rechercher le lendemain, jour de pliage chez moi de 'Iguzki Lore", le journal des Verts du Pays Basque. (Bon---, eh, oh, pour une fois que je me faisais porter pâle!)
Puis ma fille passa son permis de conduire (personne n'est parfait----) et Baztan cessa de chercher. Il attendit sur place--- moi au retour du travail, des courses ou des mes combats militants, Itziar de Bordeaux ou de Toulouse, faisant de nos retours des fêtes  difficiles à imaginer! Et nous avons compris que tout le reste de sa vie, il souffrirait de l'angoisse de l'abandon.  Rester seul de très longues heures dans la maison fermée ne lui posait pas trop de problèmes. Mais quand nous le laissions dehors en notre absence, croyant lui faire plaisir, il émettait à notre retour  pendant plusieurs minutes des gémissements de joie et sautait sur ses quatres pattes, comme si les instants qu'il venait de vivre avait été une véritable torture.

 Je m'étais renseignée il y a déjà longtemps auprès d'une vétérinaire selon  qui l'ablation, même précoce, présente un très gros risque de mort du chien. Donc, même en s'y prenant tôt, intervenir chirurgicalement, c'est jouer à la roulette russe.  La taille de la boule se stabilise quelques années et le chien vit avec sans trop de gêne ( Baztan n'a commencé à ressentir une gêne à la marche que récemment). Il peut mourir d'autre chose avant que la tumeur n'explose comme a explosé celle de Baztan il y a un peu plus de deux mois.

Photo: Le surfiste.
En Octobre 2007, Grand Baztan faisait le fou.



Il y a quinze jours, avec Neska, adoptée en Mars dernier par l'intermédiaire de l'association "Chat des rues" de Bayonne.
Amitié fort improbable au début. Et pourtant-----


Ces deux derniers mois, ma fille a soigné notre grand roudoudou d'amour avec dévouement, douceur et tendresse. Elle lui donnait ses médicaments sans brusquerie, lui passait de la bétadine sur la tumeur qui devenait de plus en plus difficile à regarder, l'empêchait de se gratter, lui posait des pansements, changeait ses couvertures dès qu'elles étaient souillées et, vers la fin, lavait le sol derrière lui car il perdait beaucoup de sang. Elle téléphonait régulièrement au vétérinaire chez qui elle l'a conduit lundi matin pour s'entendre dire qu'il allait falloir prendre la décision  qui est la plus grande preuve de respect et d'amour que l'on puisse donner à son compagnon à quatre pattes. Alors voilà, mardi matin, nous avons fait la route toutes les deux avec lui et nous l'avons accompagné jusqu'au bout. Il avait onze ans et trois mois.
Les deux vétérinaires,  voyant mon rideau de larmes et tandis qu'Itziar restait seule près du corps, m'ont parlé des Briards qui semblent être souvent victimes de petites misères de santé  tout au long de leur vie. Baztan, lui, avait effectivement développé, il y a trois ans, une terrible allergie à la salive de puce qui le rendait fou de douleur jusqu'à ce que l'on diagnostique et que l'on y remédie.
Et puis ils m'ont dit de belles et bonnes choses qui vont m'aider à surmonter cette épreuve. Ils m'ont confirmé que même prise au début, la décision de l'ablation aurait mis fortement en danger la vie de notre chien et que la seule chose à se dire parce que c'est la vérité, c'est que Baztan a eu une très belle et bonne vie depuis le jour où il est arrivé chez nous, entouré d'amour. Au téléphone, la veille, l'un d'entre eux m'avait dit: "Baztan est un chien très courageux. Il doit souffrir beaucoup depuis quelques temps et les médicaments n'y peuvent plus rien. Mais il est frappant de voir son visage serein et rayonnant. C'est l'amour que votre fille lui porte, les attentions qu'elle lui prodigue qui font de lui un chien toujours heureux. Mais là, on arrive au moment où tout  va basculer. La douleur va devenir la plus forte et tout emporter sur son passage".
Enfin, mardi, quand je retournais à la voiture pour rentrer à la maison et coucher en terre notre compagnon, "Dites un grand merci à votre fille, de notre part et de celle de Baztan. Il a eu bien de la chance de la connaître".

Moi, grand toutou tout fou, je dirai que nous avons bien eu de la chance de t'avoir comme ami et compagnon.


Lundi dernier vers 17 heures, la veille de ton départ vers un pays où les chiens ne souffrent plus, ni de tumeur ni de la soif inextinguible d'amour. Baztantxo,  tu avais beau les cacher derrière un rideau de poils mal entretenu (pas ta faute, mais la nôtre) ,tes yeux vivront toujours en nous.
Adieu, p'tit père, adieu bonhomme, adieu fiston,  adieu grand seigneur! Tout n'est plus ici que ton absence si lourde à porter.

Mardi après-midi, sous un soleil de plomb, tout en creusant la tombe où nous allions coucher notre compagnon aux côtés du Labrador Alai,  je pensais à cette merveilleuse chanson de Mikel Laboa:

 


Ez dakit garbi noiz
 Baina, egunsentiarekin
  Izango zen

Baztango bazterrak
  Isilka
  Nire logelan hasi ziren
 Hasi ziren
  Sartzen eta sartzen
 
  

Lekurik ezak, nonbait
Esnatu ninduen
Segituan jausi nintzen
Non nengoen
 
 Leihoa ireki nuen
 Eta emeki-emeki
 Baztango lurrean
 Baztan baitan
 Baztan izan nintzen


Il s'agit d'un homme qui dort dans une chambre quelque part dans la vallée du Baztan.Il se réveille au petit jour avec la sensation d'être lui-même le Baztan. Cela parle de la fusion entre une personne et une terre, comme il existe parfois une fusion entre un être humain et l'animal qui partage sa vie. J'offre cette chanson à Itziar et à Baztan.



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commentaires

P
Histoire très émouvante. ❤
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L
<br /> Et à vous deux, cela va sans dire mais mieux en le disant, c'est vrai....Bises<br /> <br /> <br />
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L
<br /> Et meeeeeeeerde, voilà, ce n'est que maintenant que je prend le temps de lire et c'est pour apprendre que Baztan a enfin décider de dormir pour de vrai !!!!!!! pas de termes inutiles, mes pensées<br /> devraient lui suffirent, à défaut d'une dernière bourrade. Adio grande saucisse.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Désolé de plomber l' ambiance , mais ...<br /> L' abattage rituel ( sans étourdissement ) s'implante . Pour dire non , c'est ici :<br /> <br /> http://narc.over-blog.com/<br /> <br /> <br />
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J
<br /> En pourcentage, hélas, plus enrichissant que les compagnons à deux pattes. Il faut bien l'admettre.<br /> <br /> <br />
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