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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 10:00

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

 

                                                                       à Bâbâ, compagnon de route

 

                         Quand l'hiver cogne à nos corps transis, quand la peau de la terre

 se fait âpre, quand le soleil ne laisse passer qu'un soupçon imperceptible

de vague tiédeur, il est temps d'ouvrir l'unique tiroir de la grande armoire à glace pour retrouver la paire unique de chaussons afghans.

 

                Chaussons de laine épaisse tricotés à la main par d'obscures 

et invisibles mains de  femme afghane dans une modeste maison de terre sèche

de la ville d'Hérat non loin de la frontière iranienne,  il y a de cela quelques décennies

lors d'un mémorable voyage sur la route des Indes.

 

                        Ordinaires chaussons , rustiques et doux à la fois, achetés dans la rue, non loin des maisons  de thé où l'on devise de tout et de rien sur de petits tapis près de la douce chaleur des samovars en laissant couler dans nos gorges la brûlante boisson bienfaisante.

 

         Hérat, ville du maître soufi Ansari, où dans les années septante le galop

des petits chevaux ponctuait les lumineuses journées de l'automne afghan

 dans un léger tourbillon de poussière. Lorsque la fête battait son plein les enfants tournaient sur les sommaires manèges de bois sous le bleu unique du ciel afghan.

 

            Quand le soir descendait sur la ville, pas la moindre lumière pour éclairer les rues : une à une , les étoiles s' installaient autour d'un croissant de lune pour laisser peu à peu les ténèbres habiller la cité d'un manteau de fraîcheur.

Bonheur fugace et inoubliable pour des voyageurs malmenés par des semaines d'errances incertaines.

 

            Qui dira la saveur subtile de la plate galette, sortie toute chaude des fours circulaires,  que nous partagions en égrénant les savoureuses grappes de raisin blanc?

            Qui dira le plat de riz agrémenté d'infimes petits morceaux de mouton dégustés sous des vieilles lampes blafardes et vacillantes ?

 

         Aujourd'hui, le bruit et la fureur se conjuguent depuis des décennies

dans la petite oasis d'Hérat. Les soufis ont-ils tous étés emportés dans la tourmente

 de feu et de sang ?

 

                        Chers chaussons afghans, aux premières gelées hivernales,

quand ma vie devient frileuse , l'âme de cette laine chaude me réchauffe toujours,

 même si l'usure du temps a fripé et râpé cette laine de berger, même si un semblant

de mélancolie tenace s'installe inexorablement dans un défilé d' images brumeuses

volées à un passé de plus en plus lointain.

 

Daniel LABEYRIE

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commentaires

Topa 06/06/2011 14:55


Daniel écrit tendre et juste...
A lire également son dernier opus : "Haïkus de mon jardin" qui vient d'arriver ce matin dans ma boîte à lettres...


brigitte Fraval 05/06/2011 20:13


Je croyais que TU faisais un truc sur Romann ! Moi je peux pas ..j'ai coché la case NON sur le bulletin d'inscription ..alors tu vois !


Jeno l'écolo 05/06/2011 19:15


Tu le lis lors de la scène ouverte? Bon, ok, je sors----


brigitte Fraval 05/06/2011 18:55


Que reste t'il de ces images , de ces sublimes photos de voyage ? Les femmes sont encagées , grillagées .Les manèges de bois ne tournent plus sous le soleil..les enfants sont soldats , petits
soldats ,chair à canon. les ruelles charrient des flots de sang et de haine. La liberté étouffe sous ses voiles .Que reste t'il ?

Ce texte est vraiment magnifique !


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