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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 17:15

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/97/William_Holman_Hunt_-_The_Scapegoat.jpg/800px-William_Holman_Hunt_-_The_Scapegoat.jpgPhoto wikipedia.

 

Belgique, France et Cie

Une contribution de babel.

 

Nous pensons donc agir en démocratie. Le peuple a reçu son invitation au bal du pouvoir sur bristol à son nom. Droit voire devoir de vote gravé dans les douleurs de ceux qui, avant nous, se sont battus pour que nous ayons la parole Tournerait-elle la roue de la Fortune ?

Non. Les croupiers du « Casino Royal » ont biseauté les cartes : quoi que nous votions, ce sera le choix du tourteau dans un panier de crabes… Parce que nos oligarques, déguisés en démocrates, sont des prédateurs qui se cooptent, par le biais d’alliances et de reniements. Ce n’est pas la foire au plus riche, c’est la victoire des « relations ». Chacun d’eux a tâté du pouvoir politique, avec les limites imposées par les autres pouvoirs : aucun ne se risquera à s’offrir en pâture aux autres requins de la presse, de la finance, des directions de la culture, des sénats, avec à l’occasion l’artillerie des armées ou des clergés. Parfois de génération en génération, ils ont appris dans les mêmes écoles comment régner. À de subtils détails, les membres du sérail se reconnaissent. Tel juge à Nuremberg en 1946 est l’oncle d’un ancien ministre de la culture, tel autre est fils d’un anonyme. Les cartes sont brouillées pour qui n’a pas le code. Quand un groupe de subversifs, gueux autant qu’inculte en l’art de dominer, retire l’échelle, le pinceau tient bon. Miracle ? Non, précaution et savoir-faire politique : remplacer la peinture par de la colle. Tant pis pour le grand projet de remise à neuf de la maison commune, mais il faut s’accrocher pour réussir, n’est-ce pas ? Le temps de la crise, on resserre les rangs,  on se rattroupe ensemble contre un lampiste, un fusible. « Il vaut mieux une victime aujourd’hui que dix demain, mon cher ».

Pire encore, celui qui a dirigé le mouvement, prenant « naturellement » la tête delà rébellion,  souvent, est un franc-tireur, oligarque aussi, mais en maraude. C’était le rebelle de la bande. Nous n’avons au final que le droit de choisir les béliers du troupeau de Panurge. La roue tourne, mais la Fortune ne change pas de camp.

Recouverte de fond teint pourtant craquelé, repeinte à neuf aux frais du contribuable, l’oligarchie se travestit en démocratie : un peu de théâtre pour gagner du temps, un peu d’illusion sur grand écran pour être applaudis au soir du dépouillement : rituel où les Grands Singes de l’Âge des Casernes établissent leurs hiérarchies. Bien noter : tout comme les familles de monarques, les oligarques ne sont pas concernés par les broutilles telles que frontières, procès, dettes, à moins qu’un autre clan soit en quête d’un trophée de chasse. Bien noter : il convient que des pékins soit ici et là élus, armés d’un hochet doré, mais sans vrai pouvoir parce seuls. Ils sont l’alibi démocratique, abonnés pour une saison morte à la première page des médias. Leur ascension, puis leurs chutes qui suivront chacune de ses intempestives gesticulations hors des normes du gotha seront un écran de fumée toujours bienvenu. Un coupable, une tête, vite : de ce côté-ci du miroir, la Reine de Cœur  non plus n’a pas cœur.  « Un de perdu, dix qui attendent leur quart d’heure de gloire ! »

Bienvenue en oligarchie : vous êtes priés d'être admiratifs au passage des longs cortèges de voitures noires qui versaillent les ministres et les barons en nos rues ; vous avez le temps d'admirer, car les feux tricolores sont déconnectés. Des gants blancs prolongés par des torses bleus aux plis amidonnés ventilent l'ordre de marche : l'anonyme attend, les barons finiront par passer encadrés de chevaliers dont les destriers sont au moins des 1000 cm3, enrobés de courtisans avec cartes de presse… Les grandes fortunes font crisser leurs roues au tournant.

Lui, toi, moi, pensions que le risque de la démocratie, celui d'être un peuple majoritairement stupide avec un gouvernement élu en cette veine, était muselé par la République. Celle-ci est un corset de valeurs sûres qui cimentent les rapports humains. C’est une camisole de force si besoin quand le peuple devient fou. C’est le gazon du terrain de jeu, où les plus nombreux seront l'équipe la plus forte. Les règles du jeu social se tracent à coup de codes pénal et civil des lignes blanches à travers la culture, lignes d’un champ de lice à respecter arbitrairement, sous peine d’un coup de sifflet, d’un arrêt de jeu, d’un stage au vestiaire, d’une exclusion. La République a autant de points communs, de parenté avec le peuple qu’elle gouverne, qu’un gymnase en a avec le corps d’un gymnaste. La démocratie est un cri jailli des tripes du peuple. La république est le solfège qui transforme ce cri en un choral, un hymne national, pour que chacun marchant au même pas, nul ne marche vraiment au sien propre, nul n’ait le pouvoir. Quand les cooptés ne sont pas élus en nos terres, ils sont nommés. Puisque la république est une mascarade où les oligarques assurent leurs carrières, nous pourrons endosser la camisole, mais jamais nous ne pourrons en nouer ou dénouer les manches. Même à dix contre un, la République ou le Royaume s’impose.

Ainsi nos états mijotent nos présents subtilement assaisonnés de miel et de vinaigre.

Les disciples de Platon le savaient déjà. Les pouvoirs fonctionnent en trois temps, où alternent des dominantes : démocrates, républicaines et oligarchiques. Le passage de l’une à l’autre est le temps de la curée des affamés de pouvoirs, et de l’efflorescence des visionnaires : des périodes chaotiques. Chacun attend, le souffle court, que la roue de la fortune s’immobilise.

L’équilibre est instable. La démocratie, en crise, amène l’inertie. Les uns musellent les autres. L’unité est menacée, car nulle majorité n’émerge de l’émiettement des intérêts particuliers. Si aucune oligarchie ne s’empare du levier des pouvoirs, lassé, le peuple demandera de l’ordre, à Varsovie comme à Berlin ou à Antwerpen, hier ou aujourd’hui avant hier. Des l’ordre et des ordres clairs, pour que ça bouge, en flamand ou en wallon, mais que ça bouge !!! Emballée, la machine n’arrive pas à passer à l’équilibre républicain (ou monarchique si vous voulez : dans ce cas, un roi donne le cadre comme un socle républicain…). Elle passe à l’excès de république : la tyrannie. Les régimes qui se nomment « République » en premier lieu sont toujours des régimes dont l’autorité flirte avec une forme de dictature. De toute façon, une fois passés les stades démocratique et républicain, une élite, une noblesse, bref une oligarchie s’est installée, bien solidement, dans les replis des rideaux des bureaux de direction, ou ceux des velums sur les tribunes, ou ceux des nappes sur les tables des décideurs.

En terre de France, après la discipline républicaine de De Gaulle qui a encadré la France dans une Ve République, le corset des valeurs étouffait les enfants de cette France. Elle s’est jetée en Mai 68 dans les parfums de la démocratie, brûlant corsets et soutien-gorges pour que la Liberté guide le peuple en chemise ouverte sur une poitrine généreuse et libérée… Les caciques renvoyés à leur retraite, une autre tribu a pris les rênes des pouvoirs : elle se les partage entre copains. Dévorer ensemble, ça crée des liens, le tout est de bien choisir qui dévorer : quand il y en a pour dix, il y en a pour un.

Nous sommes en une des variantes de l’oligarchie.

En Belgique, en France, aux USA, partout où le politique seul échoue si les Familles, les mafias, les lobbies ne daignent pas introniser le prétendant à l’illusion du trône, nous avons la signature de ce Régime. Mais notre oligarchie est en crise : le partage du butin se passe mal, les frontières de l’Empire bouillonnent d’une colère qui désespère de ce monde au point de lui préférer un paradis posthume, hypothétique pour nous, sacrément certain pour eux, au point qu’ils n’hésitent pas à monter combien ils sont déjà mis à morts en se laissant exploser parmi des victimes innocentes, vite débitées en tranches de martyrs ou de complices. En réponse, nous n’avons pas à nous étonner que la comptine de la sécurité, la consolation de l’ordre, la ritournelle de la pureté fascinent les déçus, les oubliés de la tentative de démocratie et de l’échec de l’oligarchie. Elles bercent les dix qui crèvent pour que demain peut-être, cent, mais cent autres, ne connaissent pas ce sort. Or demain et les autres sont une autoroute  lointaine, quand on a besoin d’être quelqu’un maintenant. Nos extrêmes de droite ou de gauche, nos dictatures populistes, nos despotismes à la petite semaine sont bel et bien à l’ordre du jour. De nos jours. Ici.

Le sachant, nous pouvons refuser les mascarades, les détournements de nos forces en des actions truquées, perdues d’avance, et les petites dérives chacune acceptable qui mènent à acclamer l’inacceptable, lorsque se profile le simplement efficace, le rationnel en lieu et place du raisonnable. Car sacrifier dix quidams pour sauver cent, logiquement c’est en sauver beaucoup. C’est rationnel. Mais sacrifier dix hommes n’est raisonnable du tout.

Nous pouvons marcher dans des souliers de notre choix, choisir la cadence de nos farandoles.

Nous pouvons retrouver notre liberté, celle qu’étouffent des élections de la peste ou du choléra.

Nous pouvons éviter le piège de faire d’un autocrate le centre, même à rebours, de nos intérêts et de nos actes.

Puisque tous ces systèmes sont des impasses, il n’est pas besoin de système pour tracer notre route.

Regardez bien : quelque chose nous rendra conscient de ce qui vaut la peine d’être vécu, et nous centrera sur ce qui donne la douceur de vivre.

Il n’est besoin que d’amour et d’amitié.

Regardez bien : tout changement d’alliance, tout passage d’une gouvernance à l’autre appellent à se réunir. Or, tout nous sépare, au pays du chacun pour soi, mais une seule chose saura nous réunir : un bouc émissaire.

Le rite du bouc émissaire est très peu connu tandis que les mots « bouc émissaire » sont très à la mode.

Un bouc ?

Prendre un membre du troupeau identifiable, le mythe ou rite biblique dit « un bouc noir ».

Le charger officiellement des fautes des uns et des erreurs des autres.

Émissaire ?

C’est à dire : « envoyé » hors du troupeau. Chassé à coups de pierres et de coups de bâtons dans le désert, loin du troupeau, avec sur son dos la culpabilité en guise de kit de survie. Renvoyé dans un territoire où la vie n’est pas une vie.

Une fois ceci fait, le bouc est oublié. Un lien « sacré » réunit les uns et les autres : une complicité s’est installée. Un ennemi commun évite à chacun les coups des autres.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut renoncer à ce bouc émissaire, qu’il soit Rom, Wallon, khafir ou fanatique.

Il faut ouvrir les yeux, et lucidement se savoir ni réellement en démocratie, ni en république (ou en monarchie moderne).

Nous n’avons qu’un seul chemin, qu’une seule issue de secours : l’amour et l’amitié, la bienveillance, même envers le bouc noir. Et ce n’est pas facile.

Rien qu’en me regardant le matin dans ma glace, je sais que cette voie est ouverte et sûre. Considérant ce bonhomme dans mon miroir, je sais déjà qu’avec lui, il y a du pain sur la planche…

Même celui-là, je dois lui accorder mon amitié, et ne pas tolérer son intolérance.


Le babel, ce mercredi 8Septembre 2010

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commentaires

babel 15/09/2010 16:37


oui.
à entendre les réactions de l'opposition incapables
• d'un contre-projet sur les retraites, et qui déchire l'homme porteur du projet, via un scandale médiato-financier qui ne tient même pas debout, sans les éclabousser tout autant, plutôt que
le projet,
• d'un écho aux décisions de Bruxelles (qui ne changeront rien à rien) sur les R'HOMMES,
alors, oui : on doit au moins explorer cette voie.


Jeno l'écolo 15/09/2010 10:39


Celui-ci aussi est très visité.
Pour le reste, je n'ai pas d'explication.
C'est peut-être sur cette question qu'il faudrait travailler.


babel 15/09/2010 07:07


un grand merci Jenofa !
Une chose m'intrigue. Ce papier a été repris par plusieurs personnes. Sur ce genre de thème, on est habitué soit à des exclamations fortement solidaires, soit à des polémiques très farouches. Or ce
texte, partout où il passe est lu - le web compte tout - et relu. mais tisse autour de lui un grand silence.
C'est cela aussi qui me pose question.


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