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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 15:16

sources Bidouze

Photo Journal Sud-Ouest le 11 Mai 1974. Forêt des Arbailles, rassemblement de 500 personnes.

Debout, Pierre Lebaillif, animateur de Jeunes et Nature Pays Basque et délégué aquitain.

Au premier rang, avec lunettes et béret, Bernard Charbonneau http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Charbonneau

 

 

L'opinion - Tribune Libre

Ils nous ont toujours (ou presque) eus à l’usure

http://www.lejpb.com/


05/05/2010

Jenofa Cuisset / Uharte Garazi.

J'ai sous les yeux un article d'un quotidien local du 15 avril 1974, dans les pages Pyrénées Atlantiques. A l'occasion d'une soirée publique organisée à Saint-Jean-Pied-de-Port par l'association Jeunes et Nature, sur le thème La mise à sac de la montagne Basque, on y parle de l'Assemblée Générale des clubs Jeunes et Nature de tout l'Hexagone sous la houlette du très regretté Pierre Lebaillif.

A l'époque, le gros «chantier» (sans vouloir faire de jeu de mots) des défenseurs de la nature, consistait en Pays Basque à faire front à un nombre important de projets d'aménagement touristique, dont l'un d'entre eux, pour ne parler que du seul Pays Basque intérieur, était celui de la construction tous azimuts de routes de montagne. Un mois plus tard, nous devions d'ailleurs nous retrouver à plus de 500 marcheurs en forêt des Arbailles, aux sources de la Bidouze, pour protester in situ contre un projet de grand centre de vacances avec stade de rugby et autres délires. Bon, là, nous avons gagné mais sans doute plus en raison du fait que le projet était mal ficelé que parce que nous avons fait peur à Monsieur Franz Dubosq. Partout ailleurs, nous avons perdu et la montagne de Garazi, victime de la passion invétérée de Michel Inchauspe pour le bitume, est devenue un grand plat de nouilles noires. En Irati, à la «frontière» entre la Soule et la Basse Navarre, nous avons regardé pousser les chalets la mort dans l'âme. Et aujourd'hui, nous fêtons Herri Urrats autour du lac de Saint-Pée-sur-Nivelle, les élèves de nos ikastola (ma fille y est allée comme les autres) se rendent en voyage scolaire en forêt d'Irati et logent dansles chalets, et nous allons compter les oiseaux à Organbidexka dans nos petites autos que nous garons à quelques dizaines de mètres du col.

Quand je dis «nous», je parle des écologistes purs et durs, des défenseurs de la nature en tant que telle, mais aussi des jeunes paysans d'Euskaldun Gazteria, ceux qui quelques années plus tard devaient créer ELB et quelques années plus tard encore Euskal Herriko Laborantza Ganbara. Je pense aussi à tous les jeunes regroupés dans les clubs de l'association amie Mende Berri et qui, la main dans la main, travaillaient avec les clubs Jeunes et Nature. Je pense également aux fondateurs de l'association Auñamendi qui était alors une organisation bien plus engagée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Je fais donc allusion très clairement à la mouvance abertzale qui, dans mon esprit a toujours été, est encore et sera toujours sur ce territoire, l'alliée naturelle et culturelle, évidente du mouvement écolo.

Nous tous, nous avons perdu, souvent perdu. Nous avons eu notre vie, d'autres priorités et nous avons surtout ressenti une immense fatigue. Nous avons lutté bénévolement de nos mains nues alors qu'en face, les aménageurs et leurs commanditaires, confortablement installés dans leurs bureaux chauffés et grassement payés pour tout détruire se disaient avec raison que le temps jouait pour eux et qu'il leur suffisait d'un peu de patience, quelques mois, quelques années, pour voir les rebelles rentrer dans le rang avant de se dresser à nouveau devant un autre projet qu'ils arriveraient bien, eux, à imposer à son tour quand le temps serait venu. Patience, patience Et puis vous connaissez l'histoire de la grenouille : plongée brusquement dans l'eau en ébullition, elle saute hors du baquet et sauve sa peau mais si elle entre dans l'eau encore froide qui monte à ébullition, elle meurt brûlée. La Transnavarraise, c'était la grenouille plongée dans l'eau bouillante. Les petites attaques quotidiennes au paysage, àla nature , plus ou moins visibles, plus ou moins brutales, c'est la grenouille qui monte en température progressivement sans même s'en rendre compte jusqu'à l'issue fatale. Comme il est dit dans un petit dessin de Jean-Luc Coudray «C'est quoi le pire ? C'est qu'on s'y habitue».

Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous raconte tout ça. C'est que, comme l'annonçait Le Journal du Pays Basque du 10 avril dernier, la Commission syndicale du Pays de Soule posera en Septembre la première pierre d'un nouveau bâtiment à Irati qui devrait accueillir des congrès et des groupes. La gifle, la honte pour moi de découvrir ça si tardivement. Et surtout la tristesse, le chagrin, le découragement mâtiné de colère devant l'absence d'opposition à ce projet. Dites-moi, que sommes-nous devenus ? Faisons-nous encore partie du monde des vivants, de ceux qui luttent face aux agressions à leur coin de Terre ? Parce que, tout de même, un palais des congrès de 350 m2 en montagne et à Irati, ça ne passe pas comme ça en travers du gosier !

Que s'est-il donc passé depuis les temps héroïques dont je vous parlais plus haut ? Je peux tout à fait me tromper, mais j'ai peur d'avoir un début d'explication. Quand nous étions ensemble sur le terrain des luttes, jeunes abertzale et jeunes écologistes qui préférions alors l'appellation de défenseurs dela nature , c'était entre personnes entièrement libres, non encore pétrifiées par la rigidité des appareils politiques. La politique politicienne, c'est sans doute incontournable, mais ça stérilise. Aujourd'hui, organisations politiques abertzale et organisations politiques écolos s'observent, s'étudient, s'épient, cherchent chacune à trouver comment profiter de l'autre ou des autres, chaque militant politique cherche en l'autre l'arrière-pensée même si cet autre n'a que des cris du coeur. Et dès qu'une échéance politique est passée, la paralysie nous reprend jusqu'à la suivante. C'est pathétique.

Mais je lance un appel à Bizi : Nous avons tous laissé faire les abominations esthétiques que sont les nouvelles bentas d'Arnegi qui, par les déplacements de hordes de consommateurs qu'elles suscitent, alourdissent considérablement la facture carbone, comme le faisait très justement remarquer il y a peu un éditorial d'Antton Etxeberri. Nous devrions tous, collectivement, en avoir honte. Et pourtant, j'en vois bien parmi nous qui vont y faire leurs courses et y déjeuner le midi. Se pourrait-il que nous laissions, là encore, sans broncher le moins du monde, installer une grosse verrue dans la montagne, en bordure d'une forêt dont le nom fait vendre le Pays Basque à l'extérieur, verrue vers laquelle il faudra bien acheminer à coups de moteur puants et vrombissant, des vivres et des congressistes en trois pièces-cravate?

Allez, les Bizi, quittez un peu la côte et ses foules. On a besoin de vous, ici, dans la cambrouse, là où il reste encore un peu d'espace mais jusqu'à quand ?

 

 

Erratum : dans mon énumération des associations amies, j'ai oublié à ma très grande honte:

Lauburu

http://www.lejpb.com/paperezkoa/20100505/197541/fr/Ils-nous-ont-toujours-ou-presque-eus-a-l%E2%80%99usure

L'Association de Soutien à l'Agriculture de Montagne, association souletine du très regretté Jean Pitrau

Le Club Léo Lagrange de Bayonne

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Published by Jeno l'écolo - dans Au jour le jour. Egunean---
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commentaires

Jeno l'écolo 16/05/2010 15:35


Xixaria,
à plus d'un titre, ce n'est pas comparable.
La seule chose qui soit vraiment comparable, c'est que "C'est quoi le pire? C'est qu'on s'y habitue.". Sur le coup, on est horrifié et on le reste, mais comme les petits commerces ferment les uns
et les autres parce qu'il n'y a qu'une poignée de gens à être horrifiée et qu'un jour ou l'autre, à moins d'être plus spartiate que les spartiates, il faut bien rentrer dans le rang, au moins un
minimum.
Peronnellement, c'est ce qui m'est arrivé avec les grandes surfaces. A Paris, nous faisions les courses dans la rue chez les petits commerçants et dans l'Oise, l'épicier, le boulanger, le boucher
venaient en camion et s'arrêtaient devant lz porte. Quand je suis arrivée ici, il n'y avait pas une seule grande surface en Garazi Baigorri. La première a commencé l'agonie des commerces et depuis,
trois autres se sont créées sur Garazi et une autre à Baigorri. Maintenant, à moins d'être un saint, nul ne peut y échapper. Mais elles restent tout de même des commerces de proximité. On ne vient
pas de Mauléon ou des Landes acheter son fromage ou un slip au Carrefour de Saint Jean Pied de Port. Tiens, à propos de Carrefour, effectivement, lente dégradation des conditions sociales depuis le
premier Codec qui fut ensuite Attac puis Champion puis Carrefour. Maintenant, on jette les plus anciens employés qui deviennent trop chers et on embauche des gens qui viennent de loin et que l'on
jette au bout de six mois. C'est très tendance. Mais cela reste malgré tout, ne serait-ce qu'au niveau des salaires, supérieur à l'autre côté. Et je ne sais pas si c'est encore le cas, mais il y a
peu encore, les caissières des nouvelles grosses bentas d'Arneguy devaient travailler debout, même enceintes. Je n'ai jamais vu l'équivalent ici.
De +, cela fait un bail que l'on entend tout un tas de voeux pieux concernant les petits commerces de proximité et ce que l'on construisait sans trop de critiques il y a 20 ans semble aujourd'hui
une incongruité.
Et que ce soit Ecomarché, intermarché, Lidl ou Carrefour Market, je le répète, ça ne draine pas des gens à 200 km à la ronde. Les bentas si, et de + en + avec la pub qu'elles font et surtout par le
fait qu'elles deviennent des lieux de sorties en famille ou entre copains. On vient y passer la journée. On dit qu'on est allé "en Espagne",on y fait le plein de carburant, on fait tous les rayons
puisque l'on trouve même de la parapharmacie, on y déjeune le midi, on y dîne le midi, on y guinche le soir, etc etc.
C'est le degré supérieur dans la banlieusardisation paysagère et culturelle.
En ce qui me concerne, je fais presque toutes mes courses au magasin bio, ( sauf le whisky, hi, hi et quelques bricoles!) je fais un potager ou du moins j'essaye ( vu le temps, cette année, c'est
la cata, je crois que j'ai tout perdu).


xixaria 16/05/2010 11:30


de notre côté aussi, nous avons nos "étrons" où nous allons régulièrement faire nos achats donc nous sommes une majorité de "cons sots mateurs". Et je ne pense pas que les conditions du travail et
les salaires soient meilleurs.


Jeno l'écolo 11/05/2010 11:17


Au fait, avant la construction de ces étrons, tu pouvais laisser un enfant de dix ans aller à vélo de Saint-Jean à Arnegi. Maintenant, ce serait mise en danger de la vie d'autrui, mauvais
traitements sur mineur de personnes ayant ascendance, tant le trafic a augmenté. Ca s'est construit, en +, en plein milieu de la bataille contre la transnavarraise. Tout cela &tait lié. Notre
victoir leur colle tout de même un sacré manque à gagner. Et ça, au moins, c'est réjouissant.


Jeno l'écolo 11/05/2010 10:28


Ce que tu décris là se nome la banlieusardisation. Cela fait quarante ans que Bernard Charbonneau l'annonçait pour le Pays Basque intérieur. Il avait raison mais il ne savait pas que les souletins
écolos allaient venir aussi grossir le flot des cons sots mateurs. Tu verras, à la première grosse merde qui se construit par chez toi, je vais me faire cliente moi aussi. Alice et moi, on
rameutera notre bande.
Le quartier désaffecté, j'y allais acheter de ,l'ail, du moscatel, des paniers, deux ou trois fois dans l'année. Avec maman, on y passait un peu de temps à parler avec les petits commerçants, un
peu d'Espagnol, quelques mots de Basque et beaucoup de français..
Maintenant, je continue, mais je vais plus loin, au village même de Luzaide où je prends aussi l'essence. Jamais, je l'ai juré, je n'entrerai dans l'une de ces verrues purulentes qui me rappellent
trop le chagrin que j'avais, gamine, quand je voyais se dresser les premières dans l'Oise, mon pays.
Pour moi, Arnegi, ce fut aussi le petit moulin et la centrale électrique domestique de la modeste ferme d'un copain. Et je vois encore le meunier du village passer devant chez moi sur son mulet à
qui il parlait comme si ça avait été un enfant.
Les ventas Peio et Xabi sont venues vomir sur tout ça.


Lurbeltz 11/05/2010 09:52


Je le confesse, je suis allé plusieurs fois à Arnegi manger et faire des emplettes. Mais j'ai été entrainé par quelqu'un de ma famille que je ne nommerai pas et qui va régulièrement chercher sa
ration de whisky et de clopes. Moi personnellement, je ne bois pas, je ne fume pas, je ne mange jamais et je n'achète jamais rien ! Je suis passé de l'assiette à l'ascète sans transition. Même si
dans le mot transition il y a le mot transit qui me poursuit encore.

Mais bon, on sent qu'il y a un truc qui cloche. Déjà, Arnegi, on ne connait que parce qu'il y a les ventas... J'ai jamais entendu des gens parler d'Arnegi pour autre chose. Ensuite on voit en bas
ce pauvre quartier désaffecté qui fait une peine pas possible. Et plus haut les grosses boutiques au milieu de na nature ! C'est un monde qui se cherche, qui ne se trouve pas et qui finit même par
se perdre.


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