Une contribution de Pascal Desclaux, conseiller
municipal Vert de Bruges (33).
J'ai été contacté par le RESF, pour parrainer une famille turque menacée d'expulsion. Je l'ai fait le 25 mars 2008 à Bordeaux, pour plusieurs
raisons.
Mme Dogan est en situation régulière, elle a une carte de séjour de 10 ans. M Dogan, est réfugié politique kurde. Ils
ont une petite fille de 6 mois, Irem. M Dogan est expulsable. Or, la convention européenne des droits de l'enfant interdit de priver Irem de son père.
Donc logiquement, la préfecture souhaite expulser toute la famille.
Mme Dogan vit en France depuis de nombreuses années, toute sa famille est en France, des membres de sa famille sont
Français.
J'ai donc accepté de parrainer cette famille, par solidarité personnelle, envers M et Mme Dogan, et la petite Irem, mais
aussi envers tous les étrangers injustement poursuivis par notre police.
Je l'ai fait aussi pour des raisons politiques, j'exprime par là mon opinion mais aussi celle des électeurs qui ont
contribué à mon élection. (le texte qui suit est largement inspiré d'un texte d'Emmanuel Terray, que je reprends sans complexes à mon compte)
Oui je suis pour la régularisation de tous les sans papiers et l'ouverture des frontières aux peuples du monde, parce que l'ouverture
des frontières ne provoquerait pas un raz-de-marée de nouveaux immigrants.
En réalité jusqu'en 1974 les frontières étaient ouvertes, et le monde n'était pas - bien loin s'en faut – plus riche qu'à présent ; or, pendant cette
période, aucun déferlement ne s'est produit ; au contraire les entreprises françaises envoyaient en Kabylie dans les Aurès et dans l'Atlas de véritables missions de racolage pour
recruter leur personnel. De même lorsque le Portugal et la Grèce sont entrés dans la CEE, leurs ressortissants n'ont pas envahi notre territoire : pourtant leur niveau de vie était très
inférieur au notre.
C'est que la thèse de l'invasion suppose que la misère économique est le moteur exclusif de la migration.
Or il n'en est rien. Les causes de la migration sont beaucoup plus complexes et font toujours intervenir une culture,
des traditions particulières : c'est ce qui explique que certaines régions d'Afrique ou d'Asie font partir de très nombreux migrants alors que des régions voisines, tout aussi pauvres,
n'en font partir aucun. Au surplus, la migration suppose un minimum de ressources matérielles et morales, et l'extrême misère la rend le plus souvent impossible. Ainsi, la volonté de
"s'en sortir", l'esprit d'aventure et d'entreprise sont des motifs de départs au moins aussi répandus que la misère.
Oui je suis pour la régularisation de tous les sans papiers et l'ouverture des frontières aux peuples du monde,
parce que Il est impossible de contenir la migration par des mesures de
contrôle administratif et policier.
En réalité, à une époque où plusieurs millions d'étrangers franchissent chaque année nos frontières pour les motifs les
plus divers, comment repérer parmi eux les vingt ou trente mille personnes qui sont décidées à demeurer sur notre sol, même au prix de l'illégalité.
L'éradication de l'immigration illégale est une tâche impossible : au prix de dépenses très lourdes et souvent au péril de leur vie, ceux qui veulent
entrer finissent un jour, par entrer. Et les accords de réadmission avec les pays d'origine n'y changeront rien ; car la décision d'immigrer est en règle générale une décision
individuelle ou familiale, et ne relève jamais de l'Etat ; celui-ci n'a donc que très peu de prise sur la migration.
Oui je suis pour la régularisation de tous les sans papiers et l'ouverture des frontières aux peuples du monde,
parce que l'ouverture des frontières est possible en période de chômage et qu'elle ne menace pas nos grands
équilibres économiques et notre protection sociale.
De telles craintes reposent sur une analyse économique erronée et sur une conception fausse de la psychologie des
migrants. Elles supposent d'abord que le marché du travail est unifié et homogène ; or nous savons bien au contraire qu'il est cloisonné, et qu'il y a quantité d'emplois et de travaux
dont les Français ne veulent pas. L'arrivée des étrangers dans ces secteurs ne prend donc le travail d'aucun Français. Ces craintes supposent de même que le travail et les revenus qu'il
engendre forment une quantité fixe : plus les candidats au travail seraient nombreux, moins grande serait la part de chacun et il faudrait donc limiter leur nombre. Depuis Keynes, la
pensée économique s'est débarrassée de ces thèses malthusiennes : c'est la demande globale qui fait la croissance et l'emploi. Or les migrants, légaux ou illégaux sont à la fois des
producteurs et des consommateurs ; à ce double titre, ils augmentent la demande, et alimentent la croissance, d'autant plus que notre pays n'a pas eu à supporter la charge de leur
formation.
Enfin, contrairement à une image trop répandue, les migrants ne viennent nullement en France dans un esprit de parasite
ou d'assisté : ils veulent réussir, gagner leur vie, aider les leurs, et ne demandent qu'une chose : c'est de payer leurs impôts et leurs cotisations sociales.
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