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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 06:00

  Gravure--vautours--Castet--1961--1600x1200-.jpg

Vautours., Castet. Gravure de Robert Hainard 1961. 

 

Michel-Terrasse-et-Bernard-Touillaud-sur-les-penes-Castet-.JPG

 

Michel Terrasse et Bernard Touillaud sur les pènes Castet et Béon. Juin 1961.Crédit photo: 1961 : Dominique Meininger.

 

Artzamendi – Nature, Sauvage et Civilisation, a la joie de vous proposer les 10 et 11 août 2011 deux journées exceptionnelles conçues et organisées, avec la commune d’Aste-Béon et La Falaise aux Vautours (vallée d’Ossau), en collaboration avec le Parc national des Pyrénées et le soutien du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques et la Maison de la montagne (Pau) :

 « SUR LES PAS DE ROBERT HAINARD DANS LES PYRENEES,

QUAND ON REDECOUVRAIT LES VAUTOURS … »

Randonnée biographique et immersion

au pays des vautours 

Partez sur les hauteurs d’Aste-Béon, proche de la réserve naturelle, sur les pas de Robert Hainard, artiste, naturaliste et philosophe suisse venu dans les Pyrénées et en vallée d’Ossau, en quête de gypaètes, de vautours et d'ours dans les années 1960. Robert Hainard était alors invité par des ornithologues, photographes et fauconniers français qui couraient les Pyrénées à la découverte des grands rapaces. Ce fut une très belle aventure humaine, artistique et naturaliste, aux débuts de la protection des rapaces dans notre pays.

En compagnie de Stéphan Carbonnaux, naturaliste et auteur de deux ouvrages sur Robert Hainard ( "Le Cercle rouge, Voyages naturalistes de Robert Hainard dans les Pyrénées" et "Robert Hainard, Chasseur au crayon", biographie ), découvrez la quête de cet artiste, et la redécouverte des vautours de France, en présence de témoins de l’époque (Augustin Médevielle, Dominique Meininger et Jean-François Terrasse, sous réserves pour ce dernier).

Augustin Médevielle, maire d’Aste-Béon et fondateur de la Falaise aux vautours, et Didier Peyrusqué, garde de la réserve naturelle et réalisateur de films, vous accompagneront aussi sur la route historique des vautours. Tous deux sont d’excellents connaisseurs des vautours et évidemment de la région.  Enfant à l'époque, Augustin Médevielle, a rencontré Robert Hainard et toute l'équipe de naturalistes évoquée ci-dessus.

Programme détaillé :

Mercredi 10 août 2011 :

Rendez-vous à 14h à la Falaise aux Vautours (co-voiturage pour le lieu de départ). Montée sur les hauteurs du village.

Le soir, veillée et nuit en cabane ou sous la tente sur le territoire du Dès (les tentes peuvent être fournies).

La cabane et la grange que nous occuperons sont restaurées par des jeunes de l'agglomération paloise dans le cadre de chantiers "Patrimoine et insertion", encadrés par la Maison de la montagne et l'Association de prévention spécialisée de l'agglomération de Pau. Lire notamment :

http://blog.lamaisondelamontagne.org/post/2011/05/Chantier-%22Patrimoine et-Insertion%22-2011-...-c-est-parti-!

Jeudi 11 août 2011 :

Suite de la randonnée et descente en fin d’après-midi pour regagner le parking de la Falaise aux Vautours.

Equipement à emporter : matériel de couchage, vêtements chauds, chaussures de montagne, casquette, repas du mercredi soir, petit-déjeuner et pique-nique du jeudi midi, jumelles.

TARIF : 25 euros par personne (15 personnes maximum).  

RESERVATIONS OBLIGATOIRES AU 05.59.82.65.49.

Le soir à 21h30 soirée gratuite ouverte à tous :

 Voyage en images d’Artzamendi – Nature, Sauvage et Civilisation

« Robert Hainard dans les Pyrénées, quand on redécouvrait les vautours ».

Images inédites des années 1950-1960 où l’artiste a rencontré des naturalistes amoureux des Pyrénées et des valléens + dessins, gravures, croquis, photos de Robert Hainard (Fondation Hainard www.hainard.ch).

Durée : 1h30.

Projection suivie d’une discussion et d’un pot de l’amitié.

A la suite des randonnées biographiques organisées dans le cirque de Lescun en juin 2009 et 2010, avec Dimitri Marguerat, guide naturaliste et accompagnateur en montagne, (Lire le récit de la journée du 24 juin 2010 écrit par Cathy Constant et publié sur son blog : http://perso.numericable.fr/cce2011/lescun_240610/recit.htm), Artzamendi qui est implanté en vallée d'Ossau, a proposé tout naturellement cette année une initiative du même type à la commune d'Aste-Béon, et à son maire, Augustin Médevielle, fondateur en  1993 de la Falaise aux vautours, un espace muséographique dédié aux vautours et à leurs relations avec les communautés humaines, et notamment pastorales.

Augustin Médevielle est d'autant plus concerné par les séjours de Robert Hainard en vallée d'Ossau, qu'il a connu l'artiste et naturaliste suisse qui logeait alors, avec d'autres naturalistes, ornithologues et photographes de nature, d'origine suisse, française et belge, au Port d'Aste, haut lieu pastoral de la commune d'Aste-Béon.

Ces rencontres au début des années 1960, l'engouement pour la protection des vautours, la création de la réserve naturelle en 1974, ont été à l'origine de l'émergence de La Falaise aux vautours, un lieu unique dans les Pyrénées.

 

Les-cabanes-du-Port-d-Aste-vues-depuis-un-ane--Paques-196.jpg

 

   Les cabanes du Port d’Aste vu de l’âne de M. Fihine Crédit photo: François Burnier.

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 10:00

 

 

 

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

 

A Notre-Dame de Lourdes, ma souris n'est pas une gourde

A Coutret, ma souris prend la poudre d'escampette

 

 

Tu l'as échappé belle , la belle...Dans ta cage, tu tournais en rond comme

 une âme en peine et dans tes petits yeux en perles noires se dessinait un terrible effroi.

            Il faut dire que la plupart de tes congénères  furent moins chanceuses: un grand nombre d'entre elles ont péri noyées  essayant désespérément de surnager dans l'ignoble seau vert

rempli d'eau, supplice  consécutif à la souricière.

 

                        Le prince du lieu,  un superbe  chat tigré, n'éprouve pas de penchant particulier

pour la chair de souris: il faut dire que la maîtresse de maison lui concocte des mets

 beaucoup moins rustiques et largement plus raffinés. Donc, Minet regarde ces drôles

de spectacles de très loin entre deux sommes sur l'herbe chaude de l'été; il dédaigne  noblement

la chasse à la souris, préférant de très loin poursuivre les lézards espiègles sur la terrasse

 malgré de gros ennuis digestifs qui l'attendent.

 

            Le rat des champs , lui, est beaucoup plus avisé, il flaire de très loin l'odeur de l'ennemi

et ne prend pas le moindre risque pour un banal petit morceau de pain rassis déposé

dans le piège.

 

                        Pour en revenir à notre rescapée, la visite inopinée d'un voisin au coeur sensible a suscité une âpre discussion pour savoir quelle serait solution  la moins violente

 afin d'épargner la vie de la prisonnière du jour .

Libérer l'animal sur place, il n'en était pas question, le maître de maison,

livrant depuis des mois une lutte acharnée contre les rongeurs, n'était pas d'humeur

à laisser la vie sauve à l'ennemi pour un caprice d'âme sensible.

            Le petit garçon, la minuscule cage à la main, ne disait rien , laissant les adultes affûter leurs arguments en toute sérénité. Pendant ce temps, les petites filles bicyclettaient joyeusement  fredonnant des comptines, se tenant ainsi éloignées des ces palabres interminables.

                        Au terme d'un long conciliabule, le chasseur de souris a proposé de relâcher la malheureuse chez le voisin qui accepta la proposition avec soulagement.

 

            Quelques minutes plus tard, l'enfant à ouvert la grille de la geôle,

à une distance respectable de la maison et voilà notre petite souris grise 

recouvrant sa chère liberté sur l'herbe rase du verger pour vite se réfugier

dans la haie de laurier.

 

            Tout est bien qui finit bien pour une innocente créature: il est vrai que nous sommes fort éloignés de ce fameux temple dédié aux aux rats dans une ville de l'Inde mais, parfois, aux antipodes des civilisations, un invisible fils d'or relie les racines de l'arbre de vie.

 

                        Petite souris, par miracle, tu t'es fait la belle mais tu sais bien que la vie est éphémère: dans ton nouveau territoire, des ennemis implacables te guettent du haut

 de leur perchoir: la buse sur l'acacia, la belette cachée dans le tas de feuilles mortes,

 la fouine à l'heure de l'envol de la première pipistrelle, l'effraie au clair de lune,

 le renard à la première lueur de l'aube …Inch Allah...

 

Daniel Labeyrie

 

 

 

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 14:54

 

 

Le livre pour les enfants dont  s'est inspirée cette vidéo est en vente à la boutique du CRAC Europe pour la protection de l'enfance.

http://www.anticorrida.com/boutique/

           

Ces trois chiffres, que par héraldique de profit, on avait incrustés au fer rouge dans sa chair, comme les forçats jadis arboraient à l’aisselle, la fleur de lys en partant pour le bagne, qu’il les exhibait fièrement, Sang Neuf, alors qu’il gambadait dans sa plaine nourricière.

Une robe noire que lustraient le soleil et le vent, d’où saillaient des muscles puissants, une tête altière superbement découpée, un regard ombrageux surmonté de cornes redoutables, véritable monument de force, de beauté et de bravoure indomptable.

L’orgueil de Saint Luc.

Tout à coup piégé dans ce tunnel cahotant, dont les ridelles montrent encore les traces de sa colère, Sang Neuf roula vers un destin qu’il croyait à sa portée.

Il sortit du toril, ébloui de soleil, de lumière et de bruits, sous les flonflons criards d’un orchestre de cirque.

 L’assistance conditionnée pour cette farce cynique, manifestait sa joie tapageuse, alors que son cauchemar à lui débutait.

Sang Neuf, inexorablement condamné, n’avait plus que quinze minutes à vivre.

Il pensait pourtant se défaire facilement, de ces gringalets, intermittents d’un théâtre pitoyable, agitant au centre du cercle, cette flanelle ridicule déjà maculée.

Tous ses efforts à tourner autour de ces pantins l’avaient fatigué, au point de le faire reculer intrigué, inquiet par ce manège insolite, ne sachant pas décoder les indices d’un tel fanatisme, forgé de violence.

Ils s’approchèrent, armés de leurs dards enrubannés, et le sang soudain se mit à jaillir, inondant la robe noire déchirée, d’une tache rouge, visqueuse, envahissante et s’écoulant lentement vers le sol, tandis qu’il secouait vainement ces échardes d’acier, préludant le drame dont il était la victime, innocente et bafouée.

Sang Neuf n’avait plus que dix minutes à vivre.

C’est alors qu’entra en scène cet homme juché sur un cheval revêtu d’ un lourd manteau, les yeux bandés, les oreilles maintenues, affolé par le mors et l’éperon, l’obligeant à un combat contre nature.

La douleur fulgurante de cette pointe d’acier pénétrant son garrot, creusant un gouffre en fouillant sa chair, lui fit lever la tête pour la dernière fois, et chercher refuge contre le ventre chaud de son ami d’infortune.

Sang Neuf n’avait plus que sept minutes à vivre.

Et puis il arriva, porté par l’absurdité, faquin glorifié par les sots, se croyant investi du pouvoir de tourner la souffrance en dérision, ou pire, de sacraliser la mort.

Lorsque l’épée s’enfonça jusque la garde, déluge d’acier brisant tout sur son passage, les poumons transpercés, le cœur épargné battait encore contre la lame glacée.

Sang Neuf n’avait plus que deux minutes à vivre.

Il plia les jarrets en s’affaissant lentement, le mufle suintant l’eau et le sang, ainsi que la célèbre plaie d’un Dieu, comme lui, jadis crucifié par la bêtise.

Ils vinrent à quatre, agitant leur étoffe écarlate, pour tenter de cacher ce final misérable.

Sang Neuf n’avait plus que douze secondes à vivre.

Le poignard par trois fois infligea dans sa gorge, les plaies ultimes, transformant en carnage cette parodie de spectacle, et il laissa enfin retomber sa tête, aux yeux révulsés par l’horreur.

Son visa pour l’enfer, venait d’être acquitté.

Là haut, dans les gradins, un petit garçon bouleversé par ce naufrage, n’a rien perdu de ce sacrifice pervers, d’un tel blasphème contre la Vie.

Il est le seul à avoir vu dans le ciel lumineux, ce petit nuage noir glisser devant le soleil.

 C’était Sang Neuf, désormais éternellement libre, partant vers des prairies lointaines, rendues inaccessibles à l’homme.

Le petit garçon tourna vers sa maman, un visage blême, aux yeux brouillés de larmes. Elle comprit à l’instant, dans ce regard pathétique, le pouvoir dévastateur d’une telle profanation, et se levant aussitôt, elle serra fort le petit sur son cœur.

Ils sortirent tous les deux, la main dans la main, tristes et désemparés, unis par l’amour, alors que le public, inconscient, accueillait une nouvelle victime.

Taureau anonyme, auquel à son tour, dans ce ballet inventé par la haine, il ne restait que quinze minutes à vivre.

Jamais plus on ne les revit dans une arène.

                                                      J. Poignet  /  Pâques  2005

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 17:23

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 16:57

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

Petites chouettes des campagnes

Au fin plumage moucheté

Qu'êtes-vous devenues ?

 

Malheureuses victimes trépassées 

Du couperet  sanglant de notre temps

Où êtes-vous passées ?

 

 En nuits glacées et cieux étoilés

La lune pleure votre absence

  Quel lourd silence nous impose l'hiver !

 

 

Petites boules de plumes

Aux yeux de soufre et de mystère

Qu'êtes-vous devenues ?

 

Messagères de mes rêves

En subtils hululements félins

 Où êtes-vous passées ?

 

Dans vos envols aujourd'hui taris

Comme fontaines et sources abandonnées

Quel désastre dans les jardins de nuit !

 

 

Petites chevêches des campagnes

Chasseresses de l'ombre

Qu'êtes-vous devenues ?

 

 

Souveraines des hangars et des cheminées

Gardiennes des arbres creux

Où êtes-vous passées ?

 

 

Qui nous dira

Petites chouettes disparues

Pourquoi la lune est orpheline ?

 

Daniel Labeyrie

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 15:06

VA

 

Conchita.JPG

 

Sur cette photo des années 50, la rejoneadora Conchita Cintron recommande son âme à la Vierge Marie avant d'aller torturer et mettre à  mort .


Ite missa est

Le sacrifice est consommé

Ite corrida est

Le carnage est achevé

 

La Cathédrale de Rodin lève les mains

Vers le visage de marbre du Seigneur

L’arène des Romains déroule ses gradins

Jusqu’au bras de fer du tueur

 

Chasuble ornée d’or et de pierres

Habit pailleté de strass et de lumière

  

Gestuelle liturgique

Passes hiératiques

 

Sur l’autel sacré gît un agneau immolé

Pour le salut du monde

Dans le cirque agonise un taureau saccagé

Pour le plaisir qui gronde

  

Et le granit accueille le sang divin

Et le sable s’imbibe de rouge carmin

 

Hosanna au Très-Haut des Cieux

Olé au plus vaillant des dieux

 

Voici le corps de l’ Homme crucifié

Mangez et buvez

Voici la chair de la victime terrassée

Consommez et lampez

 

Le peuple dévot dans le silence

Se prosterne devant le mystère

Custodi-nos

Les gens du cirque en transe

Trépignent autour du tortionnaire

Taconeos

 

Les orgues inondent le culte

La fanfare salue le tumulte

 

De l’église au gradin                                     

Du chrétien au taurin                            

Le chemin est court et retors             

Il va de la mort à la mort                               

De l’agneau                                                   

Au taureau

 

La Cathédrale de Rodin

Se tord les mains

Les murs des arènes

Transpirent la Géhenne

Custodi-nos

Taconéos

 

Irène Noël

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 10:00

  Aux San Fermines et aux fêtes de Bayonne, dans un océan d'uniformes rouges et blancs, des femmes sont violées et des taureaux torturés.

Ne me parlez pas de la foule en liesse!

 

 

Unidos en la lucha!

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 07:00

qui aime beaucoup cette chanson.

 

 

 

 

 

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 12:51

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

L'été se glorifie dans la démesure

Renversant la coupe des chagrins

Sur la nappe brûlée des mélancolies

L'été s'invente des vols d'hirondelles

Effleurant la peau claire des gouttes d'eau

Sur l'onde habillée de cris de joie des enfants

L'été se noie dans les vents brûlants

Fripant les feuillages des arbres haletants

Sur les collines hirsutes des bocages

L'été fait taire les oiseaux bavards

 Cachés dans l'ombre suffocante des fourrés

Au zénith des jours de canicule

L'été déploie ses rayons solaires

Défiant les pluies océanes

Abandonnées aux lointains horizons

L'été déchaîne les insectes

En sauvages concertos nocturnes

Dans la jungle des herbes folles

L'été se veut maître des lieux

Vouant à la noble paresse

Les désirs de prouesses laborieuses

L'été brouille ses cartes à la faveur des orages

       Percutant leurs tams-tams enflammés

Sur la peau éphémère des nuages


 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 09:43

http://1.bp.blogspot.com/_0E9WKe8KCYo/SeSiK9lDpOI/AAAAAAAACHA/Slos6sJGdKc/s400/rousseau70.jpg

Douanier Rousseau, La muse insipirant le poète, 1909 (portrait de Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire).

Certains qui me connaissent ont tenté de lire de la poésie, en vain. Comment lire la poésie, et l’apprécier, puisque tant de gens la fuient parce « qu’ils n’y comprennent rien » ?

Considérez comme faux ce qui suit :

 

-       La poésie ? De jolies phrases qui riment, avec le même nombre de syllabes dans chaque vers !

La rime n’est pas nécessaire. En appui au dictionnaire de rimes, je prends la version CD – Rom d’un dictionnaire. J’y trouve la fonction « recherche phonétique ». Elle me liste tous les mots finissant par un son : facile, Émile ! Quelle belle rime, lorsque bien présente, elle se fond dans le tout, naturellement, ou qu’elle arrive en coup de frein, pour suspendre l’élan. Sinon, son poids mort casse le rythme des vers : une ballerine en snow-boots, tutu et casque lourd pour tenter des entrechats discrets. Il en va de même pour le mètre, le nombre de syllabes : on peut le conserver. Trop rigide cependant, il dessert le souffle. Le souffle ? La respiration, haletante ou profonde, qui, dans nos parlottes habituelles colore tout autant les mots, leur donne épaisseur et force, voilà le filet d’eau dont aucune digue ne doit briser la puissance.

 

-       Les poèmes qu’on ne comprend pas, ce n’est pas de la poésie.

Beaucoup de philosophes ont écrit de mauvais poèmes : Voltaire par exemple. Pourquoi ? Parce qu’avec des rimes de 800 tonnes, il décrit non pas des émotions, mais des idées. Remises en prose, comme un bon exposé philosophique, on y sent des faiblesses. Alors pour faire passer la pilule, hop, on mouline le tout en alexandrins. Ça vous donne un côté vieux sage, croit-on. Que nenni ! Sous les douze pieds moralisateurs se cache un laxatif puissant. Ils emmerdent — je n’ai pas d’autre terme aussi proche de sa vulgarité — tout le monde…

Voltaire écrit : « Demandez aux mourants, dans ce séjour d'effroi
/Si c'est l'orgueil qui crie “O ciel, secourez-moi !
O ciel, ayez pitié de l'humaine misère !”
/“Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire.”
/Quoi ! l'univers entier, sans ce gouffre infernal/Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?
 ».

On le lit bien : « l'humaine misère », voilà une lourdeur de trop, placée ainsi pour la rime, pour le mètre. Dans tout ce texte, matière à une prose en uppercut, l’absence de poésie ailleurs que dans la forme académique rend l’ensemble grandiloquent. Comptez le nombre de fois où en si peu de vers, Voltaire utilise le verbe « être ». Ce verbe terne répété manifeste la fadeur du propos. Au final, on écoute poliment les longueurs que la recherche de la rime et du mètre impose. Faute de raisonnement bien boulonné, car Voltaire se savait sans plus d’arguments que d’autres sur ce point, les « Donc », les « Car » ont cédé la place à des « Ô », des « Ah » surjoués, bidon.

 

-       Qu’y a-t-il à comprendre dans un poème ?

Le minimum. Le poème prononce ce que l’essai, l’exposé, la démonstration, le roman, la nouvelle ne peuvent pas exprimer.

Tout le poème mélange la musicalité et l’émotion. Le poème c’est de l’émotion qui chante. La technique n’a d’autre justificatif que d’y mener.

Ne cherchez pas ce que l’auteur a voulu dire par là, s’il a vécu ou inventé  : ressentez l’émotion.

Quand R. M. Rilke écrit « Dansez l’orange », quel mouvement, quel parfum éveille en vous quel sentiment ? Le sentiment enfin atteint, le poème sera lu.

Oui, P. Celan est très hermétique. Si l’on veut « comprendre ». Qu’on se laisse pourtant saisir par l’ambiance, le ton, et alors son monde apparaît. Ensuite, comme les topinambours, on aime ou pas…

Quant à la joliesse, cela dépend du modèle. G. Benn est morbide. Mais son travail cherche un hymne à la beauté au creux des salles de dissection, à la « Morgue ». Le thème, le sujet du poème demeurent parfois inconnus du poète lui-même. L’internet, avec ses milliers de blogues poétiques, montre la facilité à mettre par écrit un bon gros chagrin. « Amour, toujours, pour » contre « sage, volage, mariage ». La poésie ne pourrait donc restituer le bonheur, sans les « Ah », « Ô » et adjectifs de circonstance ? Certes, le mièvre guette. Travailler à écrire le simple, le bonheur : rude et bel exercice. L’exploration de la complexité du simple, de l’étrangeté du banal, guidé par la poésie nous mène au tréfonds de nous-mêmes et du reste.

 

Si vous voulez lire de la poésie, laissez-vous guider par l’émotion, même fugace, même infime, même confuse. Les assonances, les glissements de son et de sens, les images concrètes et le flou du rêve, tout vient la servir. Oui, un soldat peut dormir la nuque baignant dans un frais cresson bleu. Non, à ce moment du « Dormeur du Val », l’herbe n’est plus verte. Si cela vous désarçonne, alors prenez les poèmes calmement, en imaginant ce qu’ils lâchent mot à mot. Laissez vous aller à la rêverie : « cela me rappelle, on dirait un peu comme quand... ». Très vite, cette lecture s’imposera, et vous entrerez dans les poèmes, car déjà eux vous attendront en vous.

 

Ensuite, après bien des lignes, dont les vôtres, car le beau est fécond, vous discernerez le cliché standard, ce vêtement trop usé, aussi facilement qu’entre deux couscous, vous saurez celui qui vient de la cantine et de son fer blanc. Vous serez déçu par l’arnaque des « chevaliers de la rime dans les cités du crime » : ils ont des choses à déclarer, mais doivent tout apprendre de la langue, et oublier comment la démagogie les a poussés au premier plan. Vous verrez les soudures où l’auteur a peiné ; vous compatirez, parfois émerveillé, d’autres fois notant le procédé : on ne sait jamais ce qui peut servir. Vous admirerez — car vous les verrez — et le travail fait par l’un pour parvenir, après des années de gammes, à une spontanéité criant sa vérité du jour, et la façon dont un autre rivette des mots lentement choisis, et la maîtrise de la grammaire que cet autre possède pour la contraindre à exprimer ce qu’il veut. Vous verrez lequel a du talent et de la maestria, tout en sachant vous laisser faire, vous laisser guider vers le plaisir.

 

La première fois que, relisant pour la dixième fois peut-être une strophe, vous sentirez vos yeux s’humecter sans savoir d’où cela vient, ou bien qu’une phrase nouvelle s’installera en vous avec l’aisance d’une évidence, ou bien que la sonorité d’une strophe suffira au-delà du sens des mots à rénover totalement ce que ces mots peuvent exprimer, alors vous aurez appris à lire la poésie.

 

Puis une fois tous les dix ans, ou dix fois par jour, quand un bouleversement vous saisira, vous aurez à la main ou en mémoire, la légende de cet arrêt sur image : ce sera de la poésie. Vous serez heureux de rejoindre ce genre de station de bus, cette page avec ses mystérieuses petites lignes dites des vers, véhicule plus ou moins cahotant, mais en route vers Cythère : « Invitation au voyage ».

 

 

Parvenu à ce point, vous entendrez ne serait-ce que parfois, les poèmes muets enfouis dans un brin d’herbe, un regard, un lampadaire et trois ratons laveurs. L'essorage de la machine à laver vous dictera une rythmique, les noms de ce qui tombe sous vos yeux, un abécédaire. Là, entre les choses de la vie, vous percevrez la silhouette vague d'un poème à naître. Avec plus ou moins de réussite, je suis prêt à parier que, dans les replis du quotidien ou la saillie d’un satori, vous tenterez de trouver les mots de ces textes encore silencieux pour les mener au jour. 

 

Vous aurez alors appris à lire et à écrire la poésie.

 

 

P.-S. : Désolé de n'avoir pu faire plus court sur un tel sujet…

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