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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 12:39

 

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

Pluie ô pluie ô pluie ô ! ô pluie ô pluie ô pluie !

                                      Raymond QUENEAU

 

 

 

Dis, la pluie, t'es à sec ?

Que fais-tu de nos gosiers secs ?

 

 

Depuis des mois il n'a pas plu

Ce qui au surplus nous a  déplu

 

 

Tes gouttes d'eau se baladent en nuages

Mais pas le moindre atterrissage

 

 

Le parapluie joue au parasol

Sous le regard amusé du campagnol

 

 

 La limace de mauvaise grâce

Ne se montre même pas vorace

 

 

Dis, la pluie, faut-il des processions

Pour te faire entendre raison ?

 

 

Que vite s'ouvrent les paragouttes

Que pianotent des milliers de gouttes !

 

 

Chantez gouttières et rigoles

Madame la pluie danse la farandole

 

 

 

Daniel LABEYRIE

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 11:39

Quelques poèmes de Brigitte Fraval.

 

 

saule-tombe-016.jpgMerci Brigitte!

Merci pour tout!

Et même au-delà de tout.


  Lune 

 

Silhouette ciselée sur la lune claire,

Sourire à peine esquissé , mystère,

Elle attend le réveil des réverbères ,

Le bruit de ses pas durs sur la terre

Bruissante des givres de l'Hiver .

Il viendra celui qu'elle espère .

Il viendra dans une brume légère

Ses yeux d'ombre grand ouverts ,

Jetant à la nuit son rire solaire .

Il viendra goûter la lumière

Qu'elle a scellée à ses paupières .

Sur la table ,quelques branches de lierre,

Une carafe rubis et deux verres.

Il viendra , C'est comme une prière

Tant que les réverbères encore éclairent,

Boire le vin et caresser sa peau amère

Il viendra avant que ne se referme la terre

Sur le silence de ses rêves éphémères .

 

L'absence 

 

La morsure au creux du ventre,

Fleur vénéneuse du doute

Roule sa houle douloureuse

Là où le cri prend vie,

Là dans l'étranglement.

Gorge dure nouée au silence .

Les secondes coulent les heures

Au sable froid de l'attente .

Terreur muette de l'oubli,

Lames glacées en fulgurance

Les battements lourds du coeur

Cognent aux tempes , durs , lancinants .

une porte claque , espoir meurtrier ,

Sussuré par un vent mauvais

Qui vient battre au seuil

Le rappel de l'absence .

 

Petite vie

 

Recroquevillée , tête dans les genoux ,

Petite vie sans horizon ,

Petites envies sans passion ,

J'ai oublié d'être debout .

Le regard vrillé sur l'horizon ,

Pulsations à peine au creux du cou

Comme des mots trop doux

J'ai oublié le feu de la déraison .

Mains ouvertes ,vides de tout ,

A peine l'espoir d'un bourgeon

Dans l'entrelac des sillons ,

J'ai oublié d'aimer les vents fous .

Détenue consentante d'une prison,

Où dorment tous mes dégoûts ,

Gisent mes rêves sens dessus -dessous ,

J'ai oublié que la vie se fait de moissons .

Dans un murmure , un souffle , un rien , un tout

Une dernière lueur ,ultime oraison .

 

Saisons

 

Laisse filer le vent

Sur les plaines sombres .

L'été s'est immolé

Aux derniers feux

Des rires clairs de la mer.

Laisse venir le givre

Aux herbes perlées .

L'automne s'en est allé

Dans l'odeur puissante

De la terre endormie.

Laisse les parfums frémir

Aux matins de soie pâle .

L'hiver a déposé ses brumes

Aux voiles légers

Des aubes nouvelles.

Laisse éclater les ors

Au ciel ivre de bleu.

Le Printemps s'est esquivé

Accrochant son velours frais

Aux regrets des lilas éteints.

Laisse glisser le temps

Au sablier des heures.

Il est la vague

Qui porte à sa frange

L'entêtement farouche de la vie.

 

Vertige

 

Ligne d'horizon

Nette , tranchante ,

Si loin de sa source d'ambre .

Ni or , ni brume ,

Juste un trait  .

Dur sur l'encre des abîmes.

Etreinte du vent

Apre , glacée

Si loin du feu des étés .

Ni chant ,ni caresse ,

Juste une lame .

Silex sur le silence de la grève.

Sur ma peau impatiente

Inquiète ,absente ,ta main

Si loin de ce qui fût .

Ni glace ,ni braise.

Juste un leurre

Sur mes paupières closes.

 

 

 

  NB; J'ai emprunté le titre de ce "post" à une chanson de Véronique Pestel.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 16:52

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/30/Corbeau_branche_Kyo.jpg/250px-Corbeau_branche_Kyo.jpgChaque matin sur le lampadaire

Tu me croasses un drôle d'air

A l'heure pâle de l'angélus

Sache que je n'en peux plus

Si tu daignais changer de refrain

Tu me rendrais moins chagrin

Oui, corbeau je t'appelle

Mais tu n'es qu'une noire corneille

Avec tes brèves vocalises rouillées

Voilà mes bouts de rêves brouillés

Sacré vieux corvidé monocorde

Tu tires vraiment trop sur ma corde

Pose-toi sur le haut platane là-bas

Et laisse-moi me cacher sous les draps

                                                                                                Daniel LABEYRIE

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 08:00

 

Une contribution de babel.

 

  Le titre est de la blogueuse.

 

317740_197290110345094_1588486971_n.jpgPhoto : Merci à Luc Bersauter. http://www.bersauter.com/


C’est un temps qui dure encore un peu ici et là. Il n’y en avait que pour le guitariste. Les plus rusés passaient la première heure à gravement accorder l’engin, si possible dit « Folk », entrecoupant chaque couinement d’ébauches de conversations à demi sans importance, mais qui retardaient d’autant plus l’heure de vérité, en laissant l’ivresse bue ou fumée, l’habiller de rêves. Il n’y en avait que pour le guitariste, romantique, quattrocento angélique, raphaélique, pape de musique pop, pope de scopitones.
D’autres s’échinaient à la cuisine à faire des tartines. De vraies tartines avec du pain. D’autres tartines de couleurs, de mots. Dans leur cas, copier n’était pas jouer : interdit. Alors, aussi jeunes que rageurs, car il n’y en avait que pour le guitariste, ils l’écoutaient finalement attaquer le crépi de la maison bleue. Fréquemment les accords ou la voix, si ce n’est les deux avaient besoin d’échauffement, ou alors c’était la fumée. Oui, en ce moment, il travaillait sur une chanson, une écrite par lui « mais non, tu vois, c’est pas au point encore, mais attends j’en ai appris une super des Qui, ou de Reine, tu sais ? » Les excuses, il n’y en avait que pour le guitariste. Après trois ou quatre tiers de cinq chansons, on entendait un soupir, les boucles d’une besace et un froissement de pages. Et à nouveau, il accordait sa guitare, tandis que la fumée des bidis – « non non Msieur, que c’est de l’eucalyptus indien » – se mêlait aux hennés dans les cheveux des filles.
À la cuisine, il n’y avait plus de tartines. Pas moyen d’écrire dans cette ambiance, surtout quand on ne peut recopier simplement une ou deux pages de Verlaine, et qu’il est injurieux de souligner la niaiserie de chansons qui affirment que, je cite, « Elle a un titre de transport, mais s’en moque », ou bien « que si je suis tout seul, tout triste, Maman Mary vient à moi : ainsi soit-il », ou bien cette ultime rébellion : « Oh toi, je vais te dire quelque chose : je veux te prendre la main ». D’autant que chantées dans la pièce à côté, toutes les paroles étaient traduites en yaourt. Ainsi, il n’y en avait que pour le guitariste.
J’ai brûlé ou perdu tout ce que j’avais écrit alors, mais conservé en mémoire certaines trames que j’ai reprisées plus tard, quand il n’y avait plus de guitariste.
Il faut dire qu’avec l’âge, les temps donnent l’illusion de changer. Soudain, l’intérêt se porte aussi sur celui et celle, qui tentent de peindre, de danser, d’écrire. Les cheveux ont perdu en volume et couleurs lorsque ces deux ont signifié le conformisme. Beaucoup de guitares furent rangées pour cause de c’est la vie. Les stylos servirent à rédiger des lettres de motivations. Les pinceaux relégués au dimanche, puis à Pâques ou la Trinité. Ziggy Stardust est mort dans les bras d’un dandy qui l’a porté jusqu’aux poussières d’étoiles. Lassés de devenir des chiens, les Laquais ont laissé leur iguane vivre sa vie. Lou Reed a adopté la silhouette sombre d’un instrumentiste immobile déversant ses poèmes sur six cordes tendues sur un manche sans aucun relief. Quelques tombes fleurissent des accords de regrets Le Velours Souterrain s’est retrouvé tendu sur les sièges d’une buvette, « Chez Guevarra », où les fils de famille peuvent s’encanailler sans risque, abrités par l’icône d’un ministre de la justice sanguinaire devenu christique, mais aussi beau qu’un guitariste à cheveux longs.
Cependant, les temps ne donnent que l’illusion de changer. Dans les groupes de lycéens et d’étudiants assis dans le parc, regardez bien : il n’y en a que pour le guitariste.
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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 15:29

 

 

 

Maryse, une habituée de ce blogue, m'envoie cette courte note de lecture:

 

Bonjour,
Je viens de terminer le très beau livre/récit de Sylvain Tesson
"dans les forêts de Sibérie", et ne peux résister à l'envie de vous
le signaler, il me semble que vous devriez l'aimer ....................

Quelques passages : ...


".... aimer c'est reconnaitre la valeur de ce qu'on ne pourra jamais connaître.
" Et non pas célébrer son propre reflet dans le visage d'un semblable.
" Aimer un Papou, un enfant ou son voisin, rien que de très facile. Mais une
" éponge ! Un lichen ! Une de ces petites plantes que le vent malmène !
"Voilà l'ardu : éprouver une infinie tendresse pour la fourmi qui restaure sa
"cité........."


la page avant celle - ci est un magnifique plaidoyer à la reconnaissance
de l'animal en tant qu' être conscient, sensible, etc

... "des milliers d'années de pensée aristotélicienne, chrétienne et
" cartésienne nous cadenassent dans la certitude qu'une marche infranchissable
" nous sépare de la bête...... pourtant, au fond des bois, il est troublant
"le spectacle des bêtes. Comment être certain que la danse des moucherons dans
" le rayon du soir n'a pas une signification ? Que savons-nous des pensées de l'ours ?...
".... et comment mesurer l'émoi des passereaux lorsqu'ils saluent l'aurore sur les
"plus hautes branches ?

 

Sylvain Tesson. "Dans les forêts de Sibérie. Gallimard. Collection blanche. 17 euros 90    http://www.gallimard.fr/rentreelitteraire/SylvainTesson.htm

 


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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:53

J'ai dit à babel il y a deux jours: "Je peux te prendre ce texte pour mon blogue?" (babel tient à ce que l'on écrive blogue)

Je me souvenais avoir beaucoup aimé ces lignes quelques mois auparavant parce qu'elles résonnaient  déjà en moi

babel me donne son accord (babel me donne toujours son accord, pourvu que ça dure!).

Et puis un doute, je regarde dans les archives du blogue et m'aperçois que j'avais déjà publié cette contribution un an plus tôt jour pour jour!

Vous croyez au hasard, vous?

Il y a un an, je pensais avoir déposé les armes. Mais voilà, combattante-militante-guerrière qui se croyait pacifiste, je ne me rendais pas compte qu'il m'en restait quelques-unes au fond de mes poches.

Aujourd'hui, un an plus tard, je dépose ces dernières armes. Pas indifférente, non, pas j' menfoutiste; toujours aux aguets, en colère et révoltée plus que jamais  mais tout à coup consciente que vouloir avoir raison à tout prix, ne serait-ce qu'avec des mots, est la première des violences .

Merci à babel et merci à la personne dont j'ai croisé le chemin il y a peu, et qui sans même s'en rendre compte, m'a aidée à vider mes poches. Je me sens plus légère, plus vivante  et plus libre.

 

 

 

 

Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 12:33

Une contribution de babel.

 

J’ai regardé le bord de mon corps…là où commence l’inconnu

 

Je ne serai pas démocrate :

le bonheur des uns fait le malheur des autres

Je ne serai pas républicain :

le bien commun n’est pour personne

Je ne serai pas anarchiste :

la loi du plus fort finit par triompher

Je ne serai pas monarchiste :

les symboles ne sont pas immuables

Je ne serai pas totalitaire quand la totalité souffre un par un

Aristote, réveille-moi : ils sont redevenus fous.

 

J’ai regardé le bord de mon corps…au premier pas de mon élan

Là où ma peau devient de l’air

 

Le débat ? Il faut nommer qui a tort et qui a raison ; il ne longe que les tombeaux des « autres »

La lutte ? Il faut nommer le vainqueur et le vaincu ; elle ne ronge que ce qui est aux « autres »

L’indifférence ? Elle ne nomme ni victime ni bourreau, elle ne songe pas aux « autres »

La résignation ? Elle ne nomme ni les uns ni les autres, elle ne plonge que dans le vouloir d’un « autre »

 

J’ai regardé le bord de mon corps…là où je ne suis plus seul

avant que l'ocre du chemin se noie dans l'ombre bleue des sapins

Là où le vent et mon cuir s’épousent

 

Tous les Ceci et les Cela une fois prouvés font loi,

Lus et approuvés quelquefois

Durs et éprouvants souvent

Le désordre vert des arbres au printemps,

la rengaine des radios, le parfum du café au lait,

même le glissement des cartes sur le tapis portent

en leur face cachée

une dédicace, l'épitaphe des combats inutiles, des armées identiques.

Le rideau des peupliers sous la pluie,

au bord du fleuve, le long de la route nationale,

encage mon horizon dans une grammaire invisible à force de quotidiens.

 

Au matin, déposer mes oriflammes, feue la nuit, mes bûchers, et

Assis dans le chenal de mes rides, en bordure de mon corps, lisière

Jusqu’au bord de ce corps, devenir ce que je suis :

 

Je suis de sang, je suis de sève, d’eau en torrent et de grain en la pierre.

Je suis suc dans la branche, veine dans le bras, rigole sur la grève, 

Je serai hier, Je suis demain, j’étais maintenant.

 

J’ai regardé le bord de mon corps :

les atomes ne dessinaient aucune douane

 pas un seul pointillé entre eux et les autres

Seuls dansaient des amas de microparticules,

Toutes de la même facture.

 

L’orgue des choses a réglé ma dette :

il joue la musique de mes sphères moléculaires, mon âme danse.

J’ai voulu toucher le bout de mon monde, le bord de mon corps.

Je n’ai rien touché du tout.

Tous les mondes sont un seul, et hors d’eux, rien…

 

J’ai bien des limites, mais je ne trouve pas ma frontière.

Je ne suis qu’un résumé des autres choses,

mises autrement, autrement dites, pour un temps par ici.

Une des combinaisons possibles de particules à jamais séparables.

Et à ce jour, consanguin de toute chose.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:00

 

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

Je ne crois plus qu'en un petit brin d'herbe

égaré sur la voie ferrée

 

Brigitte FONTAINE

 

 

        Résistantes des fossés, des bords des routes, des chemins défoncés, des prairies à l'abandon, des lisières des forêts, des jardins sauvages, des ornières boueuses, des bordures de champs brûlées, des fentes des trottoirs, des murettes branlantes, des places de village peu fréquentées, des terrains vagues, des friches industrielles... Vous parvenez vaillamment, lors de chaque prin-temps, à montrer vos corolles à l'insu d'une adversité qui n'a de cesse de vous confiner dans de minuscules espaces improbables.

        Et pourtant, vous êtes toujours là, modestes fleurs, inflorescences des mauvaises herbes que l'on qualifie de « folles »: permettez-moi de vous rendre un hommage qui peut sembler insolite, en ces temps où l'on anéantit inexorablement ces révoltées saisonnières  ne donnant que le meilleur d'elles-mêmes, quelques éclats de couleurs éphémères.

        Les jardiniers vous jettent un regard  fort  peu  compassé   arborant

une houe aussi affûtée qu'un cimeterre ou vous infligent un bouillon

d'onze heures aussi radical que la ciguë pour un certain philosophe grec.

        Chère ficaire aux pétales luisants, tu annonces l'imminence de la venue du printemps: le poète, René-Guy Cadou te vouait une grande tendresse : lorsqu'il quittait son école pour parcourir les chemins, tu te glissais subtilement dans son regard.

        Cardamines, vos longues tiges, s'élancent au-dessus des mousses tenaces, libérant vos fleurs mauves  avec  discrétion et modestie. Une  goutte de pluie, un soupçon de brise produit chez vous un balancement qui peut vous être fatal.

        Pissenlits, vous avez la force et le caractère ombrageux du mois de mars: vous n'hésitez pas imposer votre autorité dans la petite jungle végétale: vous savez aussi vous accommoder du soleil, de l'heure du jour, et quand vient le soir, vous vous refermez prudemment pour prolonger votre règne aussi longtemps que possible.

         Chères stellaires, vous êtes comme les étoiles, fragiles et délicates, vous avez grand plaisir à enchanter les bords des ruisseaux et si le myosotis a toujours la faveur des amoureux, vous méritez tout autant la bienveillance des promeneurs

        Campanules, vous vous faites parfois un peu rares car les pâquerettes carillonnent leurs cou-leurs  et vous sonnent les cloches

avec prétention. Les petites filles vous assemblent  délicatement  dans  leurs minuscules bouquets. Notre cher Julos Beaucarne ne dit-il pas que « Les campanules hululent le doux nom d'Amarylis » !

 

        Coquelicots, vous avez déserté les champs de blé depuis fort longtemps mais, malgré votre bannis-sement de l'univers céréalier, vous avez su prendre le large pour vous installer sur des îlots de terre ferme où vous tenez la dragée haute à vos ennemis en compagnie du lin qui vous tient discrètement compagnie.

        Asphodèles des landes, fleurs de coucou disséminées parmi les hautaines marguerites, mouron rouge ou blanc tant aimé des passereaux, chardons pubescents déchiquetés par la gourmandise mésangère, bugles insignifiants, consoude  à l'ombre des haies, ruine de Rome agrippée aux murs fatigués, graminées de toute texture peuplant les prairies...

 

        Tenaces rebelles, continuez à tenir tête à l'uniformité ambiante, colonisez la moindre monceau d'humus, recouvrez la peau desséchée des labours, les brèches des infâmes chantiers abandonnés... Fleurs sauvages des quatre vents, le printemps vous rend grâce d'exister.

 

 

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 19:19

Labrie-1-copie-2.jpg

 

J'avais déjà publié ce texte de mon frère.

 

http://jenolekolo.over-blog.com/article-12934435.html

 

Il y a quelques jours, mon frère, toujours lui, m'envoyait quelques dessins d'enfants qu'il avait retrouvés dans ses trésors. Réalisés il y a déjà un paquet d'années dans le cadre de la classe de l'une de mes nièces, ils illustrent le conte dont il est question. Je publie donc de nouveau le conte avec ces illustrations. L'idée m'en est venue tout à l'heure, en ce jour de lutte pour l'officialisation de l'Euskara et de toutes les langues minorisées de l'Hexagone. Ce sera ma participation puisque la fièvre et la toux m'ont empêchée d'être présente à la manif de Bayonne.

 

Labrie-2.jpg

 

 

Labrie, la fiancée du vent.         

 

Labrie-3.jpg                                 Cette année là, le Marquis avait fait venir une équipe de bûcherons qui travaillaient dans la coupe à côté de la nôtre. Parmi eux, quelques-uns parlaient une langue inconnue et ne maniaient le Français qu'avec difficulté. Ils aimaient, le soir, chanter et danser ou alors conter des histoires de leur lointain pays au pied des Pyrénées. J'avoue avoir oublié beaucoup de ces veillées, mais il y en a une qui m'a frappé. Je vois encore le conteur, éclairé par la lueur du feu, sa curieuse cognée aux formes arrondies posée sur les genoux. D'une voix bien timbrée, cherchant ses mots, les yeux dans le vague, il nous a conté cette histoire.

Dans nos montagnes, au milieu des bois, vivait une petite chienne. Ses maîtres, des bûcherons comme nous, l'avait apportée là toute jeune. Elle n'était pas vraiment belle, le poil long, la truffe noire, assez courte de pattes, le corps allongé. Elle aimait courir dans les pentes, entre les fûts des arbres, mais elle s'arrêtait souvent pour regarder le soleil à travers les branches.On ne la maltraitait pas, loin de là, mais on ne s'occupait pas vraiment d'elle. Elle se sentait étouffée, manquant d'espace et d'amour. Elle n'était pas heureuse car son coeur ne s'était pas choisi un maître. Aussi, un jour s'enfuit-elle, partant au hasard, à l'aventure.

Un beau matin de printemps, elle émergea à l'air libre, au milieu d'une vaste prairie émaillée de fleurs multicolores. Un vent léger transportait mille senteurs. La vie bruissait autour d'elle. La petite chienne se dressa sur ses pattes, offrant son joli museau noir à la caresse de la brise. Le vent la vit alors, statue même du bonheur.Il revint tourner autour d'elle, courbant l'herbe et les fleurs, la caressant de son souffle embaumé. Elle, sentant cette caresse, rayonnait de joie. Cette communion était si totale que le vent restait là, oubliant les ailes des moulins et les voiles des bateaux. Mais le devoir l'appelant, ne pouvant se résoudre à l'abandonner seule dans la prairie, il gonfla son souffle et bientôt l'emporta.

On ne l'a jamais revue sur Terre. Les montagnards disent que le vent l'a épousée et l'a baptisée Labrie. Quand vous voyez les nuages courir dans le ciel, c'est Labrie qui les poursuit. Quand le ciel moutonne, c'est Labrie qui les rassemble.

Elle a eu de nombreux enfants que le vent a déposés dans la montagne, là où ils l'avaient trouvée. Les hommes les ont recueillis et élevés en échange de leur amour. Ce sont leurs descendants qui, de nos jours encore, rassemblent les moutons dans la montagne. De leur mère, ils ont hérité  la beauté et un souffle inépuisable.

Ne vous étonnez pas si de temps en temps, vos bergers lèvent vers le ciel leur museau et leurs si doux  yeux marron. C'est que là-haut, derrière les nuages, ils entendent leur mère passer.

Labrie-4.jpg            Vous pensez peut-être que j'ai inventé cette histoire? Non,elle m'a été racontée par un vieux bûcheron, au coeur de la forêt, un soir au coin d' un feu.

Richard Cuisset.


 



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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 19:00

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

Louange à vous

 Mésanges

Mes anges d'hiver

Acrobates

Sur vos pattes

 

Batailleuses

Mais point hargneuses

Mes petits anges

Que seul dérange

Le vent d'hiver

 

Chenapanes affamées

Des jours de disette

Sur vos gambettes

Vous m'épatez

De l'hiver à l'été

 

Petites chérubines

Coquines gamines

Bouquets de plumes

A la une

Des saisons grises

 

Louange à vous

Mes angelines

Enchanteresses

De mes détresses

Quand souffle bise

 

 

Daniel LABEYRIE

 

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 09:00

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

Mon pauvre diable

 

Renard qui trotte vaut mieux que lion qui dort

Proverbe turc

 

                 Février offrait un petit soleil matinal glacé, la gelée blanche se reposait tranquillement sur l'herbe du verger et de la prairie en contrebas: tout était calme, de rares trilles de mésanges animaient le silence de la campagne.

 

                 Toi, vieux goupil efflanqué, je t'ai aperçu trottinant tranquillement à quelques dizaines de pas de moi. Tu n'avais rien du renard au poil luisant et à la fourrure de feu détalant prestement au moindre décibel inopiné. En face de moi, j'avais affaire à un patriarche quelque peu dépenaillé, victime du poids des ans ou de la méchante vague de froid de ces dernières semaines.

 

                 Mon pauvre vieux , tu faisais peine avec ta triste queue élimée, presque glabre. Tu m'as regardé, étonné, mais tu devais savoir intuitivement que je ne manie guère les armes à feu; quant à la pose de pièges pour éliminer les gens de ton espèce ce n'est pas demain la veille que j'opterai pour de telles pratiques barbares. Je n'enfumerai pas, non plus, ton terrier avec des gaz mortels. Peu me chaut que tu traînes, dans ton sillage, une réputation sulfureuse !

 

                 Comme la faim fait sortir le loup du bois, il est probable que tu te risquais sur mes friches pour déloger quelque rongeur imprudent qui aurait l'outrecuidance de sortir son petit museau d'une galerie: ce mets dont tu raffoles pourrait assouvir ta fringale.

 

                 Je n'ose imaginer ta renardière glacée où tu te morfonds le jour durant, attendant le premier rayon de lune pour humer l'air des quatre vents et prendre tes quartiers de vagabond nocturne à travers champs et chemins de traverse.

 

                 Pendant quelques instants, nous nous sommes observés avec  bienveillance . J'eusse aimé  que tu viennes vers moi afin de faire plus ample connaissance, en gardant néanmoins une certaine distance mais mes congénères n'ont pas dû te faire de cadeau, alors , les temps étant ce qu'ils sont, tu as pris la direction du bosquet négligeant de ce fait ma proposition silencieuse.

                 Sans le moindre affolement dans ta démarche un peu lasse, tu as repris ton train de sénateur pour retourner dans ton fourré.

 

                 Si le cœur t'en dit et si tes forces te le permettent, n'hésite pas à revenir me rendre visite, je peux même t'offrir l'hospitalité dans le modeste verger, il me sera également loisible de t'ouvrir le joli portail de bois de mon jardin afin que tu me débarrasses de la présence d'indésirables rongeurs qui dévorent mes dernières touffes de persil et mes pieds de blettes. Ainsi rassasié de la chair fraîche de ces bestioles, je te propose, en toute simplicité,  un petit somme sur le solarium où tu pourras donner libre cours à tes rêves.

Daniel Labeyrie


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