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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 09:00

Je viens de prendre connaissance, sur le site du RAC (Rassemblement Anti-Chasse)
http://www.antichasse.com/Accueil.html
de l'article ci-dessous, écrit par René Barjavel, 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Barjavel

et publié en 1975 dans le Journal du Dimanche.
Et je me souviens avoir eu le grand bonheur de rencontrer Barjavel à Paris en 1970, pour la première "Semaine de la Terre", organisée par "Jeunes et Nature", "les Amis de la Terre" et 'association "Etudes et Chantiers", membre de la Fédération "Cotravaux". Il avait répondu immédiatement à notre invitation, et avec la plus grande des gentillesses!
J'ai le plus grand plaisir à vous inviter à la lecture de ce texte.
J'espère qu'il vous donnera envie de lire ou de relire Barjavel.

Photo: Emilio.

Article de René Barjavel au Journal du Dimanche du 30 novembre 1975
 


Laissez-les vivre


 

Le merle noir et la merlette couleur d'écorce sont perchés côte à côte et tête-bêche sur une branche du marronnier. Elle regarde vers le rez-de-chaussée, lui vers la fenêtre du troisième. Là-bas et là-haut habitent de généreuses personnes de l'espèce humaine qui donnent régulièrement à manger aux pigeons. Le couple malin en prend toujours sa part, sans se mêler à la foule, par incursions rapides sur le bord du rassemblement glouton. De crainte des coups de bec, sans doute. Les pigeons n'aiment pas qu'on vienne manger dans leur assiette. Ils ont toujours peur de manquer. Ils avalent à toute vitesse. Ils engouffrent des quantités incroyables. Leur jabot s'arrondit comme une femme enceinte au huitième mois et demi. Quand il n'y a plus une seule graine, ils relèvent la tête, l'œil ahuri. Ils sont toujours étonnés par le fait que ce soit terminé. Leur cerveau doit être enroulé dès leur naissance autour de l'image d'un festin qui ne s'achève jamais, une montagne de riz, de mais ou de pain mouillé sur laquelle ils sont posés, et qu'ils mangent, mangent, mangent pendant la vie éternelle. Le paradis-pigeon...

Hélas ! avec ou sans ailes, on ne trouve rien de tel sur la Terre. Tout y a une fin. Ils s'envolent. Autant recommencer ailleurs.

Le merle et la merlette sont partis depuis longtemps. Ils n'aiment pas tellement la table d'hôte. Ils sont plus gourmands qu'affamés. Lui est allé se percher sur l'antenne de TV. C'est de là que le matin, il prévient, en chantant, toutes les bêtes du quartier, et les humains qui veulent l'entendre, que ce n'est pas encore aujourd'hui que la nuit va prendre racine, et qu'une fois de plus le jour se lève. Le jour nouveau, rose dans l'œil du merle quand le soleil s'annonce, gris quand c'est la pluie, le jour toujours superbe. Le jour de lumière et de vie.

Y pensez-vous parfois, le matin, que la nuit aurait pu rester? Je sais, vous avez appris à l'école : la Terre tourne, la nuit ne peut pas durer, c'est scientifique. Voilà où nous en sommes, avec nos connaissances : le jour ne nous émerveille plus. C'est un phénomène ordinaire. Le merle, lui, n'a rien appris. Il sait que le retour de la lumière est miraculeux. Et il chante...

Si nous pouvions, chaque matin, commencer la journée en étant un peu merles...

Retourner à l'"obscurantisme" primitif ? Renier nos connaissances ? Non. Aller au-delà. Si nous perçons la croûte de notre science, nous nous trouvons aussitôt devant le gouffre du mystère. La Terre tourne, le soleil brille, notre peau le sent, notre esprit le sait, la plante le boit… Pourquoi ? La science essaie de dire comment, mais sur le pourquoi elle se tait. Personne ne peut donner la réponse. Nous pouvons seulement répondre par la joie. Le jour se lève, le jour est un miracle, le soleil est un miracle, le merle est un miracle, la vie est un miracle... Rien de tout cela n'est ordinaire, banal, scientifique, explicable. Et que vous continuiez d'être un être vivant, qui voit, écoute, sent et pense, c'est un enchaînement de miracles, seconde apres seconde...

C'est parce que nous l'oublions à chaque instant que nous avons si peu de considération pour la vie des autres vivants. Chaque année, à l'automne, une partie de la population humaine mâle de notre pays empoigne ses fusils et se précipite dans les campagnes pour tuer. Sans autre raison, sans autre besoin que le plaisir de tuer. En ma chèr Provence, à la campagne, il n'y a plus d'oiseaux. Quand il en surgit un, égaré, imprudent. gros comme un tétard, cinquante chasseurs se précipitent pour le massacrer. Ailleurs, on élève des faisans qu'on jette devant les pieds des hommes armés, bottés. valeureux... Les bêtes, habituées à la mangeoire, n'ont même pas peur. Les héros s'en donnent à coeur joie, ça sent la poudre, la plume vole, on termine par un gueuleton. Le grand air et le meurtre donnent bonne mine.

Ce qui est très profondément déplorable, c'est moins la tuerie elle-même que le fait d'avoir en France plus de deux millions de tueurs. C'est plus grave pour les hommes que pour les bêtes. Et il est grave pour la France que les présidents de la République donnent traditionnellement l'exemple du massacre. Je ne connais rien de plus navrant que le spectacle du président et de ses invités posant, satisfaits et solennels, derrière leurs victimes alignées sur le sol. Quelle victoire ! Si un de leurs enfants en faisait autant avec des mouches, ils le corrigeraient et craindraient pour son équilibre mental...

Le premier président qui transformera les tirés de Rambouillet en refuge d'oiseaux laissera un nom dans l'histoire de France et d'Europe. Inviter les ambassadeurs à aller voir les oiseaux au lieu de les tuer, quelle leçon ce serait pour tous les hommes...

J'ai des amis chasseurs. Ils ne sont pas tout à fait mes amis. Il y a leur fusil entre nous. Et vous qui êtes chasseur et qui me lisez, vous êtes aussi presque mon ami. C'esl pour eux, c'est pour vous que j'écris ceci : la prochaine fois que vous irez à la chasse, essayez, honnêtement, de faire ce petit exercice, au moins une fois : quand vous aurez un oiseau ou un lapin au bout de votre canon, n'appuyez pas aussitôt sur la détente. En un instant, regardez-le, VOYEZ-LE, tel qu'il est, miracle de vie en mouvement, combinaison prodigieusement organisée da chair, de sang. d'efficacité et de beauté. Il a fallu trois milliards d'années pour le fabriquer et le mettre au point dans sa perfection. Allez-vous le détruire. VOUS ? Si votre index appuie, voilà, voui n'êtes plus que cela, réduit à la dimension de cette phalange, commandée par un instinct automatique qui est devenu votre maître et sous laquelle votre personnalité disparaît. Si vous VOYEZ, si vous admirez et laissez vivre, c'est votre esprit qui est entré en jeu, votre esprit d'homme capable de comprendre et d'aimer. Et alors,quelle Joie vous éprouverez, qui se renouvellera sans cesse... Pour avoir VU la vie en un instant, vous allez la reconnaître et la voir partout. Dans ces arbres nus parmi lesquels vous marchiez sans les regarder et dont chaque cellule prépare avec puissance, avec obstination, le retour du printemps. Sous l'herbe sèche que vous fou- lez, et dont les racines vives contiennent les plans et l'élan de l'herbe nouvelle. Dans la motte de terre que votre semelle aplatit, et qui abrite autant de vies microscopiques qu'un ciel d'étoiles. Et en vous-même, qui sans cesse oubliez que vous vivez...

Au fusil, au piège, à la strychnine, on tue, on tue, on tue.

Involontairement, on détruit. Le D.D.T. perturbe la ponte et la reproduction. Pour laisser passer les tracteurs, on a rasé las haies. Elles étaient l'habitat des plus charmants de nos oiseaux : le rouge-gorge, le bruant, la fauvette, la linotte, le pinson. Ils disparaissent avec elles.

Traqués, fusillés, empoisonnés, chassés dans toutes les campagnes, les oiseaux se sont réfugiés dans les villes. Il y a un couple de faucons au sommet d'un clocher parisien, je ne vous dirai pas lequel: II y a par bonheur des merles dans tous nos jardins et nos squares, des moineaux sur nos trottoirs, des pigeons sur nos toits.

Mais l'inexplicable, furieux instinct de destruction de l'homme les poursuit jusque là. Il a pris une forme administrative. On fait la guerre aux pigeons sous prétexte de propreté. Les crottes de pigeons souillent les statues, et les façades de certains ministères…

Quel dommage ! Quelle injure ! Ne pourrait-on pas, tout simplemant, les nettoyer ? Ce serait un beau métier d'être nettoyeur de statues... D'aller brosser les cheveux d'Alfred de Musset, caresser les épaules des Trois Grâces da Maillol... Cela coûterait cher? Cela ferait quelques chômeurs de moins à payer... Et j'aimerais savoir combien coûte la guerre aux pigeons, dont sont souvent victimes les moineaux. Vous avez pu voir dans la presse la photo de moineaux pris à la glu sur la corniche d'un immeuble et morts de faim, de soif et de peur. On m'a assuré que ce n'étaient pas les services municipaux qui avaient ordonné ce piègeage, mais sans doute le ou les responsables de l'immeuble en question. Je voudrais que celui qui a donné l'ordre de poser ces gluaux fasse un instant l'effort d'imaginer que c'est lui ou son enfant qui est pris jusqu'aux hanches dans une colle dont il ne peut s'arracher, au bord d'une falaise, sous le soleil et la pluie, personne ne venant lui porter secours, dans l'horreur et le désespoir, jusqu'à la mort... Je voudrais que chaque chasseur fasse l'effort d'imaginer qu'il est à l'autre bout de sa ligne de mire, que c'est lui qui va recevoir tout à coup la charge effroyable qui va lui broyer le corps...

Je sais : on va me taxer de sensiblerie. C'est vite dit. C'est surtout à nous, les hommes, que je pense. Tuer nous avilit. Chaque coup de fusil blesse celui qui tire, et blesse l'espèce humaine tout entière.

Les oiseaux sont l'écriture de Dieu entre l'arbre, la terre et l'homme. Le vol d'un oiseau explique et pose des mystères, montre le ciel, dessine l'amitié. Son chant est le langage universel que nous comprenons sans avoir besoin da le connaître. Il nous parle de joie et d'amour. Les oiseaux obligent les hommes à lever la tête vers le ciel. même ceux qui les tuent. Ils nous aident à vivre. En les tuant. nous détruisons ce qu'il y a de plus léger, de plus lumineux, de meilleur en nous.


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Published by Jeno l'écolo - dans Les écrivains Idazleak
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 12:00
Un récent article

http://jenolekolo.over-blog.com/article-26742511.html


de ce blog disait la joie d'apprendre que des chasseurs avaient été déboutés de leur plainte pour diffamation envers Gérard Charollois , Président de la "Convention Vie et Nature pour une Ecologie Radicale".
Que du bonheur! Est-ce pour cette raison que tout de suite, les commentaires se sont tournés vers le vin? Le premier à avoir réagi étant Franc-Comtois bon teint, il a vite été question des vins de sa région. Et incorrigible, je n'ai pu m'empêcher de dire qu'en ce qui concerne la Franche-Comté, ma tendresse n'allait pas qu'à ses vins, mais aussi à ses écrivains, parmi lesquels Marcel Aymé, Louis Pergaud ( Ah, "De Goupil à Margot", "La guerre des boutons"!) et Bernard Clavel, dont nombre de livres m'ont transportée, particulièrement "Le silence des armes", bouleversant.
Je vous fais grâce des méandres qui m'ont amenée à être en mesure aujourd'hui de partager avec vous le texte et le dessin ci-dessous.
Disons simplement que je remercie mon frère, Jurassien d'adoption comme je suis moi devenue Basquaise "par chance et aussi par vouloir" selon la belle expression de Gilles Servat, pour ces superbes documents dont bien peu de personnes ont eu connaissance à ce jour.






Allocution de Monsieur Bernard CLAVEL après son intronisation
dans la Commanderie des Nobles Vins du Jura et Gruyère de Comté
le 10 Mai 1969 à GEVINGEY.




  Ma conception personnelle du métier d'écrivain étonne souvent les universitaires. Ils accueillent mes propos avec un sourire narquois quand je leur dis que je suis un artisan, et que je cherche à faire mon travail de façon à satisfaire mes lecteurs, exactement comme mon père s'appliquait à contenter ceux  qui venaient acheter la pain qu'il avait passé sa nuit à pétrir et à  cuire. Certains sont même allés jusqu'à prétendre que je parlais ainsi dans le seul but de les faire bondir et pour le plaisir de me placer très loin de leur propre famille. Si j'avais à ce point l'esprit de contradiction, me trouvant ce soir parmi des vignerons plus proches de ce qu'était mon père que de n'importe quel intellectuel, je m'efforcerais de donner de mon métier une définition susceptible de placer le romancier, le reporter ou le conteur aux antipodes de l'univers réservé à ceux qui oeuvrent pour que sorte de leurs caves cette boisson qui fait naître la joie au cœur de l'homme et qui est bien le seul sérum de vérité auquel nous serions disposés à nous soumettre.

              Cette boisson, on l'a, une fois pour toutes, baptisée le vin, et tous ceux qui essaient eux-mêmes de la baptiser sans lui changer son nom perdent le droit de s'appeler encore des vignerons.
   
              N'est-ce pas la preuve que ces hommes qui partagent leur vie entre le soleil des coteaux et l' ombre des caves exercent un art avec lequel on ne triche pas ?


              Un art avec lequel on ne triche pas, mais il me semble que si cette définition s'applique parfaitement au métier de vigneron, elle devrait tenter  bien des écrivains et leur dicter, sinon un style d'écriture, à tout le moins une règle d'approche de leur métier.


              Si cette règle me séduit, c'est sans doute que j'ai reçu, pour seul héritage, les mêmes biens que reçoivent les gens de notre terre,  c'est-à-dire quelque chose de solide, une chose qui n'est pas forcément palpable au sens où l'entendent ceux qui aiment par dessus tout à se pencher sur les lessiveuses depuis qu'on a cessé d'y faire bouillir le linge pour y entasser des imprimés que les gouvernements successifs s'ingénient, avec une persévérance exemplaire, à dévaloriser. Cet héritage, j'en ai toujours conservé quelques symboles que je place dans la pièce où je travaille. Il y a la serpe de mon père, il y a un rabot à pousser les moulures dont se servait le Père VINCENDON, ce vieil artisan lédonien qui m'a appris à aimer le bois ; il y a la lampe pigeon de ma mère, et puis, entré chez moi voici quelques années seulement, un de ces petits tonnelets que  les vignerons emportaient à la vigne, et qui vient de la cave de Pierres GRELET, du LOUVEROT.

              Le jour où Pierre m'a donné ce merveilleux objet, nous ne savions pas encore, ni lui ni moi, que ce serait précisément dans sa cave que nous tournerions une partie de l'Espagnol.

              Mais ce que je savais déjà depuis longtemps, c'est que, selon le mot d'Henri Pourrat, le tonneau témoigne du génie de l'homme tout autant qu'une machine électronique. Ce tonneau, qui fait des Gaulois, peuple envahi, des hommes plus intelligents que les Romains, peuple envahisseur, n'est-il pas le plus bel ambassadeur que l'un puisse rêver ?

              Regardez le, beau, rond du ventre, mais pas trop ; exact de lignes et de formes, il a été fait uniquement de douelles de bois posées côte à côte, et pourtant, il ne laisse pas fuir la moindre gouttelette du précieux liquide qu'on lui confie. N'avait-il pas du génie, l'artisan qui fabriqua le premier tonneau ?

             Voilà un ambassadeur capable, pour peu qu'on le mette sur la bonne pente, de s'en aller tout seul, roulant sa bonde, porter son message de bonne humeur et de paix vers les pays où nul soleil ne permet à la vigne de pousser.


              Voila une grosse caisse toute ronde, qui s'en va par les chemins, portant dans ses flancs ce qui fait la plus belle  musique de la terre.

              Depuis des années déjà, j'ai commencé d'écrire un texte à la gloire du tonneau. Rassurez-vous, je ne vous en imposerai pas la lecture, mais je voulais vous dire deux mots de ces objets qui sont, pour moi l'un des biens les plus précieux parce qu'ils me rappellent à chaque instant que les vraies richesses nous viennent tout droit de la terre, des bois, de ces bonnes grosses maisons bien assises sur un sol d'où monte une sève si généreuse qu'elle a fait de moi, comme de bien d'autres , un écrivain qui n'a que faire d'une imagination puisqu'il a des sens. Regarder, écouter, sentir, palper et goûter tout ce que m'ont offert la terre et les hommes de mon pays me suffit amplement, je ne vois pas pour quelle raison j'irais me  torturer à inventer quoi que ce soit.

              En quelque sorte, si l'on m'accusait de paresse, je n'aurais qu'à répondre : Mais adressez vos reproches à la terre trop généreuse du Jura, si elle ne m'avait pas tant donné, je serais bien obligé de chercher.

              Oh, je sais, vous allez me dire ; mais alors pourquoi l'avoir quittée? Je pourrais vous répondre qu'il arrive toujours un moment où il faut s'écarter de la corne d'abondance, si l'on veut éviter d'être étouffé sous le flot de richesses qu'elle déverse sur vous, mais ce serait faux. Comme beaucoup, je suis parti à un âge où l'on croit encore que les vraies richesses sont toujours par delà cette ligne qui fuit sans cesse devant vous et s'appelle toujours l'horizon. Certains font ainsi le tour du monde et reviennent très vite au même point. Je n'ai pas fait le tour du monde mais si mon métier me retient parfois assez loin de mon pays, du moins m'a-t-il permis de découvrir très vite que si je n'avais pas emporté un peu de notre terre du Revermont à la semelle de mes chaussures, je n'aurais jamais rien écrit qui vaille la peine d'être lu.

             Et nous sommes nombreux, peintres, sculpteurs, musiciens ou écrivains, qui devons tout à notre enfance et au sol qui l'a nourrie.


              Si vous voulez découvrir ces gens là, ne cherchez pas trop dans les guides comme celui de la France Littéraire par exemple. Vous y découvrirez que Marcel Aymé est un écrivain de l'Yonne ou de Monfort l'Amaury, mais surtout pas du Jura. N'ouvrez pas ce guide, vous bondiriez d'horreur à chacune des pages consacrées à notre terre. Et si le je condamne, n'allez pas croire que c'est par dépit. Je sais bien que de tels ouvrages ne sont pas faits pour des écrivains dont on ignore si leur oeuvre a une chance de leur survivre. Si j'en parle, ce n'est même pas pour défendre des auteurs que j'admire et qui n'ont pas besoin de telles paperasses pour être à leur place, c'est seulement parce que j'aime notre terre, et que je souffre chaque fois qu'on lui vole quelque chose et que Madame Marguerite Henry-Rosier avait autant de qualités pour rédiger le Guide du Jura littéraire, que j'en ai pour célébrer les mérites comparés de l'algèbre et de la trigonométrie, ce qui n'est pas peu dire.

             Mais revenons aux vraies richesses.

              Il y a dit-on, les grands buveurs de petits vins et les grands buveurs de grands vins. Moi, je suis un petit buveur, mais je bois plus volontiers l'eau d'une bonne source qu'une sombre piquette.

             C'est sans doute que l'eau des sources de chez nous a, en commun avec nos vins, une pureté qui m'est chère.

              Savagnin, affirme-t-on, vient de sauvage, diantre que cette source là est donc faite pour me réjouir. Car, en un temps où la civilisation s'appelle vin en boîte de fer ou de matière plastique, produits chimiques, cuisine en conserve, conditionnement et uniformisation de l'homme ; en un temps où la civilisation s'appelle bombe atomique ou guerre du pétrole et de l'or, quel est l'homme de cœur qui ne sent pas monter en lui une irrésistible envie de retourner à ces temps que l'on dit sauvages, où des Colas Breugnon de tous pays se battaient à grands coups de gueule pour savoir de quelle vigne venait le meilleur vin ?


              Mais ici, la seule bataille qu'il faille encore livrer, c'est celle qui permettra au véritable Vin du Jura, de triompher des produits qui doivent davantage à la chimie et à la publicité, c'est-à-dire au XXème siècle, qu'à la terre et à la tradition de nos vrais vignerons.

              Ces vignerons, c'est mon père qui m'a appris à les connaître. Il les avait connus lui-même en allant, avec son cheval, leur livrer du pain. Ayant cessé de pétrir, il avait gardé avec eux ces liens solides d'une amitié née de cet échange merveilleux du pain et du vin. Avec lui, chez ces gens là, j'ai fait mes premières vendanges.

             De Gevingey à Vernantois, le chemin n'est pas long, mais le soleil ne doit pas avoir les mêmes horaires, car nous pouvions, chaque année, vendanger dans l'une puis dans l'autre commune.

              L'un des vignerons s'appelait CARNET, l'autre MANGEIN. Tous deux portaient moustaches, tous deux avait de larges mains râpeuses, tous deux avait le même amour des mêmes choses simples et pures.

Ces hommes, dont les noms et la silhouette sont en moi, liés à ces années de l'enfance dont Jean GUEHENNO dit qu'elles marquent la couleur de notre âme, ces hommes qui avaient l'âge de mon père, s'ils vivent encore, n'ont plus que cinq années à patienter avant de fêter leur centième anniversaire. Cent ans, Mais il y a dans les caves du Revermont des vins qui ont dépassé cet âge et qui n'ont rien perdu de cette immense richesse que leur a donnée le terroir. Cent ans, mais il y a des marcs du Jura qui ont trois fois cet âge et qui ne demandent qu'à continuer de vieillir pour la joie de ceux qui viendront après nous.

             Car c'est là que nous devons placer notre espoir. C'est dans nos forêts et nos vignes que se trouve la plus belle des méthodes d'éducation. C'est à ce grand livre des simples où le vrai vin a sa place, que doivent s'instruire nos enfants, si nous ne voulons pas que le monde de demain soit peuplé d'insectes bizarres, aux têtes énormes, bourrées de chiffres et de formules, et dont les estomacs n'accepterons plus que des matières chimiques prédigérées, des insectes qui auront cessé d'être sensibles à la beauté.


            Ce soir, nous avons la chance d'être nombreux à partager  le vin de l'amitié. Pour ma part, je veux le boire en pensant à ceux  qui m'ont appris à l'aimer. Je veux le boire aussi en pensant au temps où, trop pauvre pour renouveler ma cave, je conservais une bouteille de vin jaune, une seule, qui venait de Pannessières.

            C'était le moment où j'écrivais l'Espagnol. Un soir, ayant terminé un chapitre où je parlais du vin jaune, le goût m'en vint si fort à la bouche que je fis part à ma femme de mon désir d'ouvrir cette unique bouteille. Comme elle ne comprenait pas, je lui demandai de lire ce que je venais d'écrire. Ayant lu, elle descendit elle-même chercher une bouteille. Je sais bien que ma femme, née dans une vigne au pied du Revermont, était une lectrice privilégiée. Les jeux étaient peut-être faussés, mais tout de même, ce soir là, j'ai éprouvé une de mes grandes joies d'auteur.

           Vous voyez, c'est au vin du Jura que je dois cette joie, je lui en dois bien d'autres, et il faudrait que j'écrive des milliers de pages, si je voulais rendre à cette terre merveilleuse, une infime partie de ce qu'elle m'a donné.


                                    Bernard Clavel

  Note de la blogueuse : "L'Espagnol" est un roman de Bernard Clavel, remarquablement adapté à la télévision par Jean Prat en 1967.





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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 11:00



Gaston Couté m'a toujours accompagnée. Mon père avait onze  ans quand est mort le poète mais je me souviens qu'il lui portait une grande admiration et beaucoup de tendresse, qu'il m'a transmises.
Alors voilà, au risque d'être prise pour une radoteuse,  je vais vous  dire de nouveau qu'il se passe dans ma vie depuis un an des choses graves, très dures à vivre, une redistribution des alliances, des amitiés, des relations. Un jour, je vous raconterai. Pour le moment, ce n'est pas encore possible.
Quoiqu'il en soit, je publie ci-dessous l'un des textes les plus connus de Couté. En le relisant, il me semblerait presque aujourd'hui que je serais en mesure de me raconter de la même manière. A deux exceptions quand-même: Je n'ai jamais déniché d'oiseaux et, quant aux prostituées---
 Plus de quarante ans de militantisme acharné dans des organisations bien structurées, associatives ou politique n'ont pas réussi à extirper le fond libertaire qui est en moi. C'est inconfortable, mais je ne suis encore jamais tombée du fil.
C'est dire si je me sens en fraternité avec cet anarchiste,  fils d'un meunier de Meung sur Loire, et qui ne s'est jamais trahi lui-même.

Le Gâs qu’a mal tourné


Dans les temps qu’j’allais à l’école,
— Oùsqu’on m’vouéyait jamés bieaucoup, —
Je n’voulais pâs en fout’e un coup ;
J’m’en sauvais fér’ des caberioles,
Dénicher les nids des bissons,
Sublailler, en becquant des mûres
Qui m’barbouillin tout’la figure,
Au yeu d’aller apprend’ mes l’çons ;
C’qui fait qu’un jour qu’j’étais en classe,
(Tombait d’ l’ieau, j’pouvions pâs m’prom’ner !)
L’ mét’e i’ m’dit, en s’levant d’ sa place :
« Toué !... t’en vienras à mal tourner ! »
 
Il avait ben raison nout’ mét’e,
C’t’houmm’-là, i’d’vait m’counnét’ par cœur !
J’ai trop voulu fére à ma tête
Et ça m’a point porté bounheur ;
J’ai trop aimé voulouèr ét’ lib’e
Coumm’ du temps qu’ j’étais écoyier ;
J’ai pâs pu t’ni’ en équilib’e
Dans eun’ plac’, dans un atéyier,
Dans un burieau... ben qu’on n’y foute
Pâs grand chous’ de tout’ la journée...
J’ai enfilé la mauvais’ route !
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !
 
À c’tt’ heur’, tous mes copains d’école,
Les ceuss’ qu’appernin l’A B C
Et qu’écoutin les bounn’s paroles,
I’s sont casés, et ben casés !
Gn’en a qui sont clercs de notaire,
D’aut’s qui sont commis épiciers,
D’aut’s qu’a les protections du maire
Pour avouèr un post’ d’empléyé...
Ça s’léss’ viv’ coumm’ moutons en plaine,
Ça sait compter, pas raisounner !
J’pense queuqu’foués... et ça m’fait d’la peine :
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !
 
Et pus tard, quand qu’i’s s’ront en âge,
Leu’ barbe v’nu, leu’ temps fini,
I’s vouéront à s’mett’e en ménage ;
I’s s’appont’ront un bon p’tit nid
Oùsque vienra nicher l’ ben-êt’e
Avec eun’ femm’... devant la Loué !
Ça douét êt’ bon d’la femme hounnête :
Gn’a qu’les putains qui veul’nt ben d’moué.
Et ça s’comprend, moué, j’ai pas d’rentes,
Parsounn’ n’a eun’ dot à m’dounner,
J’ai pas un méquier dont qu’on s’vante...
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !
 
I’s s’ront ben vus par tout l’village,
Pasqu’i’s gangn’ront pas mal d’argent
À fér des p’tits tripatrouillages
Au préjudic’ des pauv’ers gens
Ou ben à licher les darrières
Des grouss’es légum’s, des hauts placés.
Et quand, qu’à la fin d’leu carrière,
I’s vouérront qu’i’s ont ben assez
Volé, liché pour pus ren n’fére,
Tous les lichés, tous les ruinés
Diront qu’i’s ont fait leu’s affères...
Moué ! j’s’rai un gâs qu’a mal tourné !
 
C’est égal ! Si jamés je r’tourne
Un joure r’prend’ l’air du pat’lin
Ousqu’à mon sujet les langu’s tournent
Qu’ça en est comm’ des rou’s d’moulin,
Eh ben ! i’ faura que j’leu dise
Aux gâs r’tirés ou établis
Qu’a pataugé dans la bêtise,
La bassesse et la crapulerie
Coumm’ des vrais cochons qui pataugent,
Faurâ qu’ j’leu’ dis’ qu’ j’ai pas mis l’nez
Dans la pâté’ sal’ de leu-z-auge...
Et qu’c’est pour ça qu’j’ai mal tourné !...


En savoir + sur Gaston Couté:

 

http://gastoncoute.free.fr/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Cout%C3%A9

http://poesie.webnet.fr/auteurs/coute.html

http://increvablesanarchistes.org/articles/biographies/coute_gaston.html
http://roudondiffusion.free.fr/Catalogues.html
et bien d'autres encore!

 

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 10:00

Tout à l'heure---, vous allez rire---, j'étais dans un supermarché. Vous ne me croyez pas? Et pourtant, c'est vrai. Cela m'arrive de temps à autres. Que voulez-vous, personne n'est parfait, même pas mo@.
Une employée était en train de placer des livres à l'étalage. Et là, j'ai vu, en collection de poche, plusieurs livres de Jean Giono, choses assez rare dans un magasin à grande surface,  pour que je le remarque et que je m'en réjouisse--- jusqu'au moment où je me suis aperçue que ces livres étaient dans un présentoir spécifique qui ne contenait que des oeuvres d'auteurs classés  généralement dans la catégorie des "écrivains régionalistes", vous savez, euh---- comment vous dire, un peu comme Pagnol, quoi, mais en moins connus.

Jusqu'à quand la mystification continuera-t-elle? Je ne considère pas que le fait d'être un écrivain régionaliste soit répréhensible, loin de là. Mais Giono est de tous les écrivains que je connaisse, c'est certain, le moins régionaliste et le plus universel.

Ca m'énerve! Si vous saviez ce que ça m'énerve! Plus, ça me met en colère! Et je n'ai pas trop le temps de vous expliquer pourquoi. Ce sera pour plus tard. En attendant, cette phrase manuscrite de Giono et une citation de Pierre Citron, l'un de ses biographes. Et puis quand-même: Si j'ai survécu à Paris pendant 20 ans, dans les couloirs de son métro, dans ses rues  sans joie et sur ses esplanades glacées , c'est en grande partie grâce à l'oeuvre l'Homme du Contadour, cet homme chatoyant, aux multiples facettes, qui se moquait de lui-même "J'étais un couillon au Contadour". Moi qui ai mis, dans toute ma vie, une fois les pieds en Haute Provence quand j'avais dix-huit ans et lui ai préféré pour y vivre le mouillé des montagnes basques, vous croyez vraiment qu'il m'aurait ainsi aidée à vivre s'il n'avait été qu'un écrivain régionaliste pétrifié sur son lopin de terre aride? Trop drôle!

Allez-y! Lisez tout Giono!

Pour vous y  inciter, je vous conseille une petite visite : 

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=335


texte.jpgJean Giono
(1895-1970)

"... il (Giono) ne fait guère partie de l'histoire des idées en son temps. Il ne s'est mis dans le sillage de personne , il n'a pas fait école. On ne peut lui coller d'étiquette , ni résumer son œuvre en une ou deux formules : il s'est profondément renouvelé. Si des romans comme Un de Baumugnes, Batailles dans la montagne, Pour saluer Melville, Mort d'un personnage, Les Ames fortes et Ennemonde parvenaient sans nom d'auteur aux siècles à venir, y décèlerait-on la présence d'un même écrivain ? Quiconque n'a lu qu'un ou deux romans de lui n'a aucune idée de ce qu'il est : il faut lire tout Giono comme il faut lire tout Balzac."Pierre Citron
Giono , Collection Ecrivains de Toujours,
Editions Seuil
editionnoe.jpg

 

  Tiens, justement, depuis quelques jours, je me délecte  de la lecture d'un livre de Pierre Magnan,  http://www.lemda.com.fr/

"L"amant du poivre d'âne". J'aime énormément Pierre Magnan, l'auteur, entre autres,  de "La Maison assassinée", "La naine", "Périple d'un cachalot", "Les charbonniers de la mort " et père du fameux Commmissaire Laviolette.

Et vous savez quoi? Pierre Magnan est un fou de Giono. Je vous conseille son "Pour saluer Giono", dont le titre paraphrase le "Pour saluer Melville"  du dit Giono. Parce que, le saviez vous, le traducteur de l'Anglais au Français  du célèbre Moby Dick n'était autre que Monsieur Giono lui-même.

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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 13:55

Pochette.jpg
En Mai dernier, j'avais écrit cet article pour le Journal du Pays Basque :


Arcangues, le château, le golf, les nostalgiques de Luis Mariano qui se succèdent sur la tombe du cimetière en terrasses , le c¦ur du village si délicatement ouvragé par un certain Pierre d’Arcangues, l’église à l’intérieur flamboyant et au lourd clocher terrien où il n’y a pas encore si longtemps la famille d’Arcangues possédait son espace réservé et inviolable, tant et tant de détails encore qui m’avaient, conduite, de manière définitive le croyais-je, à classer les poèmes de Guy d’Arcangues dans la catégorie "Textes mondains et superficiels". Aveuglement et ignorance crasse, quand vous nous tenezŠ

Bien entendu, je savais que Martine Caplanne avait enregistré il y a déjà un fameux bail un disque (épuisé) de textes de ce poète que sans l’avoir lu, je classais chez les "convenus". Erreur de jeunesse, pensais-je, tout le monde a droit à l’erreur, même "l’hirondelle des poètes", que l’on ne peut, elle, taxer de superficialité ni de légèreté, encore moins de recherche de la "convenance".

Par ces quelques lignes, je veux battre ma coulpe, et devant Martine et devant l’âme du poète disparu. J’étais au Colisée de Biarritzle 28 Avril dernier et j’ai assisté à l’hommage rendu par la chanteuse, son complice le guitariste Albert Eyheramendy ainsi que Laure Buchheit et René Hervé, deux artistes de l’association "Escalazur".
 esclogo.gifEt là, je suis restée pétrifiée. Pas par la voix ni par l’interprétation de Martine dont je connais depuis belle lurette le charisme et la puissance émotive transmissible, pas non plus par la virtuosité du guitariste basque dont j’avais déjà maintes fois ressenti le "feeling", mais par les textes de ce d’Arcangues qui a quitté ce monde et son village tant aimé il y a trois ans de cela. Tout y est : la profondeur, la gravité, l’émerveillement, la joie qui surgit là où on l’attend le moins, l’amour, la tendresse. Et l’humour et l’humanisme. L’engagement aussi, pas dogmatique mais d’une fulgurante évidence, remarquable en particulier durant cette occupation nazie où d’autres, "bien" nés ou "mal" nés du Pays Basque ou d’ailleurs ne se posaient de question que celle de savoir de quel côté de la tartine se trouvait le beurre, question à laquelle hélas, certains ont rapidement trouvé une réponse. Martine a fait défiler devant nous cette vie, depuis l’enfance de "l’aristo" conscient déjà que le monde ne s’arrêtait pas à ses dentelles et ses velours à celle du grand-père habité par le souci de la transmission pas celle des paillettes et du patrimoine, mais celle du vécu dans le charnu, des yeux et du c¦ur grands ouverts en passant par la fraternité, la dénonciation de l’horreur au Chili et ailleurs. Une vie d’homme, tout simplement. Comme il est lourd à porter de ne pas se trouver d’excuse à soi-même, je me souviens que gamine, lors de mes visites en famille au village d’Arcangues, je ressentais une trouble émotion : j’aimais la joliesse du village d’opérette mais il me semblait bien que derrière cette image de carte postale, se cachait autre chose. Que dans ce lieu, soufflait l’esprit. Peut-être aura-t-il fallu toutes ces années et une soirée au Colisée biarrot pour que se lève enfin le rideau obturateur.

Maintenant, après avoir découvert l’âme d’Arcangues, comment ne pas souhaiter encore plus fort qu’il ne devienne pas une banlieue, même dorée, en ces temps de grignotage accéléré du territoire ?

En tout cas, croix de bois, croix de fer, avant de me faire une opinion, à partir de ce jour, je me renseignerai. Une belle leçon, merci.

  JC

Une bonne nouvelle:

presse1-copie-1.gif


Les poèmes mis en musique et interprétés le 28 Avril 2007 avait été enregistrés en 33 tours ( épuisé depuis belle lurette) en 1988
Ce disque vient d'être édité en CD. On peut se le procurer au prix de 15€ à cette adresse : Martine Caplanne, Domaine de Mugron D2, 64200 Biarritz. 
On y remarque la participation du guitariste Albert Eyheramendy , de  Philippe Ferrière, de Gérard et Sylvain Luc. On y entend aussi la voix de Guy d’Arcangues.
Christian Laborde a assuré les arrangements, prise de son, remix et remasterisation de l’enregistrement original d e1988.
A partir du 15 Novembre, il faudra ajouter 2 € pour les frais de port. Qu'on se le dise!
http://martine-caplanne.com/

Peuple.jpg

 

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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 09:15
ombre15438.jpg

"La chasse, chez nous, c'est la vie", c'est l'intitulé d'un autocollant qui a fleuri longtemps dans nos campagnes, plus souvent d'ailleurs, sur des 4x4 rutilants que sur la 4L du pauvre. Un peu contradictoire, cette affirmation concernant une activité dont le but est quand-même d'envoyer des êtres vivants ad patres.
Pour moi, comme pour beaucoup de mes amis (n'est-ce pas Lurbeltz?), la lecture, c'est la vie. Et plus précisément la littérature.
C'est Christian Bobin qui écrit dans l'un de ses petits bijoux de livres que celui qui ne lit pas ne vit qu'une seule vie.
Je viens juste de terminer un roman qui m'a enthousiasmée et que je vais porter en moi longtemps, toujours sans doute. Il s'appelle "L'ombre du vent". La version originale est en Espagnol et l'auteur se nomme Carlos Ruiz Zafon.
A travers le prisme d'une histoire rocambolesque où les intrigues s'entrecroisent et s'imbriquent comme des poupées gigognes, ce beau texte est un hommage, un cri d'amour à la littérature. C'est aussi une réflexion profonde et sereine sur la transmission.
Je vous en livre un court passage " Béa prétend que l'art de la lecture meurt de mort lente, que c'est un rituel intime, qu'un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares".
On est bien loin du culte des loisirs consommation!
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18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 18:46

leclerc5.jpg

Annie Leclerc

Annie Leclerc, à l'âge de 16 ans, ce fut ma fulgurance féministe et philosophique.
Ses textes sont ancrés en moi, dans la moindre de mes cellules.
Je ne lui ai jamais parlé, je ne lui ai jamais écrit.
Mais c'était mon amie, c'était l'une de mes si rares lumières.
L'écoloféminisme, il était admis de toutes parts que c'était Françoise d'Eaubonne, à qui l'on doit le mot "phallocrate", et ce n'est pas rien.
Et je l'aimais, Françoise, et je l'aime! Et j'ai salué son départ en l'an 2005.
Mais Annie Leclerc, c'était, que dis-je - c'est  la JUBILATION qui pousse aux combats justes et non-violents, la jouissance de vivre, le chant de la Vie du côté des femmes, du côté de la sereine densité du vivre, du côté où pas une seule cellule de prison n'est supportable et acceptable, où pouvoir et puissance sont des mots-coquilles vides.
Mais voilà--- cette amie indispensable, je n'ai pas su qu'elle passait sur l'autre rive en Octobre 2006. Je viens seulement de l'apprendre. Merci internet.
Je n'ai pas vu sa lumière s'éteindre. Tout simplement, sans doute, parce que jamais elle ne s'éteindra.
Ce soir, je suis trop bouleversée pour vous parler d'elle.
Je fais confiance à Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Leclerc
Qu'il vous ouvre les portes de son monde, un monde où la mesquinerie n'a pas droit de cité, un monde où l'on respire.
Ouvrez grand vos poumons.

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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 15:33

Un beau soir de Septembre 2006, j’accueillais pour la première fois chez moi Alain Bauguil et son « Théâtre chez l’habitant ».

Au programme, ce soir là « Ennemonde  et autres caractères », de Jean Giono, pour moi l’écrivain parmi les écrivains, celui dont je me nourris depuis mon adolescence, le plus vital d’entre tous. Et c’est une hétérotextuelle, voire même obsédée textuelle qui vous parle.

Cette année, le mercredi 5 Septembre au soir, je recommence, avec cette fois encore, un texte de Giono « Le piéton de Marseille », extrait de Noé. «Il n’y avait pas d’arche. Mais non ! Il n’y avait pas de bateau de cent, de trois cents ou de mille coudées, de cent, de trois cents ou de mille enjambées, d’aucune mesure matérielle. Il y avait le cœur de Noé. Un point c’est tout. Comme il y a le cœur de tout homme, un point c’est tout. »

Vous trouverez ci-dessous quelques lignes qui parlent de l’écrivain Giono et quelques autres lignes qui parlent du livre « Noé ».

Je vous rappelle le principe du « Théâtre chez l’habitant ». A 20 h, le spectacle grâce à Alain Bauguil. Ensuite, tous ensemble, on mange et on boit ce que chacun(e) apporté. L’entrée est au prix de 10 euros.

Pour des questions évidentes d’organisation, j’aurais besoin d’avoir aux alentours du 15 Août une idée approximative du nombre de participants. Ceci dit, si vous pouviez me faire savoir dès maintenant si je dois vous réserver une ou plusieurs places ( attention ! Elles sont comptées !---une trentaine--- mieux vaut se décider tôt ), ce n’en serait évidemment que mieux et je vous en serais reconnaissante. Je suis, bien entendu, à votre entière disposition pour tout renseignement dont vous pourriez avoir besoin.

A bientôt, donc.

jenolekolo@gmail.com 


Alain Bauguil comme à la maison, avec ses amis écrivains...
(texte écrit après la soirée de septembre 2006)
5-Septembre.jpg“Les routes font prudemment le tour du Haut Pays. Certaines fermes sont à dix ou vingt kilomètres de leur voisin le plus proche ; souvent, c’est un homme seul qui devrait faire ces kilomètres pour rencontrer un homme seul…” Le ton est donné.

Théâtre citoyen

Nous vivons là l’une des nombreuses soirées de “Théâtre chez l’habitant”, théâtre citoyen s’il en est, un vrai bijou proposé par Alain Bauguil, acteur et metteur en scène de théâtre. Seul sur cette “scène” qui n’en est pas une, sous la lumière discrète de deux petits projecteurs dont il se demande s’ils ne sont déjà pas de trop, il permet à Ennemonde de continuer à vivre dans les esprits et dans les coeurs. Cette femme, personnage truculent et tragique, née en 1968 sous la plume de l’auteur et deux ans avant sa mort, abrite en son sein tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a souffert, tout ce qu’il a compris, tout ce qu’on lui a pris, tout ce qu’il a donné. Car Giono, qui avait connu les tranchées de 14-18, avait cru toucher le fond. Et pourtant, avec les horreurs de la guerre suivante, il s’était vu contraint à la prison à deux reprises, pour une “raison” et son exact contraire. De quoi rendre aigri, ce qu’il ne fut jamais.

“L’homme est sans remède. Il est bien entendu que, le sachant, je pense à mille remèdes”. En Ennemonde et ses “autres caractères”, il a mis cet humour qui surprenait toujours chez cet homme, vu par beaucoup comme un ermite, et toute la puissance tellurique qui l’habitait, lui qui déclarait : “la vérité objective n’existe pas, ce qui compte c’est d’être enchanté”. Attention ! Que l’on ne s 'y trompe pas. Il ne s’agit pas là d’une histoire pittoresque, d’une galéjade aux relents de Canebière, accent forcé à la clef. À des milliers de kilomètres de ce régionalisme factice, l’oeuvre exprime à merveille ce que déclarait Giono : “l’écrivain qui a le mieux décrit cette Provence, c’est Shakespeare”.

Provocation majeure… “Nous sommes des hommes, tout simplement, avec des femmes, avant d’être des Provençaux ; par conséquent n’importe qui peut nous décrire, et quand Shakespeare décrit des passions dans ses drames, il décrit les passions provençales.”

Pendant une heure et quarante minutes, ce petit coin de Basse Navarre, ce soir-là, est relié à cet universel, à cette permanence. Car Alain Bauguil sert Giono à la perfection, comme on sert quand on aime, avec émerveillement, tendresse et humilité, de sa haute stature et de sa voix forte. Voilà déjà longtemps qu’il a découvert Giono, avec ses Ecrits pacifistes dont la superbe Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, si cruellement visionnaire en ces temps d’agonie de la civilisation paysanne qui cherche encore des ours-émissaires.

Performance

ennemonde.jpgMais l’acteur ne se met pas au service que du seul fils de Jean le Bleu

Ce sont les hôtes du théâtre chez l’habitant qui choisissent. Passant de l’un à l’autre, il interprète seul leurs oeuvres et met aussi en scène sa prestation. Chaque soir, il lui faut entrer en lui-même pour réinvestir à nouveau l’univers si singulier de chacune de ces personnalités, sans rien perdre de ce qu’il y a d’universel en elles, sans rien gâcher non plus de leur lucidité chaleureuse, de leur générosité éloignée de toute mièvrerie.

“Quand on a connu cette aventure du théâtre chez l’habitant, on s’ennuie dans le théâtre conventionnel” dit-il. Sans doute, mais cela ne retire rien à l’exploit. Ce soir-là , aucun rideau ne s’est levé, aucun, donc, ne s’est refermé. Ni dans la salle, ni dans les têtes, ni dans les coeurs. Quelques adresses ont été échangées. Quand Alain Bauguil reviendra-t-il en Pays Basque ?

Chez qui, au service de quel texte et de quel(le) auteur(e) ?

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