Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
Il y a déjà plus de trente cinq ans que la sonnette d’alarme concernant la destruction planétaire de notre « terre patrie », comme dirait Edgar Morin, a été tirée tant par des
naturalistes pionniers que par des esprits libres et des scientifiques anticipateurs . Depuis, malgré les kilomètres de conférences internationales, de colloques, de déclarations
solennelles sur le sujet et journées de l’environnement, rien de sérieux sur la question n’a été entrepris durant ces années, tant sur le plan politique que par les acteurs du monde économique.
Ce n’est que récemment en ce début du XXI ième siècle que, suite aux rapports alarmistes de la communauté scientifique internationale sur la crise climatique provoquée par les émissions de gaz à
effet de serre, la question est devenue d’actualité. Après l’omerta des années 80/90, brusquement, il n’y a pas un seul jour sans que les médias ne nous annoncent quelque information réjouissante
sur l’avenir de notre planète. C’est donc, comme aurait dit Bernard Charbonneau, le nouveau « feu vert » (Ed. Karthala 1980 introuvable !). Désormais le fameux « développement durable » fait
partie obligée de tous les discours officiels des pays du Nord. Comme le signifie cette expression désormais incontournable, il ne s’agit surtout pas d’atteindre un point d’équilibre « durable »
entre notre système technico-économique et notre environnement en envisageant une décroissance contrôlée des activités portant le plus atteinte aux grands écosystèmes, mais de continuer la
fuite en avant en introduisant des régulations d’ordre technique et économique. Autrement dit, il ne s’agit surtout pas de rebrousser chemin en empruntant une autre voie, mais de perfectionner le
système technicien dans l’espoir de le rendre « durable ». Plutôt que d’envisager une remise en question de nos modes de vie toujours plus artificiels, consommateurs de ressources
naturelles et socialement inégalitaires par une « décolonisation de notre imaginaire » , on préfère continuer à s’enfoncer dans l’impasse représentée par la déconnection soit-disant possible
entre croissance économique et crise écologique (OCDE). C’est pourrait-on dire une position néoconservatrice ! Il faut d’ailleurs souligner le bourrage de crâne actuel représenté par les
campagnes publicitaires relatives aux vertus soit disant écologiques de tel ou tel produit qui ont un côté tout à fait scandaleux et que le consommateur informé subit sans pouvoir disposer des
moyens modernes du marketing pour y répondre. Or le combat pour l’environnement se mène aussi dans le champ de l’imaginaire.
La création du superministère de l’écologie, du développement et de l’aménagement durable illustre parfaitement les limites de cette entreprise utopique. Il faut d’abord noter qu’à
la lecture du décret du 31 mai 2007 définissant les attributions du nouveau Ministre d’Etat, l’agriculture n’en fait pas partie. Or l’agriculture industrielle est aujourd’hui avec les transports,
une des causes principales de la crise environnementale comme le montrent les films récents consacrés aux ravages de l’industrie agro-alimentaire. On peut aussi se demander quel sera le poids du
secrétariat d’Etat à l’environnement face à celui des transports ! En second lieu, il semble bien que des dossiers aussi déterminants pour une nouvelle politique publique que ceux du nucléaire,
des OGM et des grandes infrastructures de transport (autoroutes et LGV) ne soient pas considérés par les pouvoirs publics comme négociables, alors qu’ils représentent des menaces évidentes
et immédiates, contrairement aux gaz à effet de serre,. Et encore faut-il que même dans ce dernier domaine, il y ait un minimum de cohérence entre les diverses politiques publiques pratiquées. De
ce point de vue on peut s’interroger sur celle qu’il peut y avoir entre le plan climat et le programme autoroutier. Une fois de plus, les arbitrages risquent dans ce domaine de se faire au profit
du lobby des travaux publics allié à celui des ingénieurs des ponts et chaussés comme le montre en Aquitaine les projets de l’autoroute Langon/Pau et du contournement autoroutier de
l’agglomération bordelaise.
En fait, les nouvelles orientations politiques s’inscrivent tout à fait dans la logique du système puisqu’il s’agit de recourir aux instruments économiques d’une part (écotaxes et marché de
droits à polluer) et aux nouvelles technologies d’autre part. Les solutions retenues, comme le souligne à juste titre Jean Marc Jancovici, visent à améliorer les rendements énergétiques des
équipements et à lutter contre toutes les formes de gaspillage, mais nullement à diminuer la consommation globale d’eau et d’énergie ou à limiter la mobilité des hommes et des marchandises. Le
recours aux technologies alternatives utilisant des énergies renouvelables, telles que les éoliennes, les biocarburants ou même les panneaux solaires est privilégié sans tenir compte des
coûts écologiques entraînés par ces nouvelles technologies. Concernant la question des quantités croissantes de déchets à traiter, elle est envisagée uniquement sur le mode du recyclage alors que
la priorité devrait être donné, comme d’ailleurs la loi le prévoit, à la réduction à la source en privilégiant la réutilisation des emballages et l’allongement de la durée de vie des produits
ainsi que leur réparabilité.
Tels sont les enjeux politiques des négociations de Grenelle dont il ne faut pas attendre des miracles comme semblent le croire les ONG invitées par le nouveau ministre d’Etat, compte tenu de
l’aptitude du système technicien à persévérer dans son être. Dans la mesure où les politiques publiques envisagées n’ont pas pour objet de s’attaquer aux causes structurelles de la crise
environnementale, toute participation des grandes associations environnementales à ce processus de négociation peut être certes envisagée, mais sans trop se faire d’illusions sur le résultat
attendu. Des avancées sont certes imaginables sur des aspects secondaires qui pourront contribuer à faire reculer les inéluctables échéances. Par contre le travail pédagogique de prise de
conscience des vraies dimensions de la crise en question au sein de la société civile apparaît plus que jamais urgent. Et ce ne sont pas les messages publicitaires « verts » qui y contribueront
mais plutôt la multiplication actuelle des conflits d’environnement dans la mesure où ils sont toujours l’occasion pour les citoyens ordinaires de s’affronter à des enjeux concrets qui les
concernent au plus profond d’eux même et à partir de là de faire un cheminement débouchant sur des questions plus vastes et aussi plus angoissantes.
Simon CHARBONNEAU
Juriste.
Spécialiste du droit de l'environnement.