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Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.

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Ah, les enseignants!


Année scolaire 91-92 Les CE2 de "Garaziko ikastola", à Lasse, avec Irène, leur "andereño"

C'est avec plaisir et conviction que je publie ci-dessous une contribution de
babel  http://www.myspace.com/lebabel
Je n'ai pas d'intérêt personnel dans l'affaire, n'étant moi-même pas enseignante ni rien d'autre d'ailleurs. Je ne suis rien, si ce n'est bénévole et militante professionnelle , ce qui ne nourrit pas vraiment sa bonne femme, mais c'est une autre histoire.
Quand une société va mal, elle se tourne vers la pensée la plus simpliste qui soit et qui l'amène à chercher des boucs-émissaires. La nôtre s'en fabrique à la chaîne et à la vitesse grand V, ces derniers temps.
Les gens dégoisent sur "les fonctionnaires", qu'ils érigent en bloc monolithe, et sont fous de colère lorsque l'un de leurs proches, en mauvaise posture, doit attendre trop longtemps au service des urgences de l'hopital public.
Ils s'en prennent aussi aux enseignants sans se rendre compte que c'est ainsi sur la tête de leurs enfants qu'ils crachent. Quel singulier manque de générosité envers l'avenir!


Ah, les enseignants!

Les écoles en France seront en repos du 20 décembre au 5 janvier. C'est facile à calculer, en fait : en moyenne il y a deux semaines de congés toutes les sept semaines de cours. J'ai dit « les écoles », pas les profs ! Certains — c'est vrai —  se la coulent douce, comme partout. Mais un bon nombre vont garder leur cartable à portée de main : correction et préparation de cours. D'autres encore, pour qui être prof, c'est participer à la vie intellectuelle vont, comme moi, profiter de ce temps pour travailler plus sur les recherches connexes à leur enseignement (lesquelles ne sont pas payées, quand on n'enseigne pas en université !).
Outre le fait que le statut des prof n’a pas été revalorisé depuis 1950, que leur grille de salaire est l’objet du calcul suivant :
soit n, le salaire de base du fonctionnaire,
alors le salaire du prof est de n fois 10 divisé par 12 : ni juillet ni août ne sont payés, même quand le bac embarque les profs jusqu’au 5 juillet, ou au sept, qu’on rentre le 28 août....
ces 10 douzièmes font mal au porte-monnaie quand depuis des années, l’indice de payement n’est pas revalorisé... car il se calcule sur bac + 3, pour un concours accordé à bac + 5 !
Mais, plaie d’argent n’est pas mortelle.
 Voici un constat — un peu long — que font 95 % des enseignants... pas contents du tout.

En France, ce ne sont pas les personnes (élèves ou profs) qui sont au centre du système scolaire, ni les savoirs, mais les pourcentages. Alors, pour obtenir ces quotas qui apportent des crédits, des élèves quittent le collège pour le lycée avec des moyennes allant de 1 à 4 sur 20 en Français ou en math, et le reste à l'avenant, mais avec des 16 ou 18 en musique et arts plastiques (qui disparaissent au lycée) et sport : on peut donc calculer une moyenne flirtant avec les 9,9/20 ! Bien sûr ces élèves, issus des milieux pauvres, souvent immigrés échouent dans ces filières. Il aurait fallu les mettre dans des filières « professionnelles ». Mais avec eux, on note une rapide et belle augmentation des chiffres de la réussite des élèves, principalement immigrés, à la fin du collège... Tant pis si, au bout de de deux ans et de deux redoublements, ils n'ont légalement plus aucune priorité pour s'inscrire dans une filière professionnelle : ils prennent ce qui reste, avec ou sans plaisir, qu'importe : le chiffre des élèves maintenus en lycée malgré l'échec scolaire est en augmentation !
« Personne n'est laissé tombé », comme le dit l'école aux USA. À la fin du secondaire, le fameux baccalauréat attend. Le ministère a décidé d'amener 80 % d'une classe d'âge au bac. En fait, c'est 80 % des lycéens des filières générales et technologiques (pas professionnelles) qui y parviennent et comment ?
Quand les résultats sont trop faibles, ou que des grèves ont diminué le temps d'apprentissage, « ordre » est donné à la commission d'examen de « repêcher » (= admettre) des élèves parfois jusqu'à 8/20. Inscrits à l'université, ils n'ont plus le droit d'être inscrits au chômage, donc le chiffre du chômage est diminué d'autant, et les facs sont invitées à garder les étudiants en échec le plus longtemps possible !
Pour savoir combien d'étudiants sont ainsi manipulés, eh bien regardons les locaux universitaires. Je connais tout un tas d'universités où il y a 2 amphis de 600 places pour les premières années (selon le patronyme commençant par A-L ou K-Z), et un amphi de 300 places pour la 3ème année, qui est la première à accorder un diplôme ! 300 élèves sont donc inscrits (et passeront le premier examen diplômant, ils ne l'ont pas encore en poche, loin de là) et 900 sont repartis  vers la vie active après 2 à 4 ans de vie étudiante, mais sans diplôme, et un bac général ne sert à rien sur le marché du travail. Vous pouvez appliquer aux 300 restants le taux de réussite global de ces années : un tiers maximum, donc 100 étudiants maximum. Avec ceux qui insisteront encore l'année suivante, et parfois même une troisième année, on arrive à des chiffres affolants, entre les filières les plus dures (médecines, droit) et la majorité des autres, la fourchette de réussite varie entre 17 et 40 % (pour les facs les plus faciles, mais avec le moins de débouchés, au moins 6 étudiants sur 10 n'auront jamais aucun diplôme !).
Les jeunes qui partent ainsi sans diplômes dans la vie active ne comprennent pas : ils ont 22, 23 ans, ils se croient « bons » puisqu'ils ont fait plusieurs années de fac, mais ne trouvent aucun boulot, car en fait, ils n'ont été formé à rien, et dès le départ, leur niveau n’était pas bon.
Les élèves ayant passé des diplômes professionnels au niveau bac sont bien avant eux dans les entreprises. Ces ex-étudiants vivent dans un sentiment d'injustice et de révolte sourde. S'ils viennent de banlieue, et ont un nom aux saveurs d'épices, ils concluent au racisme, au système d'exclusion, sans savoir que c'est idem pour le fils de paysan ou de cadre. On s’ennuie plus à 15 ans dans un village sans TNT que dans une cité péri-urbaine, car en plus, on y est souvent seul, dépendant du scooter, dont la bougie est dans la poche du père... Là encore, on nous gave de contre-vérités : une heure de bus pour aller à l’école, vous trouvez que ce sont des conditions idéales ?
Donc, les profs ont le sentiment d'être utilisés, manœuvrés, non pour former, ou transmettre des savoirs, mais pour dégonfler artificiellement le paysage social, les chiffres du chômage, et créer l'illusion de la réussite en matière d'intégration des immigrés et des couches populaires. Ils ont le sentiment de faire de la « garderie », parfois dangereuse. Ils se sentent quantité négligeable, et négligée, que leurs compétences, leur culture (on est pourtant dans les écoles !!!) ne sont pas du tout reconnues.
Donc, quand vous entendrez pour la énième fois, les profs se faire traiter de nantis, de fainéants, de jamais-contents, j'espère que vous comprendrez qu'en ajoutant ces mensonges, ces insultes à la réalité, on est en train foutre l'avenir de nos gamins à la poubelle, mais en jurant que ce n'est pas vrai, ou bien. En affirmant que c'est à cause des profs incapables de bien faire leur boulot, bien sûr.
Alors, soyez-en certains aussi, si rien ne change, sans doute bientôt, la marmite éclatera :
C’est simple, il suffit de continuer à laisser fermenter, en restant assis sur le couvercle.

babel, décembre 2008

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B
Ces nouvelles technologies permettent d'envoyer un sms d'absence aux parents de chaque élève absent, automatiquement, dans l'heure qui suit la saisie. Seuls quelques établissements ont déjà été équipés. Ceci permet de dire que "dans cet établissement, on ne rigole pas avec la discipline, l'absentéisme, et les parents sont inscrits dans la démarche éducative". <br /> Au passage, les postes des deux surveillants qui faisaient, tant bien que mal, et en deux jours au lieu d'une heure ce travail ont été remis en question... <br /> Pour l'âge du travail, après avoir usé mes idéaux sur le choc du réel, je deviens "contre toute généralisation". Pour certains élèves, l'école a toujours été un supplice : ils ne sont pas fait pour ça, et leur intelligence s'y fane, leur agressivité fleurit etc... Durant un stage en entreprise, ils arrivent à l'heure, sont polis, travaillent et sont heureux. <br /> Quand l'école est pour un élève une souffrance qui le met en échec, puisque c'est l'éducation et non la scolarité qui est obligatoire : il faut trouver, inventer des formations alternatives qui lui permettent de sauver sa peau, car ça va le casser. <br /> Mais pour avancer vraiment dans ce sens, il faudrait faire confiance aux enseignants, leur donner un objectif et les laisser décider de ce qui est le mieux pour ces mômes à la dérive : ça c'est pas gagné...
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L
Je voulais préciser, si cela n'étais pas visible... Mais je défends les enseignants et l'institution scolaire Mais ça ne m'empêche pas d'avoir gardé un oeil sacrément libertaire vis à vis de l'école. Quand je pense par exemple à ces jeunes qui ont 15 ou 16 ans et qui sont déjà dans le milieu du travail... <br /> Et à propos de compter, hier soir je regardais vaguement un reportage dans un lycée hôtellier avec justement des gamins de 15 ou 16 ans. Vous savez comment ils faisaient l'appel les enseignants ? Avec un stylet qu'ils passaient sur des codes barres !!!!!
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B
Lurbeltz, je peux lire sur ton blog que l'école t'intéresse. Mais la personne de ta famille va peut-être te répondre que "quand même, quand on sait ce qu'on sait, et qu'on voit ce qu'on voit, on a bien raison de penser ce qu'on pense", et ressortir tous les clichés. <br /> Merci à tous d'avoir apprécié ce texte. <br /> Partout notre société est devenue quantitative : elle compte, recompte, mesure et chiffre.<br /> Les chiffres, les pourcentages sont devenus le cœur de notre système, de la communication politique, de l'éducation nationale. Il est vrai que rien ne se maquille mieux que les chiffres. Deux exemples. La maison à 15 € par jour, deux couples y ont eu accès, jeunes, et endettés sur 45 ans, donc ils paieront encore pendant leur retraite, s'ils sont encore ensemble, encore solvables ? (mais c'est une victoire, car le plan logement fonctionne : on a des chiffres). Deux, la SNCF offre des réductions aux familles monoparentale avec 2 (ou 3 ?) enfants vivant avec 1000 € de salaire mensuel : mais avec si peu, pour trois ou quatre personnes, on compte chaque sous, et on ne part pas du tout (mais c'est une grande avancée sociale, car cela pourrait concerner x foyers)... Les chiffres sont étalés en gros, et ont belle allure : le bonheur est officiel, comme deux et deux font quatre : alors pourquoi se plaindre ? <br /> Notre monde est devenu quantitatif, et je le voudrais qualitatif...
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L
J'ai envoyé ce texte à une personne de ma famille qui tient les propos idiots, toujours les mêmes, à l'endroit des enseignants. J'espère que ça déclenchera quelque chose chez elle.
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J
Que du vrai dans cet article que je vais copier et garder.<br /> <br /> Pour l'illustrer une chanson, à peine éxagérée pour certains établissements de région parisienne :<br /> http://www.predoenea.org/musik/les_profs.mp3<br /> <br /> Sinon, la dernière de sarko : obliger les classes prépa à avoir 30% de jeunes issus de l'immigration. C'est de la fausse générosité. Je n'aime pas trop le système des classes prépa, mais je reconnais que les enseignants de ces filières scientifiques veillent à choisir les élèves en fonction du niveau, et non de l'origine. Il n'y a donc pas de discrimination négative. Cette discrimination positive , qu'il veut instituer, ne peut qu'amener une baisse de qualité de l'enseignement, au détriment des élèves qui se sont battut pour avoir un bon niveau, y compris ceux issu de l'immigration. Ceux-ci ne souhaitent pas forcément êtres sélectionnés sur autre chose que leur dossier, ni probablement voir n'importe quel de leurs condisciple de ZEP venir mettre son b... en classe prépas.
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