Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
Par Jeno l'écolo
"Je me sentais responsable de la beauté du monde". Les mémoires d'Hadrien. Marguerite Yourcenar.
Quand j'étais adolescente en Paris la grand-ville, un musée me fascinait, un seul. Si cela avait été du domaine du possible, j' y aurais passé mes jours et mes nuits.
Dans ce musée des arts et traditions populaires http://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_national_des_arts_et_traditions_populaires,
je ne me sentais pas écrasée, étouffée par l'Arrrrrrrrrt reconnu, répertorié, aux catalogues émaillés de noms d'artistes intimidants qui déclenchent des "ah, mon cher!" et autres exclamations extatiques!
En bordure d'une capitale qui n'a de cesse que de dévorer l'espace à coups de dents de béton
et de bitume, je trouvais un refuge, une fraternité avec les peuples des campagnes qui de tous temps avant l'apparition du plastok et l'invasion de l'objet manufacturé sans
personnalité et sans saveur, ont fabriqué de la beauté comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Chaque objet, chaque outil utilisé quotidiennement était différent des autres,
possédait ses propres caractéristiques et---pourquoi ne pas le dire----, sa propre personnalité liée à celle de son auteur ou de son utilisateur.
C'est à cela que je pense depuis quelques jours, quand je passe devant ce portail de prairie, récemment confectionné et installé par l'un de mes voisins paysans. Un objet tout simple en apparence, rien qui ne vaille la peine d'ameuter les populations et de consacrer un article de blog.
Et pourtant-----
Dans quelles fermes aujourd'hui y-a-t-il à la fois la main-d'oeuvre suffisante, les compétences
manuelles, le temps à consacrer pour réaliser ce genre d'objet qui épouse le paysage sans l'agresser ni l'injurier? Alors, on achète dans les magasins spécialisés de hideux portails en
galvanisé, que l'on fixe à de non moins hideux poteaux en béton ancrés eux-mêmes dans des socles bétonnés. Pire encore, la plupart du temps, on en est fier et l'on considère cela comme un
"progrès"!
Et ainsi, peu à peu, insidieusement et plus ou moins rapidement, à coups d'objets ou de
constructions, le paysage se banalise, s'uniformise, se dépouille de sa capacité à être aimé avec attachement et tendresse. Au point que parfois, celui ou celle qui est doté d'une
sensibillité au paysage plus aiguisée que celle de la moyenne de ses concitoyens, préfère se terrer en sa demeure et vivre dans ses rêves.
Gérard, merci pour pour ce petit bonheur offert à chaque passage, pour ce tout petit coin de terre
dont tu as sauvé l'âme.
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