Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
Vous l'aurez sans doute remarqué, nous sommes actuellement au mois de Février, celui que l'on nomme le mois des chats et que la langue Basque appelle "Otsaila" (Otsailen hilabetea
, c'est à dire "Le mois des loups").
Quand j'étais à l'école primaire, il y a 350 ans--- enfin non, un peu moins mais ne mégotons pas--- les écoliers, les collégiens et les lycéens bénéficiaient royalement lors de ce mois d'hiver,
de deux jours de vacances qui faisaient suite à un week-end. On n'allait pas à l'école le jour du Mardi Gras et on en profitait pour faire le pont le lundi, et encore, pas tous les
ans.
N'ayez crainte je ne suis pas en train de vous raconter que c'était le bon temps parce que ça bossait dur, élèves et enseignants qui maintenant se la coulent douce. Non, non, vraiment, tel
n'est pas mon propos. Je voudrais juste attirer votre attention sur une évolution qui n'est pas tout à fait innocente.
En effet, ce petit cadeau de Mardi Gras a commencé à s'étirer sur une semaine, puis une semaine et demi, puis deux semaines. Au début, on disait "Les vacances de Mardi Gras", puis on
a commencé de parler de "vacances" de Février et enfin de "vacances d'hiver".
A votre avis, quand ces vacances ont-elles commencé à s'étirer et à évoluer ,jusqu'à la situation d' aujourd'hui où elles n'intègrent même plus ce fameux Mardi Gras qui a perdu son
caractère férié dans les écoles?
C'est simple : au moment où les stations de ski ont commencé à pousser comme des champignons dans les montagnes qu'elles ont transformées sur de vastes espaces en usines à neige et à glisse.
C'était les trente glorieuses. Le superbe acquis social que sont les congés payés tombait peu à peu entre les mains des financiers, des aménageurs, des destructeurs de tout poil, pressés de
transformer en valets de l'industrie de la neige les paysans montagnards.
Un peu plus tard, en 1968, Samivel, cinéaste, dessinateur, romancier et écologiste avant la lettre, écrivait , entre autres cris d'amour pour la montagne, ce superbe
roman visionniare "Le Fou d'Edenberg",

qui frisa le prix Goncourt. Siméon, le personnage principal, tient tête, seul contre tous, à la société des loisirs, du clinquant, du paraître et de la superficialité qui, pour construire une
station de ski, veut mettre à sac la montagne où il vit avec son troupeau.

http://www.samivel.fr/
Aujourd'hui, les stations sont des verrues dans la montagne, des lieux artificiels, sources de laideur et de pollutions intenses au royaume de la pureté. Elles dévorent des quantités énormes
d'énergie.
On a étalé en plusieurs zones les vacances de Février et celles de Pâques pour arriver à faire passer le plus grand nombre possible sous les fourches caudines de ces "sports d'Hiver"
concentrationnaires.
Il n'empêche, on a beau faire, ces verrues sont aussi des gouffres financiers, des puits sans fond dans lesquels pourtant on continue à jeter de l'argent. Elles sont toutes déficitaires. Comble
de l'ironie, vu le bouleversement climatique auquel elles prennent largement part, il y a beaucoup moins de neige. Qu'à cela ne tienne! On a inventé les canons à neige. Ils coûtent cher à la
collectivité et une partie de vos impôts est utilisé pour les installer. De plus, eux aussi participent au réchauffement climatique. Au royaume d'Absurdistan, le serpent n'a pas fini de se mordre
la queue.
Au début, on se rendait à la montagne, puis aux sports d'hiver, maintenant on s'entasse dans les trains , dans les avions ou dans des bagnoles qui font la queue sur les
autoroutes pour aller "à la neige" et -dernière trouvaille -carrément "au ski" (traduction "La montagne et ceux qui y vivent sont nuls à chier mais le tire-fesses est
fantastique"). On ne rencontrera, "au ski" que l'image de soi-même en des milliers d'exemplaires, mais surtout pas un paysan ni une vache . Et quand d'aventure, il arrive que
l'on trouve à l'aller la neige qui a parfois l' outrecuidance de tomber ailleurs que sur les pistes, sur l'autoroute, par exemple et qu'elle retarde l'arrivée, la
location du matériel, l'achat des tickets de remontées mécaniques, on peste contre la météo, la DDE, les gestionnaires de l'autoroute, les élus qui ne font rien et le syndicat d'initiatives qui
n'est vraiment pas à la hauteur. Tout cela en toute bonne conscience et sans le moindre doute sur le bien fondé de cette indignation que l'on étale avec fierté le long des Journaux télévisés du
soir (et on se demande pourquoi je ne ragarde pas les infos!).
En 1969, avec mes copains de Jeunes et Nature et avec la FFSPN (actuellement France Nature Environnement), nous nous sommes battus bec et ongle contre l'amputation du premier Parc National
Français, le Parc de la Vanoise.
En farfouillant dans nos papiers de l'époque, j'ai retrouvé cette citation de Jean-François Held, dans un article d'un numéro du Nouvel Observateur de 1967. ( A vrai dire, ces lignes m'on
tellement marquées que je pourrais presque vous les citer sans les lire).
"Les lotisseurs de l'hiver ont tout balayé au vent de l'histoire et du
progrès. Enlisés jusqu'au moyeu dans la gadoue, les voitures sales patinent et lancent en arrière des jets de neige ignoble, truffée de mégots. Dans l'anarchie, la tristesse et le
faux luxe, les palaces de béton crépi façon chalet savoyard se mélangent aux guinguettes de tôle ondulée. On reçoit des spatules dans l'oeil, les bébés en luge rampent sous les autos, on se cogne
aux panonceaux publicitaires. C'est la frénésie destructrice de la ruée vers l'or. La station classique se prête à la rigueur aux sports d'hiver, mais elle convient aussi mal au plaisir d'être en
vacances que la gare de l'Est ou les abattoirs de La Villette."
NB : J'ai emprunté le titre de cet article à un poème "Soirs d'hiver" d'Emille Nelligan http://www.emile-nelligan.com/
Emile Nelligan
En 1965, ce poème fut adapté en chanson par Claude Léveillée http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_L%C3%A9veill%C3%A9e