Facile, pour l’ultra-prédateur de zigouiller, dépecer, émincer, électrifier, intoxiquer les autres chainons du vivant… le chainon entre l’homme et
les animaux n’est pas un chainon manquant, mais un chaînon manqué : le goût du sang pour se savoir le maître.
Plus l’homme est en manque d’hommages, plus l’animal est en danger.
Pourtant je ne suis pas végétarien : ça vous la coupe ?
Mais je ne suis qu’un charognard…. De l’espèce homo sapiens, omnivore : c’est ma nature animale. De façon générale, en barquette, viande aseptisée au supermarché : c’est ma nature humaine. Salades,
racines, bœufs : je mange du vivant. Normal, la chimie a mauvais goût. Et elle nous rend malade. Monsanto, Méphisto, vade retro ! Les gélules n’auront jamais 3 étoiles au Michelin.
J’ai rencontré des chasseurs. Chasseurs = humains, donc écoute. Je les ai suivis, dans leurs repérages. Une cagée de faisans nourris chaque jour par l’homme saura-t-elle s’en méfier une fois lâchée
? Doutes… Les ravages d’un écosystème déséquilibré, où les bestioles deviennent des « nuisibles » ? Pas vraiment faux… Comment réintroduire lynx, renards, et même des loups en nos forêts (l’auroch
dit-on était merveilleux) ? Cette « chasse » au piège est un pis-aller. En attendant que chaque niche écologique soit logiquement peuplée. Ou repeuplée.
Je ne supporte pas dans la viande le goût de l’acharnement à raser la vie, la prétention au trophée, et la souffrance inutile.
Ma fille a reçu un cochon d’Inde en cadeau (étrange idée que de vendre des vivants…) ; ses ancêtres sont encagés depuis tant de générations que la bestiole vit sa cage comme un palais. Mais il me
faut bien regarder ses yeux quand je la nourris. Et dans ce regard dépendant, je reçois tout mon devoir : faire de ses six ans de vie quelque chose qui soit cochon-d’indement digne. C’est agréable
quand elle roucoule sans me regarder parce que j’ai pensé à lui rapporter des branches de fenouil…
Facile, pour l’ultra-prédateur de soigner, panser, suturer, protéger, soigner les autres chainons du vivant… le chainon entre l’homme et les animaux n’est plus un chainon manqué, mais un
chainon vivace : le goût de l’unique vie dans nos multiples sangs et sèves…
J’entends battre, sur mes os, nos sangs pour me savoir naître en homme, parmi les autres sangs et sèves qui ne sont pas d’homme.
babel, vendredi 7 mars 2008, quelque part en Rhénanie.
(et à ce jour, consanguin de toutes choses) http://www.myspace.com/lebabel