En tentant ( en vain)de mettre un peu d'ordre dans ma paperasse, je suis tombée il y a quelques jours sur un numéro du Journal
"Politis", datant de Décembre 2001 et consacré à l'"Education à l'Environnement".
Et là, j'ai redécouvert avec plaisir la contribution de Louis Espinassous, animateur et formateur nature en Vallée d'Ossau (Béarn), membre du Centre de Formation en Education Nature Environnement
(CFENE).
Je suis particulièrement sensible, je l'avoue, à l'évocation de Gaston Bachelard, à qui j'ai consacré un article il y a peuhttp://jenolekolo.over-blog.com/article-29781331.html Je vous retranscris ci-dessous ces propos de Louis Espinassous:
Je suis un partisan de l'éducation par la nature et opposé à une éducation pour la nature et pour l'environnement. L'éducation doit être
centrée sur l'enfant, pas sur l'environnement. Dans le milieu, on a botté en touche en se mettant d'accord sur une éducation à l'environnement--- Ca évite le conflit mais le problème demeure.
Il arrive que des militants de l'environnement, de la protection de la nature, viennent secondairement à l'éducation, utilisant celle-ci comme une stratégie au service d'un militantisme, d'une
cause. Je suis profondément opposé à cette utilisation de l'enfant. Je suis d'abord un fils de l'Education populaire et, dans cette perspective centrée sur l'Homme, soucieux d'aider l'enfant à
"grandir, s'épanouir, s'émerveiller". J'utilise la nature et l'environnement au service de l'éducation. En pariant certes par ailleurs qu'un enfant devenu homme libre et heureux se sentira
plutôt responsable de son environnement et désireux de conserver un peu de nature! J'en ai marre des messages. Je ne supporte plus les messages en Education à l'Environnement--- Pauvres gosses! Ils
croulent sous les messages et on ne leur offre même pas le temps de jouer, rire, et s'émerveiller dehors! Renversons la tendance, par pitié!
Moi, je ne fais passer qu'un message, un seul, aux gamins : "Et après moi, les autres? Comment les autres, après mon passage, trouveront-ils ce lieu? Aussi accueillant et agréable que quand je suis
arrivé?" C'est tout.
Cette position "pour l'environnement" peut aller - c'est un réel mouvement outre Atlantique, la "deep ecology", jusqu'à des extrêmes effrayants considérant que la nature, la Terre, priment sur
l'humanité, que la vie d'une fleur ou d'un insecte peut être aussi, plus même, importante que la vie d'un homme.
Faut-il alors privilégier une approche entièrement rationnelle de la nature et de l'environnement? Oh non, surtout pas--- L'imaginaire, le sensible, la poésie et la beauté du monde, c'est
essentiel. Je ne me vois ni vivre ni éduquer sans ce merveilleux, ce chaleureux rapport au monde. D'ailleurs, nous lui faisons une place de plus en plus importante, je redis le mot, essentielle,
dans l'acte éducatif, en animation nature. Mais je suis très clair : dans tout acte d'éducation ou de formation, je pose les bases, je suis d'abord laïc et scientifique. Je suis attaché au réel,
dans le réel. Voyez-vous, on ne marche bien que sur deux jambes: une pour le laïc et le scientifique, une pour l'imaginaire, le sensible, le poétique. Gaston Bachelard est en ce domaine mon maître:
formidable scientifique et merveilleux poète!
Plutôt qu'un combat à mener, il y a une vigilance à avoir. Cette inversion des priorités d'une part entre l'Homme et la nature, cette noyade dans le sensible si l'on ne garde pas la nécessaire
bouée du rationalisme, sont des dérives toujours possibles. Systématiquement, lors des stages de formation d'animateurs ou d'enseignants, je provoque :"Mon projet d'éducateur-nature, c'est l'Homme.
La nature, je n'en ai rien à faire". Parce que le discours sur la nature peut très vite être biaisé. Plus tard, je nuance--- mais j'ai dit. Louis Espinassous.
Tu sais, Luc, la mienne est de + en + souvent vacillante et j'ai peur que ça n'aille pas en s'arrangeant.<br />
Enfin, on va faire ce que l'on va pouvoir---
Trois ans que j'ai quitter "le milieu de l'ERE". Ça me fait toujours mal cette bagarre dans laquelle j'étais: pour l'enfant, et l'humain au centre de l'environnement... Bof... ça m'a fait drôle de relire Espinassous... mais ce n'est sûrement pas le hasard qui m'amène sur ce genre de blog. Vas-y Jenofa. Rends-moi la foi!
Sous la houlette de Espinassous, mais aussi de Jacques Lachambre, la nature reprend un peu ses droits dans le monde de l'éducation à l'environnement. Il faut dire que nous venons de passer vingt années au cours desquelles une éducation à la nature, que l'on peut qualifier de "hors-sol", a fait beaucoup de dégâts.<br />
C'est un sujet qui me passionne, sur lequel je pourrais intervenir beaucoup plus, mais je baigne dedans toute la journée alors ton article, Jenofa, il me rappelle trop le boulot ... !