Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
Par Jeno l'écolo
Même pas une photo à vous montrer! Je suis si peu photo! C'est un réflexe que je n'ai jamais eu et je crois qu'il est trop tard pour le prendre. Encore pire
depuis que je suis passée au numérique. Il paraît que c'est plus facile, plus pratique. Moi, ça me bloque encore plus.
Alors, je ne pourrai pas vous montrer comme il était beau, mon chat Tigrou, le doux et généreux Européen gris et tigré.
En Février prochain, cela aurait fait deux ans qu'il nous avait choisis, ma fille, mon chien, la chatte Poiluche et moi pour passer auprès de nous le peu de temps qu'il lui restait à vivre.
Maigre, apeuré, farouche, il se glissait de jour dans la maison par la porte de la salle de soins du Centre Hegalaldia pour la sauvegarde de la faune sauvage que j'abritais encore à
l'époque. Il devait avoir alors un peu plus d'un an. La nuit, il entrait dans les pièces d'habitation par la chatière, se cachait à notre approche et hurlait à fendre à l'âme
pendant des heures. Il touchait à peine à la nourriture que je déposais en un coin tranquille à son intention. Ce comportement a duré un mois. Et puis, un jour, alors qu'il était en train de
grignoter quelques croquettes, j'ai enfin réussi à le toucher, à le caresser. A l'instant même, il s'est mis à ronronner, puis à manger avec appétit. Après avoir vidé l'écuelle, ce qu'il n'avait
encore jamais fait, il est entré fièrement dans la maison et s'est roulé en boule sur la première chaise qui se trouvait sur son passage.
Depuis, je ne l'ai plus jamais entendu pousser le moindre de ces hurlements et il ne s'est guère éloigné de la maison de plus de quelques centaines de mètres, préférant très nettement se pavaner
dans la cuisine, se rouler en boule dans tous les paniers de l'entrée et se lover au soleil quelque part dans la cour.
Il passait la nuit contre contre le Briard Baztan, ignorait superbement l'agressivité de la Poiluche, qui, du haut de ses 18 ans aujourd'hui, n'appréciait pas le moins du monde sa
présence. Comme elle, il attrapait quelques souris et mulots (il laissait la vie sauve aux musaraignes!) mais ignorait totalement les oiseaux, lézards et papillons. Il jouait le moniteur de
colonies de vacances avec deux jeunes chats dont j'ai la garde régulièrement depuis quelques temps, inventait des jeux pour eux, les surveillait du coin de l'oeil, les rapatriant vers la maison
quand ils s'éloignaient un peu trop à son goût, les invitant à manger dans sa propre gamelle tout en les regardant d'un air satisfait comme un bon père de famille. Le soir, quand je m'asseyais
devant l'ordinateur, il montait sur mes genoux et entourait mon cou de ses deux pattes tandis que je cherchais à empêcher Poiluche de pianoter sur le clavier.
J'avais pour lui un sentiment plus fort que celui que j'ai toujours eu pour tous les chats, et Dieu sait que je les aime, malgré la sale manie qu'ont nombre d'entre eux à croquer les oiseaux,
même quand ils ont le ventre plein!
Mais voilà, il y a quelques mois, il est tombé malade, discrètement, comme s'il cherchait à ne pas gêner maintenant qu'il était persuadé de notre affection. Nous l'avons soigné.
Je vous passe les détails. Hier soir, il a commencé à rechercher l'isolement. Aujourd'hui, au terme d'une visite à la clinique vétérinaire de Mauléon où officie une "Mère à chats" qui se présente
comme telle, il a fallu l'accompagner doucement et avec respect dans son passage sur l'autre rive.
En ce domaine, beaucoup plus soeur de Paul Léautaud que de Colette qui, à leur mort, envoyait ses compagnons à quatre pattes à l'équarissage, je l'ai tout à l'heure enterré au pied d'un
noisetier.
Je tiens à remercier mon ami Jean, de son état infirmier pour bipèdes, qui est venu chez moi à plusieurs reprises lui administrer des soins que je n'aurais pas su assurer moi-même et
Monique la vétérinaire qui a aidé mon chat et m'a aidée moi aussi. J'en avais besoin.
A eux deux, à Pascal aussi, le mari de Monique, vétérinaire également, et bien entendu à Tigrou, je tiens à offrir ce texte de Walt Witman:
"Je pense que je pourrais vivre parmi les animaux, tant ils sont paisibles et réservés. Je les observe depuis longtemps et ne les vois pas gémir sur leur
condition, ni rester éveillés la nuit, pleurant sur leurs péchés.
Ils ne m'écoeurent pas à discuter de leurs devoirs envers Dieu, aucun n'est insatisfait, aucun n'est obsédé par la rage de posséder les choses, aucun ne s'agenouille devant un autre ni devant
ceux de son espèce qui vécurent il y a des milliers d'années, aucun ne se veut respectable ni pitoyable. Je pense que je pourrais vivre parmi les animaux".
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