Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
Séquence nostalgie : par un beau matin d'automne, en 1987, ma fiffille arrive à l'ikastola (école en langue Basque).Traumatisée?
CONGRÈS DE LILLE 6 DÉCEMBRE 2008
Les Verts.
CONTRIBUTION
« RIEN DE DURABLE SANS L’ECOLE ET LA CULTURE »
La pertinence des alertes et des propositions écologistes en matière de climat, d’énergie, d’environnement ou de santé n’est plus à démontrer.
Mais alors que nous parlons de « générations futures », nous ne sommes pas assez impliqués sur les questions de culture et d’éducation.
Pourtant c’est là que se choisit le scénario de la mutation à venir.
Entre la version barbare : nations barricadées, bouffées xénophobes, banlieues maltraitées, voisins armés jaloux de leurs derniers litres d’essence, et la version douce : coopération, sobriété, épanouissement moins consumériste, il y a les Hommes et les Femmes tels que l’école les construit, à qui l’éducation populaire et la culture donnent des lieux de partage de talents et d’ouverture aux autres.
Les vertueux choix d’hier, la démocratisation culturelle, l’égal accès à l’éducation se sont essoufflés. On a beaucoup fait « pour », on a rarement fait « avec ». La démocratisation culturelle, déjà étranglée par l’érosion des budgets, a oublié la démocratie et, ce faisant, des pans entiers du territoire privés d’expression : les banlieues comme les territoires ruraux n’ont pas eu droit au premier marchepied d’accès à la culture, celui de la reconnaissance de leur diversité, de leurs aspirations, de leurs talents. La démocratisation culturelle « à la française » s’est pensée de manière homogène, occultant le plaisir de se nourrir de la culture des autres, issus des pays voisins ou plus lointains, et obérant la conscience planétaire.
Quant au brave collège unique, il est devenu aux enfants défavorisés ce que l’O.M.C. est aux paysans du tiers-monde : la même offre pour tous … avec les injustices que l’on sait. On a démocratisé l’entrée pas la sortie. Le dire, ce n’est pas le condamner, c’est exiger que l’on en finisse avec toutes ces hypocrites rustines, qui font des victimes des coupables potentiels : élèves en échec sommés de venir le samedi, professeurs mal payés mis en demeure de « travailler plus pour gagner plus », établissements sans moyens soumis aux indicateurs de réussite, mis à l’affiche pour permettre que l’éclatement de la carte scolaire renforce la compétition.
Pendant ces manœuvres, on n’interroge pas la société sur son école, ni l’école sur ses besoins pour s’ouvrir, faire éclater les emplois du temps, créer des parcours communs avec des écoutes adaptées transitoires.
On n’interroge pas la société sur son audiovisuel public, la place de la création, de nos imaginaires et des pratiques « sensibles ».
On ne questionne pas le financement de la recherche, dont les restrictions mènent à la dépendance des choix du privé, et au doute sur certaines expertises.
Pendant ces manœuvres, la financiarisation va bon train avec son cortège d’impunité, la rentabilité louée et maximisée par l’égoïsme, le vivant mis aux enchères ne laissent que peu de place au bien commun à transmettre ; le cynisme des marchands d’armes démontre que la haine rapporte .
Préparer une société émancipée, c’est rendre à chacun le pouvoir d’être acteur de son destin, faisant, par exemple, de l’éradication des toxiques et de la prévention, un facteur de santé aussi essentiel que l’accès au soin.
Préparer une société juste c’est aussi faire comprendre que la galère ici est intimement liée au sort que les pays du Nord imposent au Sud : l’Erika s’est construite avec notre frénésie de voitures, et notre laisser-faire du dumping social des marins...
Les inondations ravageuses ne sont pas indépendantes des sols compactés, bourrés de pesticides, tout cela pour des prix agricoles mortifères pour l’Afrique…
Nos fermetures d’usines se comptent au rythme de notre indifférence aux luttes des pays où l’on délocalise – voire de notre soutien à leurs régimes corrompus…
Nos révoltes dans les banlieues s’échauffent en réponse à notre incapacité à faire de notre pays un vrai creuset de diversité, et de nos territoires des espaces équitablement entendus…
La traite humaine, la prolifération des armes, la dépendance aux drogues mortelles sont des conséquences naturelles des paradis fiscaux…
Le discours des Verts ne peut être débattu que par des citoyens curieux, apportant leur vécu au débat, nourris par une éducation ouverte aux autres, plutôt que dédiée à l’individualisme.
La mutation ne peut être mise en œuvre que par une société où les arts et la culture sont protégés et érigés en droits pour tous.
Préparer les changements ce n’est pas seulement parler du facteur 4, c’est en finir avec la compétition, c’est apprendre en classe l’altérité, les compétences narratives, les modes artistiques d’épanouissement , la résolution pacifique des conflits et leur prévention, plutôt que d’être conduits à l’hypermarché, chez Disney, ou aux stands de l’armée .
C’est pourquoi l’école et la culture doivent être des priorités pour les Verts.