Le blog de Jenofa, citoyenne du monde enracinée en Pays Basque, petite fourmi de l'écologie.Jenofa, ekologiaren xinaurri ttipi bat.
"On ne voit pas la Rhune, il pleut", ou "On voit la Rhune, il va pleuvoir",
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rhune
c'est ce que disait mon frère, quand, vacanciers fidèles au quartier Saint-Charles, à Biarritz, nous nous rendions à la plage Miramar dans l'espoir d'y
trouver un soleil plus ou moins hypothétique.
Ensuite, installée à Uhart-Cize depuis 1973, il faut bien avouer que j'ai vu beaucoup plus de hallebardes pluvieuses que de journées de grand beau, si l'on excepte quelques (et un peu plus
que quelques pour être tout à fait honnête) merveilleux automnes ou plutôt "étés de la Saint Martin" magnifiés par un vent du Sud omniprésent et trois étés un peu secs (--oui---, on
les compte--) , du genre de ceux que l'on trouverait humides à Colmar ou bien à Chantilly.
Heureusement que ce pays a bien d'autres raisons d'être aimé!
Oui, bien sur, ma maison s'appelle Uhaldia (près de l'eau), celle du dessus Uhaldegaraia (en haut et près de l'eau). Le nom du village, Uharte, signifie entre les eaux----
Mais là, depuis trois ans, ça dépasse les limites des bornes. Si vous voulez faire des travaux d'extérieur, c'est la quadrature du cercle!
Que d'eau, que d'eau! Et quelle violence, parfois!
Depuis quelques temps, quand je balade le chien Baztan sur le chemin vicinal et sur une longueur d'environ 500 mètres, je vois au moins cinq ou six sangsues qui traversent, sur le bitume. Et en
bricolant autour de la maison, j'en ramasse plusieurs par jour (hier six; sur une bande de trois mètres de large). Certains ne veulent pas le croire "Ca ne peut pas être si humide! Tu te rends
compte! Les sangsues sont en voie de disparition dans l'Hexagone, en raison de l'asséchement des zones humides. Tu dois te tromper ce ne sont pas des sangsues! Arrête le chichon, la tisane
améliorée, les opiacées, les amphés, le Chivas et le Bourgogne bio réunis!". Je vous jure, quand j'entends ça, je me sens presque fautive!
Pourtant, ces dix derniers mois, l'eau a bien pénétré quatre fois dans la maison et dans la borde. Rien qu'en écopant, je me fais des muscles d'aciers. De mémoire de voisins, cela n'était
jamais arrivé une seule fois.
Il y a quelques jours, ayant trouvé des pots de peinture déposés devant une poubelle, je me suis décidée à repeindre les volets et les portes. L'occasion fait la larronne. Il était temps!
Au nord, le bas des volets commençait à se couvrir de moisissures. Contre le mur, des dizaines de gros escargots et nombre d'entre eux en accouplement. Ne riez pas, ça glisse tellement dans la
cour, que je me suis étalée avec l'échelle qui ne tenait pas en place.
Et en +, en cette deuxième partie de Mai, nous avons les orages. Super, les orages! Heureusement que Roland Garros, ça se passe à Paris! Si c'était ici, ils n'arriveraient même pas à terminer le
premier match. Vous me direz qu'ainsi, Amélie n'aurait pas perdu du premier coup, mais je ne vous suivrai pas jusque là.
Mon téléphone fax a rendu l'âme sous les coups d'un orage d'un certain mardi et celui du jeudi a perturbé les lignes téléphoniques à tel point que l'internet s'interrompt toutes les trois minutes
et que je n'entends plus qu'un mot sur dix prononcés par mes interlocuteurs.
La terre n'en peut plus. Il y a quelques jours, après avoir réussi , ô miracle!, à préfaner le seigle vesce, un voisin a fait labourer son champ pour semer le maïs. Sur un terrain qui n'avait
encore jamais manifesté ce genre d'excès, le tracteur patinait et s'embourbait.
Depuis, en bas du terrain, il y a comme un geyser dont les eaux tumultueuses vont se verser dans le ruisseau en contrebas.
Quand je pense qu'ici, par le passé, j'ai fait chaque été une coupe de foin et deux de regain pour nourrir mes biquettes! On n'en était pas là, quand-même! Avec ma motofaucheuse et mon
râteau en bois, comment aurais-je pu?
Et on commence à voir des arbres, de grands et vieux arbres superbes, s'allonger sur le sol, déracinés de leur colline, et cela sans le moindre souffle de
vent. Ca, vraiment, je vous assure, ça fait mal à en pleurer. Comme s'il y en avait trop, des arbres! Et puis----, ça risque de procurer des "excuses" à certains : "Ma pôv'dame, on l'a abattu ce
hêtre bicentenaire--, il devenait dangereux"---
Il n'empêche: ma tête sur le billot que s'il s'arrête de pleuvoir ce soir, après-demain en faisant les courses, je rencontrerai au moins une personne qui se plaindra de la sécheresse!
Hier, j'en étais là de mes sinistres constatations trempées, quand vers 13 heures 30, le facteur, mon homme de lettres préféré, a déposé dans la boîte une missive du poète Michel Druez.
L'enveloppe contenait la carte ci-dessous.
Vous savez quoi? Magie des mots---depuis, la pluie m'est plus légère.
