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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 18:00

1 de couve

 

 

 

De mon ami Daniel Labeyrie:

                

  Suite au bon accueil réservé à mes deux recueils de haïkus, voici un livre de nouvelles, fruit de rencontres surprenantes, inopinées et parfois un peu extravagantes .

                    Êtres humains hauts en couleurs, anonymes croisés ici et là, animaux entrevus ou observés, impressions de voyages, paysages et scènes de la vie quotidienne  se côtoient  et se croisent au gré de récits qui, je l'espère, vous offriront du plaisir à leur lecture .

         Merci de tout cœur de  votre contribution à la diffusion de ce « petit » dernier de 194 pages.

Daniel LABEYRIE

 

 

 

BON DE COMMANDE

*********

      NOM – PRENOM : ….........................................................................

      ADRESSE :..........................................................................................

      CODE POSTAL :.............................       VILLE :......................................

            PRIX : UN EXEMPLAIRE : 12 €  +  Port : 3  € = 15 €       

                 DEUX EXEMPLAIRES  :  24 €  + Port : 4 € = 28 €

                TROIS EXEMPLAIRES  :  36 €  (  Port offert )

Je commande   …... exemplaires du livre  : ....... €

 

 

Règlement en chèque à l'ordre de Daniel LABEYRIE  à l'adresse suivante:

 

 Daniel LABEYRIE

 

9 rue Georges BERGES , Appt 2 , 64100 BAYONNE

 

Baztan-1.JPGBaztan-2.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Baztan-3.JPG

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 11:00

 

Le voili-le voilou! Il est paru "Paroles d'écolos"!
Ci-dessus, quelques témoignages d'auteurs présents au salon Asphodèle de Pau, à l'occasion de la sortie du livre.
Pour plus de renseignements, c'est là: 

http://astobelarra.over-blog.com/

Les auteurs:

Christian Laborde - babel - Pierre Gastereguy - Yves Frémion - Nicolas Loustalot - Fred Vargas - Yves Cochet - Roland de Miller - Gérard Charollois - Marcel Saule - Jean Yves Deyris - Joana Irigaray - Laurence Goyeneche - André Cazetien - Maria Portugal - Henriette Charbonneau - François Terrasson - Bernard Charbonneau - Robert Hainard - Daniel Labeyrie - Marc Large - Roger Deschacht - Beb Kabahn & Fred Mirande - Alain Caudine - Arlette Zilberg - Jenofa Cuisset - Louis Espinassous - Roger Lapassade - Julos Beaucarne - Beñat Picabea - Stephan Carbonnaux - Michel Druez – Coline Serreau – Jean-Pierre Petit-Gras – Kolova - Olivier Eudes – Michel Vigneau

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 13:00

 




Dans un  "post " précédent :

http://jenolekolo.over-blog.com/article-26384236.html


je vous parlais de ma passion pour l'oeuvre de Gaston Couté et de ma tendresse pour le personnage.

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous en remettre une toute petite couche, avec ce court extrait qui marie souci de justice sociale, horreur de la guerre et  de la torture, quelle qu'elle soit.

Encore merci, Monsieur Couté!

 

" Bourgeois ! nous sommes des taureaux
Captifs en vos arènes rouges,
Aux yeux d’une foule de gouges
De michés et de maquereaux.
Bourgeois ! nous sommes des taureaux
Que l’on torture et que l’on tue,
Et votre bêtise institue
Une gloire pour nos bourreaux."


Les taureaux, 22/28 octobre 1899, dans le journal La guerre sociale,

Chansons de Gaston Couté, éditeur Le Vent du ch’min, Saint-Denis, 1980. 

En savoir plus : http://gastoncoute.free.fr/guerre_sociale.htm

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 12:38
image illustration anthologie

Caractéristiques de l’ouvrage :

Titre : Petite anthologie de la jeune poésie française
(le titre Anthologie (incomplète) de la jeune poésie française a été revu)
Auteurs, poètes, poétesses : Stéphanie Gaou-Bernard, Yannis Sanchez, Lilas Kwine, Eknath, Le Babel, Juliette Guerreiro, Pascal Leray, Cédric Lerible, Strofka, Pascal Lamachère et Le Poète Inconnu
Tirage initial (sous réserve) : 400 exemplaires
Collection : Littérature
Format : 140 x 195 mm
Nombre de pages : environ 220 pages
Couverture : quadri recto, carte Rives Tradition 250 g,
Dos carré collé
Intérieur : papier offset blanc 80 g
Prix du livre (1) : 15 euros
Date de parution : 17 novembre 2009

(1) Avec les frais de port, d’emballage et de gestion, cela fait 18,20 euros pour ceux qui habitent en France métropolitaine et 19 euros pour le « reste du monde ». (Sauf si vous avez l’intention de commander plusieurs exemplaires de l’anthologie. Si vous êtes dans ce cas, n’hésitez pas à me contacter via le formulaire – cliquez ici - afin que je puisse évaluer les frais de port correspondant, vous faire payer un peu moins.)


Important, vous avez jusqu’au 20 octobre 2009 pour passer une précommande.

http://pascal.lamachere.free.fr/index.php?pages/Page-de-pr%C3%A9commande-de-l%E2%80%99anthologie-(incompl%C3%A8te)-de-la-jeune-po%C3%A9sie-fran%C3%A7aise




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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 08:00
Je vous l'ai déjà dit, http://jenolekolo.over-blog.com/article-16894449.html
 la poésie d'Emile Nelligan me bouleverse.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nelligan
Laissons-le célébrer Mai --- et le jus de la treille.



La romance du vin.


Tout se mêle en un vif éclat de gaieté verte
O le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en choeur,
Ainsi que les espoirs naguère à mon coeur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

O le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai !
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le coeur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

C'est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et objet du mépris,
De se savoir un coeur et de n'être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Ou l'Idéal m'appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l'azur s'étoile dans la gloire,
Et qu'un rythme s'entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n'ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !

Émile Nelligan (la romance du vin -1899)



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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 16:00


Plus d'info:

http://astobelarra.over-blog.com/




« TEMOIGNAGES DE DEUX COMBATTANTS DE L'OMBRE » Deux récits au sujet de la guerre civile d'Espagne et de ses conséquences


Comment écrire l'Histoire

sans les histoires des hommes l'ayant vécue ?

Porfirio Ayerdi Lorea et José Poveda relatent ici leurs souvenirs non seulement durant la guerre civile espagnole mais également au sujet de faits plus méconnus et plus controversés, leur accueil par les autorités françaises.

Ces récits, étonnamment détaillés, sont le fruit de longues recherches de la part de Gilda Ayerdi , petite-fille de Porfirio, soucieuse de ne pas laisser dans l'oubli ces récits tour à tour étonnants, révoltants ou bouleversants.


Défendre la République était leur but,

l'exil fut leur destin.


Voici le nouvel ouvrage édité par les éditions associatives « Astobelarra – Le grand chardon » dans la collection « Humeurs & Témoignages ».

A chaque lecteur ou lectrice de savoir s’il ou elle veut aider l’association en participant à la souscription de ce livre préfacé et dirigé par Christian Manso et magnifiquement illustré par Laure Gomez & Laurent Caudine. (180 pages)

 

Souscription:

http://trionyx.free.fr/souscription.pdf

 





« ITZALEKO BI GUDARIEN LEKUKOTASUNAK »

Espainiar gerla zibilaz eta bere ondorioetaz bi kontakizun.


Nola idatz Historia, bera bizitu duten gizonen historiarik gabe ? Beren oritzapenak ekarten dituzte Porfirio Ayerdi Loreak eta Jose Povedak, ez bakarrik espainiar gerla zibilekoak bena baita beste gertakari ezezagun eta eztabaidagarrietaz, hala nola frantziar agintarien batzarriaz.


Harrigarriko xehetasunak dituzten kontakizun horiek Gilda Ayerdiren ikerketa luzeen emaitzak dira, bera Porfirioren biloba da eta ez zituen nahi ahanzturan galtzerat utzi delako istorioak, batzutan harrigarriak, bestetan jasanezinak edo hunkigarriak.


Errepublikaren babestea zuten helburu,

desterrua uken zuten destinu.


« Astobelarra – Le grand chardon » elkarte argitaletxearen lan berria da hau, «Trenpu eta jakilegoa » sailean. Hitzaurrearen egilea Christian Manso da, ilustrazio ederrak Laure Gomez eta Laurent Caudineren eskuetarik jiten dira. Harpidetza baten bidez irakurleak elkartea laguntzen ahal du.

(180 orri ditu eta azalaeko irudia alda daiteke - frantsesez)

 

 

Suskripzioa : http://trionyx.free.fr/souscription-euskaz.pdf

 


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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 17:00
"Là un dard venimeux
Là un socle trompeur
Plus loin
Une souche à demi trempée
Dans un liquide saumâtre
Plein de décoctions d'acide---
Qui vous rongerait les os"---

"Vénus". dans "Bleu Pétrole", le dernier album de Bashung.
Gérard Manset       
http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Manset   
Armand Méliès
http://www.myspace.com/armanmelies


Je dois vous avouer deux choses:

Depuis toujours, je suis transportée par les textes chantés par Bashung, qui déclarait "
J'ai parfois l'impression de parler une langue parallèle qui en dit d'avantage parce qu'elle échappe à une logique cartésienne. J'ai plaisir à la chanter parce que sa signification est ouverte à vie".
Je sais, il y a la musique aussi, et puis la voix, mais je suis touchée avant tout par la  magie du verbe, par  la fulgurance des images sonores et odorantes qu'il fait naître en moi. Et il a fallu que Monsieur Bashung monte sur la barque à Caron
http://www.rassat.com/croyances/supplem/Caron.html  pour que je réalise, grâce à la presse ---tenez -vous  bien---, qu'il s'agissait d'un rocker!

Avec Gaston Bachelard, c'est un peu pareil. Adolescente, j'ai lu "L'eau et les rêves". Là aussi, j'ai immédiatement été touchée au coeur  par la poésie qui émane de cet ouvrage. Et c'est bien plus tard que j'ai pris conscience : Gaston Bachelard est un scientifique et  un philosophe! C'est même ce qui est écrit sur la quatrième de couve de ses oeuvres. Et voilà, je ne fais jamais assez attention à la quatrième de couve
!



"Au fond de la matière pousse une végétation obscure ; dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leurs velours et la formule de leur parfum.

La mort quotidienne n'est pas la mort exubérante du feu qui perce le ciel de ses flèches ; la mort quotidienne est la mort de l'eau. L'eau coule toujours, l'eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale. Dans d'innombrables exemples nous verrons que pour l'imagination matérialisante la mort de l'eau est plus songeuse que la mort de la terre : la peine de l'eau est infinie.


C'est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur.


C' est près de l'eau que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l'eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays. Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du  grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour moi au creux d'un vallon, au bord d'une eau vive, dans l'ombre courte des saules et des osières.


Pour certains rêveurs, l’eau est le mouvement nouveau qui nous invite au voyage jamais fait.
Ce départ matériel nous enlève à la matière de la terre.
Aussi quelle étonnante grandeur il a, ce vers de Baudelaire, cette image subite comme elle va au cœur de notre mystère :

« Ô mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre. »

 


 

Gaston Bachelard "L'eau et les rêves" 1942.

 


Les photos de ce billet ont été prises au mois de Mars, (oserais-je écrire "dans le courant" du mois de Mars?) sur mon "Petit arpent du Bon Dieu".

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 18:00


Le 13 avril prochain est la date de parution officielle de l’essai de Christian Laborde,

http://www.christianlaborde.com/ Corrida, basta ! , chez Robert Laffont (il sera livré en librairie le 9 avril).
 
Convoquant Gandhi, Zola, Victor Hugo ou Marguerite Yourcenar, un pape, des biologistes, le dalaï-lama, des imams ou Saint-François d'Assise, l'auteur engage le procès des courses de taureaux par un très rude réquisitoire. Il accuse les hommes et les femmes politiques qui les protègent et s’inquiète de la sexualité des aficionados. S'appuyant sur les écrits de psychologues et d'ethnologues, il démontre la nocivité d'un tel spectacle pour le mental des jeunes comme pour celui des adultes. Enfin, son humour et ses sarcasmes se déchaînent quand il s’agit des amateurs, du public des férias, de leurs beuveries et de la musique qu’ils aiment. C'est ainsi que lorsqu'il évoque la beauté, la grâce des taureaux en liberté ou celles des chevaux il devient un poète sans que jamais son lyrisme soit ridicule. Voici un procureur dont le style traduit la fureur et dont l'émotion égale le talent.
 
Un livre à ne pas manquer !
 
Un grand merci à Christian Laborde pour ce nouvel outil, qui contribuera sans aucun doute à éveiller les consciences sur la vérité de la torture tauromachique…
 
 
L'auteur sera présent sur le plateau de l'émission "L'objet du scandale" dimanche 5 avril 2009 à partir de 16h15, sur France 2.
 
 
 
Nous profitons de ce message pour vous annoncer une autre bonne nouvelle : après Viana do Castelo, la ville de Braga, au Portugal, vient de se déclarer ville anticorrida.
 
Cordialement dans la lutte,
 
Pour le CRAC Europe,
Delphine Simon, secrétaire
















CRAC















www.anticorrida.com































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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 09:00

Je viens de prendre connaissance, sur le site du RAC (Rassemblement Anti-Chasse)
http://www.antichasse.com/Accueil.html
de l'article ci-dessous, écrit par René Barjavel, 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Barjavel

et publié en 1975 dans le Journal du Dimanche.
Et je me souviens avoir eu le grand bonheur de rencontrer Barjavel à Paris en 1970, pour la première "Semaine de la Terre", organisée par "Jeunes et Nature", "les Amis de la Terre" et 'association "Etudes et Chantiers", membre de la Fédération "Cotravaux". Il avait répondu immédiatement à notre invitation, et avec la plus grande des gentillesses!
J'ai le plus grand plaisir à vous inviter à la lecture de ce texte.
J'espère qu'il vous donnera envie de lire ou de relire Barjavel.

Photo: Emilio.

Article de René Barjavel au Journal du Dimanche du 30 novembre 1975
 


Laissez-les vivre


 

Le merle noir et la merlette couleur d'écorce sont perchés côte à côte et tête-bêche sur une branche du marronnier. Elle regarde vers le rez-de-chaussée, lui vers la fenêtre du troisième. Là-bas et là-haut habitent de généreuses personnes de l'espèce humaine qui donnent régulièrement à manger aux pigeons. Le couple malin en prend toujours sa part, sans se mêler à la foule, par incursions rapides sur le bord du rassemblement glouton. De crainte des coups de bec, sans doute. Les pigeons n'aiment pas qu'on vienne manger dans leur assiette. Ils ont toujours peur de manquer. Ils avalent à toute vitesse. Ils engouffrent des quantités incroyables. Leur jabot s'arrondit comme une femme enceinte au huitième mois et demi. Quand il n'y a plus une seule graine, ils relèvent la tête, l'œil ahuri. Ils sont toujours étonnés par le fait que ce soit terminé. Leur cerveau doit être enroulé dès leur naissance autour de l'image d'un festin qui ne s'achève jamais, une montagne de riz, de mais ou de pain mouillé sur laquelle ils sont posés, et qu'ils mangent, mangent, mangent pendant la vie éternelle. Le paradis-pigeon...

Hélas ! avec ou sans ailes, on ne trouve rien de tel sur la Terre. Tout y a une fin. Ils s'envolent. Autant recommencer ailleurs.

Le merle et la merlette sont partis depuis longtemps. Ils n'aiment pas tellement la table d'hôte. Ils sont plus gourmands qu'affamés. Lui est allé se percher sur l'antenne de TV. C'est de là que le matin, il prévient, en chantant, toutes les bêtes du quartier, et les humains qui veulent l'entendre, que ce n'est pas encore aujourd'hui que la nuit va prendre racine, et qu'une fois de plus le jour se lève. Le jour nouveau, rose dans l'œil du merle quand le soleil s'annonce, gris quand c'est la pluie, le jour toujours superbe. Le jour de lumière et de vie.

Y pensez-vous parfois, le matin, que la nuit aurait pu rester? Je sais, vous avez appris à l'école : la Terre tourne, la nuit ne peut pas durer, c'est scientifique. Voilà où nous en sommes, avec nos connaissances : le jour ne nous émerveille plus. C'est un phénomène ordinaire. Le merle, lui, n'a rien appris. Il sait que le retour de la lumière est miraculeux. Et il chante...

Si nous pouvions, chaque matin, commencer la journée en étant un peu merles...

Retourner à l'"obscurantisme" primitif ? Renier nos connaissances ? Non. Aller au-delà. Si nous perçons la croûte de notre science, nous nous trouvons aussitôt devant le gouffre du mystère. La Terre tourne, le soleil brille, notre peau le sent, notre esprit le sait, la plante le boit… Pourquoi ? La science essaie de dire comment, mais sur le pourquoi elle se tait. Personne ne peut donner la réponse. Nous pouvons seulement répondre par la joie. Le jour se lève, le jour est un miracle, le soleil est un miracle, le merle est un miracle, la vie est un miracle... Rien de tout cela n'est ordinaire, banal, scientifique, explicable. Et que vous continuiez d'être un être vivant, qui voit, écoute, sent et pense, c'est un enchaînement de miracles, seconde apres seconde...

C'est parce que nous l'oublions à chaque instant que nous avons si peu de considération pour la vie des autres vivants. Chaque année, à l'automne, une partie de la population humaine mâle de notre pays empoigne ses fusils et se précipite dans les campagnes pour tuer. Sans autre raison, sans autre besoin que le plaisir de tuer. En ma chèr Provence, à la campagne, il n'y a plus d'oiseaux. Quand il en surgit un, égaré, imprudent. gros comme un tétard, cinquante chasseurs se précipitent pour le massacrer. Ailleurs, on élève des faisans qu'on jette devant les pieds des hommes armés, bottés. valeureux... Les bêtes, habituées à la mangeoire, n'ont même pas peur. Les héros s'en donnent à coeur joie, ça sent la poudre, la plume vole, on termine par un gueuleton. Le grand air et le meurtre donnent bonne mine.

Ce qui est très profondément déplorable, c'est moins la tuerie elle-même que le fait d'avoir en France plus de deux millions de tueurs. C'est plus grave pour les hommes que pour les bêtes. Et il est grave pour la France que les présidents de la République donnent traditionnellement l'exemple du massacre. Je ne connais rien de plus navrant que le spectacle du président et de ses invités posant, satisfaits et solennels, derrière leurs victimes alignées sur le sol. Quelle victoire ! Si un de leurs enfants en faisait autant avec des mouches, ils le corrigeraient et craindraient pour son équilibre mental...

Le premier président qui transformera les tirés de Rambouillet en refuge d'oiseaux laissera un nom dans l'histoire de France et d'Europe. Inviter les ambassadeurs à aller voir les oiseaux au lieu de les tuer, quelle leçon ce serait pour tous les hommes...

J'ai des amis chasseurs. Ils ne sont pas tout à fait mes amis. Il y a leur fusil entre nous. Et vous qui êtes chasseur et qui me lisez, vous êtes aussi presque mon ami. C'esl pour eux, c'est pour vous que j'écris ceci : la prochaine fois que vous irez à la chasse, essayez, honnêtement, de faire ce petit exercice, au moins une fois : quand vous aurez un oiseau ou un lapin au bout de votre canon, n'appuyez pas aussitôt sur la détente. En un instant, regardez-le, VOYEZ-LE, tel qu'il est, miracle de vie en mouvement, combinaison prodigieusement organisée da chair, de sang. d'efficacité et de beauté. Il a fallu trois milliards d'années pour le fabriquer et le mettre au point dans sa perfection. Allez-vous le détruire. VOUS ? Si votre index appuie, voilà, voui n'êtes plus que cela, réduit à la dimension de cette phalange, commandée par un instinct automatique qui est devenu votre maître et sous laquelle votre personnalité disparaît. Si vous VOYEZ, si vous admirez et laissez vivre, c'est votre esprit qui est entré en jeu, votre esprit d'homme capable de comprendre et d'aimer. Et alors,quelle Joie vous éprouverez, qui se renouvellera sans cesse... Pour avoir VU la vie en un instant, vous allez la reconnaître et la voir partout. Dans ces arbres nus parmi lesquels vous marchiez sans les regarder et dont chaque cellule prépare avec puissance, avec obstination, le retour du printemps. Sous l'herbe sèche que vous fou- lez, et dont les racines vives contiennent les plans et l'élan de l'herbe nouvelle. Dans la motte de terre que votre semelle aplatit, et qui abrite autant de vies microscopiques qu'un ciel d'étoiles. Et en vous-même, qui sans cesse oubliez que vous vivez...

Au fusil, au piège, à la strychnine, on tue, on tue, on tue.

Involontairement, on détruit. Le D.D.T. perturbe la ponte et la reproduction. Pour laisser passer les tracteurs, on a rasé las haies. Elles étaient l'habitat des plus charmants de nos oiseaux : le rouge-gorge, le bruant, la fauvette, la linotte, le pinson. Ils disparaissent avec elles.

Traqués, fusillés, empoisonnés, chassés dans toutes les campagnes, les oiseaux se sont réfugiés dans les villes. Il y a un couple de faucons au sommet d'un clocher parisien, je ne vous dirai pas lequel: II y a par bonheur des merles dans tous nos jardins et nos squares, des moineaux sur nos trottoirs, des pigeons sur nos toits.

Mais l'inexplicable, furieux instinct de destruction de l'homme les poursuit jusque là. Il a pris une forme administrative. On fait la guerre aux pigeons sous prétexte de propreté. Les crottes de pigeons souillent les statues, et les façades de certains ministères…

Quel dommage ! Quelle injure ! Ne pourrait-on pas, tout simplemant, les nettoyer ? Ce serait un beau métier d'être nettoyeur de statues... D'aller brosser les cheveux d'Alfred de Musset, caresser les épaules des Trois Grâces da Maillol... Cela coûterait cher? Cela ferait quelques chômeurs de moins à payer... Et j'aimerais savoir combien coûte la guerre aux pigeons, dont sont souvent victimes les moineaux. Vous avez pu voir dans la presse la photo de moineaux pris à la glu sur la corniche d'un immeuble et morts de faim, de soif et de peur. On m'a assuré que ce n'étaient pas les services municipaux qui avaient ordonné ce piègeage, mais sans doute le ou les responsables de l'immeuble en question. Je voudrais que celui qui a donné l'ordre de poser ces gluaux fasse un instant l'effort d'imaginer que c'est lui ou son enfant qui est pris jusqu'aux hanches dans une colle dont il ne peut s'arracher, au bord d'une falaise, sous le soleil et la pluie, personne ne venant lui porter secours, dans l'horreur et le désespoir, jusqu'à la mort... Je voudrais que chaque chasseur fasse l'effort d'imaginer qu'il est à l'autre bout de sa ligne de mire, que c'est lui qui va recevoir tout à coup la charge effroyable qui va lui broyer le corps...

Je sais : on va me taxer de sensiblerie. C'est vite dit. C'est surtout à nous, les hommes, que je pense. Tuer nous avilit. Chaque coup de fusil blesse celui qui tire, et blesse l'espèce humaine tout entière.

Les oiseaux sont l'écriture de Dieu entre l'arbre, la terre et l'homme. Le vol d'un oiseau explique et pose des mystères, montre le ciel, dessine l'amitié. Son chant est le langage universel que nous comprenons sans avoir besoin da le connaître. Il nous parle de joie et d'amour. Les oiseaux obligent les hommes à lever la tête vers le ciel. même ceux qui les tuent. Ils nous aident à vivre. En les tuant. nous détruisons ce qu'il y a de plus léger, de plus lumineux, de meilleur en nous.


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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 12:00
Un récent article

http://jenolekolo.over-blog.com/article-26742511.html


de ce blog disait la joie d'apprendre que des chasseurs avaient été déboutés de leur plainte pour diffamation envers Gérard Charollois , Président de la "Convention Vie et Nature pour une Ecologie Radicale".
Que du bonheur! Est-ce pour cette raison que tout de suite, les commentaires se sont tournés vers le vin? Le premier à avoir réagi étant Franc-Comtois bon teint, il a vite été question des vins de sa région. Et incorrigible, je n'ai pu m'empêcher de dire qu'en ce qui concerne la Franche-Comté, ma tendresse n'allait pas qu'à ses vins, mais aussi à ses écrivains, parmi lesquels Marcel Aymé, Louis Pergaud ( Ah, "De Goupil à Margot", "La guerre des boutons"!) et Bernard Clavel, dont nombre de livres m'ont transportée, particulièrement "Le silence des armes", bouleversant.
Je vous fais grâce des méandres qui m'ont amenée à être en mesure aujourd'hui de partager avec vous le texte et le dessin ci-dessous.
Disons simplement que je remercie mon frère, Jurassien d'adoption comme je suis moi devenue Basquaise "par chance et aussi par vouloir" selon la belle expression de Gilles Servat, pour ces superbes documents dont bien peu de personnes ont eu connaissance à ce jour.






Allocution de Monsieur Bernard CLAVEL après son intronisation
dans la Commanderie des Nobles Vins du Jura et Gruyère de Comté
le 10 Mai 1969 à GEVINGEY.




  Ma conception personnelle du métier d'écrivain étonne souvent les universitaires. Ils accueillent mes propos avec un sourire narquois quand je leur dis que je suis un artisan, et que je cherche à faire mon travail de façon à satisfaire mes lecteurs, exactement comme mon père s'appliquait à contenter ceux  qui venaient acheter la pain qu'il avait passé sa nuit à pétrir et à  cuire. Certains sont même allés jusqu'à prétendre que je parlais ainsi dans le seul but de les faire bondir et pour le plaisir de me placer très loin de leur propre famille. Si j'avais à ce point l'esprit de contradiction, me trouvant ce soir parmi des vignerons plus proches de ce qu'était mon père que de n'importe quel intellectuel, je m'efforcerais de donner de mon métier une définition susceptible de placer le romancier, le reporter ou le conteur aux antipodes de l'univers réservé à ceux qui oeuvrent pour que sorte de leurs caves cette boisson qui fait naître la joie au cœur de l'homme et qui est bien le seul sérum de vérité auquel nous serions disposés à nous soumettre.

              Cette boisson, on l'a, une fois pour toutes, baptisée le vin, et tous ceux qui essaient eux-mêmes de la baptiser sans lui changer son nom perdent le droit de s'appeler encore des vignerons.
   
              N'est-ce pas la preuve que ces hommes qui partagent leur vie entre le soleil des coteaux et l' ombre des caves exercent un art avec lequel on ne triche pas ?


              Un art avec lequel on ne triche pas, mais il me semble que si cette définition s'applique parfaitement au métier de vigneron, elle devrait tenter  bien des écrivains et leur dicter, sinon un style d'écriture, à tout le moins une règle d'approche de leur métier.


              Si cette règle me séduit, c'est sans doute que j'ai reçu, pour seul héritage, les mêmes biens que reçoivent les gens de notre terre,  c'est-à-dire quelque chose de solide, une chose qui n'est pas forcément palpable au sens où l'entendent ceux qui aiment par dessus tout à se pencher sur les lessiveuses depuis qu'on a cessé d'y faire bouillir le linge pour y entasser des imprimés que les gouvernements successifs s'ingénient, avec une persévérance exemplaire, à dévaloriser. Cet héritage, j'en ai toujours conservé quelques symboles que je place dans la pièce où je travaille. Il y a la serpe de mon père, il y a un rabot à pousser les moulures dont se servait le Père VINCENDON, ce vieil artisan lédonien qui m'a appris à aimer le bois ; il y a la lampe pigeon de ma mère, et puis, entré chez moi voici quelques années seulement, un de ces petits tonnelets que  les vignerons emportaient à la vigne, et qui vient de la cave de Pierres GRELET, du LOUVEROT.

              Le jour où Pierre m'a donné ce merveilleux objet, nous ne savions pas encore, ni lui ni moi, que ce serait précisément dans sa cave que nous tournerions une partie de l'Espagnol.

              Mais ce que je savais déjà depuis longtemps, c'est que, selon le mot d'Henri Pourrat, le tonneau témoigne du génie de l'homme tout autant qu'une machine électronique. Ce tonneau, qui fait des Gaulois, peuple envahi, des hommes plus intelligents que les Romains, peuple envahisseur, n'est-il pas le plus bel ambassadeur que l'un puisse rêver ?

              Regardez le, beau, rond du ventre, mais pas trop ; exact de lignes et de formes, il a été fait uniquement de douelles de bois posées côte à côte, et pourtant, il ne laisse pas fuir la moindre gouttelette du précieux liquide qu'on lui confie. N'avait-il pas du génie, l'artisan qui fabriqua le premier tonneau ?

             Voilà un ambassadeur capable, pour peu qu'on le mette sur la bonne pente, de s'en aller tout seul, roulant sa bonde, porter son message de bonne humeur et de paix vers les pays où nul soleil ne permet à la vigne de pousser.


              Voila une grosse caisse toute ronde, qui s'en va par les chemins, portant dans ses flancs ce qui fait la plus belle  musique de la terre.

              Depuis des années déjà, j'ai commencé d'écrire un texte à la gloire du tonneau. Rassurez-vous, je ne vous en imposerai pas la lecture, mais je voulais vous dire deux mots de ces objets qui sont, pour moi l'un des biens les plus précieux parce qu'ils me rappellent à chaque instant que les vraies richesses nous viennent tout droit de la terre, des bois, de ces bonnes grosses maisons bien assises sur un sol d'où monte une sève si généreuse qu'elle a fait de moi, comme de bien d'autres , un écrivain qui n'a que faire d'une imagination puisqu'il a des sens. Regarder, écouter, sentir, palper et goûter tout ce que m'ont offert la terre et les hommes de mon pays me suffit amplement, je ne vois pas pour quelle raison j'irais me  torturer à inventer quoi que ce soit.

              En quelque sorte, si l'on m'accusait de paresse, je n'aurais qu'à répondre : Mais adressez vos reproches à la terre trop généreuse du Jura, si elle ne m'avait pas tant donné, je serais bien obligé de chercher.

              Oh, je sais, vous allez me dire ; mais alors pourquoi l'avoir quittée? Je pourrais vous répondre qu'il arrive toujours un moment où il faut s'écarter de la corne d'abondance, si l'on veut éviter d'être étouffé sous le flot de richesses qu'elle déverse sur vous, mais ce serait faux. Comme beaucoup, je suis parti à un âge où l'on croit encore que les vraies richesses sont toujours par delà cette ligne qui fuit sans cesse devant vous et s'appelle toujours l'horizon. Certains font ainsi le tour du monde et reviennent très vite au même point. Je n'ai pas fait le tour du monde mais si mon métier me retient parfois assez loin de mon pays, du moins m'a-t-il permis de découvrir très vite que si je n'avais pas emporté un peu de notre terre du Revermont à la semelle de mes chaussures, je n'aurais jamais rien écrit qui vaille la peine d'être lu.

             Et nous sommes nombreux, peintres, sculpteurs, musiciens ou écrivains, qui devons tout à notre enfance et au sol qui l'a nourrie.


              Si vous voulez découvrir ces gens là, ne cherchez pas trop dans les guides comme celui de la France Littéraire par exemple. Vous y découvrirez que Marcel Aymé est un écrivain de l'Yonne ou de Monfort l'Amaury, mais surtout pas du Jura. N'ouvrez pas ce guide, vous bondiriez d'horreur à chacune des pages consacrées à notre terre. Et si le je condamne, n'allez pas croire que c'est par dépit. Je sais bien que de tels ouvrages ne sont pas faits pour des écrivains dont on ignore si leur oeuvre a une chance de leur survivre. Si j'en parle, ce n'est même pas pour défendre des auteurs que j'admire et qui n'ont pas besoin de telles paperasses pour être à leur place, c'est seulement parce que j'aime notre terre, et que je souffre chaque fois qu'on lui vole quelque chose et que Madame Marguerite Henry-Rosier avait autant de qualités pour rédiger le Guide du Jura littéraire, que j'en ai pour célébrer les mérites comparés de l'algèbre et de la trigonométrie, ce qui n'est pas peu dire.

             Mais revenons aux vraies richesses.

              Il y a dit-on, les grands buveurs de petits vins et les grands buveurs de grands vins. Moi, je suis un petit buveur, mais je bois plus volontiers l'eau d'une bonne source qu'une sombre piquette.

             C'est sans doute que l'eau des sources de chez nous a, en commun avec nos vins, une pureté qui m'est chère.

              Savagnin, affirme-t-on, vient de sauvage, diantre que cette source là est donc faite pour me réjouir. Car, en un temps où la civilisation s'appelle vin en boîte de fer ou de matière plastique, produits chimiques, cuisine en conserve, conditionnement et uniformisation de l'homme ; en un temps où la civilisation s'appelle bombe atomique ou guerre du pétrole et de l'or, quel est l'homme de cœur qui ne sent pas monter en lui une irrésistible envie de retourner à ces temps que l'on dit sauvages, où des Colas Breugnon de tous pays se battaient à grands coups de gueule pour savoir de quelle vigne venait le meilleur vin ?


              Mais ici, la seule bataille qu'il faille encore livrer, c'est celle qui permettra au véritable Vin du Jura, de triompher des produits qui doivent davantage à la chimie et à la publicité, c'est-à-dire au XXème siècle, qu'à la terre et à la tradition de nos vrais vignerons.

              Ces vignerons, c'est mon père qui m'a appris à les connaître. Il les avait connus lui-même en allant, avec son cheval, leur livrer du pain. Ayant cessé de pétrir, il avait gardé avec eux ces liens solides d'une amitié née de cet échange merveilleux du pain et du vin. Avec lui, chez ces gens là, j'ai fait mes premières vendanges.

             De Gevingey à Vernantois, le chemin n'est pas long, mais le soleil ne doit pas avoir les mêmes horaires, car nous pouvions, chaque année, vendanger dans l'une puis dans l'autre commune.

              L'un des vignerons s'appelait CARNET, l'autre MANGEIN. Tous deux portaient moustaches, tous deux avait de larges mains râpeuses, tous deux avait le même amour des mêmes choses simples et pures.

Ces hommes, dont les noms et la silhouette sont en moi, liés à ces années de l'enfance dont Jean GUEHENNO dit qu'elles marquent la couleur de notre âme, ces hommes qui avaient l'âge de mon père, s'ils vivent encore, n'ont plus que cinq années à patienter avant de fêter leur centième anniversaire. Cent ans, Mais il y a dans les caves du Revermont des vins qui ont dépassé cet âge et qui n'ont rien perdu de cette immense richesse que leur a donnée le terroir. Cent ans, mais il y a des marcs du Jura qui ont trois fois cet âge et qui ne demandent qu'à continuer de vieillir pour la joie de ceux qui viendront après nous.

             Car c'est là que nous devons placer notre espoir. C'est dans nos forêts et nos vignes que se trouve la plus belle des méthodes d'éducation. C'est à ce grand livre des simples où le vrai vin a sa place, que doivent s'instruire nos enfants, si nous ne voulons pas que le monde de demain soit peuplé d'insectes bizarres, aux têtes énormes, bourrées de chiffres et de formules, et dont les estomacs n'accepterons plus que des matières chimiques prédigérées, des insectes qui auront cessé d'être sensibles à la beauté.


            Ce soir, nous avons la chance d'être nombreux à partager  le vin de l'amitié. Pour ma part, je veux le boire en pensant à ceux  qui m'ont appris à l'aimer. Je veux le boire aussi en pensant au temps où, trop pauvre pour renouveler ma cave, je conservais une bouteille de vin jaune, une seule, qui venait de Pannessières.

            C'était le moment où j'écrivais l'Espagnol. Un soir, ayant terminé un chapitre où je parlais du vin jaune, le goût m'en vint si fort à la bouche que je fis part à ma femme de mon désir d'ouvrir cette unique bouteille. Comme elle ne comprenait pas, je lui demandai de lire ce que je venais d'écrire. Ayant lu, elle descendit elle-même chercher une bouteille. Je sais bien que ma femme, née dans une vigne au pied du Revermont, était une lectrice privilégiée. Les jeux étaient peut-être faussés, mais tout de même, ce soir là, j'ai éprouvé une de mes grandes joies d'auteur.

           Vous voyez, c'est au vin du Jura que je dois cette joie, je lui en dois bien d'autres, et il faudrait que j'écrive des milliers de pages, si je voulais rendre à cette terre merveilleuse, une infime partie de ce qu'elle m'a donné.


                                    Bernard Clavel

  Note de la blogueuse : "L'Espagnol" est un roman de Bernard Clavel, remarquablement adapté à la télévision par Jean Prat en 1967.





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Published by Jeno l'écolo - dans Les écrivains Idazleak
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