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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 08:16

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

                        Dans la maison de Philomène

                        Y'a un frelon qui se promène

                                                                Pierre Louki

Sales bestioles dans le pampre cachées

Vous commencez vraiment à me fâcher

Gros insectes sans cesse bourdonnant

Vous me causez bien des tourments

Posés sur les belles grappes dorées

Vous vous gorgez de douceurs sucrées

Ma main tremblante d'innocent cueilleur

Fait montre de ma profonde peur

 

Vous guerroyez sans fin contre les abeilles

Qui n'osent s'approcher de la treille

Quand je m'immisce sur vos territoires

Mon courage devient vraiment dérisoire

Comment parvenir à vous occire

Sans pour autant vous maudire

Une bonne bouteille de brune bière

 Signifiera bien vite votre mise en bière

Mourir dans une douce ivresse

Pour vous sera une ultime caresse

Sales bestioles  à l'heure de votre mort

Point ne pleurerai votre funeste sort

Daniel Labeyrie

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 10:00

 

 

 

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

 

A Notre-Dame de Lourdes, ma souris n'est pas une gourde

A Coutret, ma souris prend la poudre d'escampette

 

 

Tu l'as échappé belle , la belle...Dans ta cage, tu tournais en rond comme

 une âme en peine et dans tes petits yeux en perles noires se dessinait un terrible effroi.

            Il faut dire que la plupart de tes congénères  furent moins chanceuses: un grand nombre d'entre elles ont péri noyées  essayant désespérément de surnager dans l'ignoble seau vert

rempli d'eau, supplice  consécutif à la souricière.

 

                        Le prince du lieu,  un superbe  chat tigré, n'éprouve pas de penchant particulier

pour la chair de souris: il faut dire que la maîtresse de maison lui concocte des mets

 beaucoup moins rustiques et largement plus raffinés. Donc, Minet regarde ces drôles

de spectacles de très loin entre deux sommes sur l'herbe chaude de l'été; il dédaigne  noblement

la chasse à la souris, préférant de très loin poursuivre les lézards espiègles sur la terrasse

 malgré de gros ennuis digestifs qui l'attendent.

 

            Le rat des champs , lui, est beaucoup plus avisé, il flaire de très loin l'odeur de l'ennemi

et ne prend pas le moindre risque pour un banal petit morceau de pain rassis déposé

dans le piège.

 

                        Pour en revenir à notre rescapée, la visite inopinée d'un voisin au coeur sensible a suscité une âpre discussion pour savoir quelle serait solution  la moins violente

 afin d'épargner la vie de la prisonnière du jour .

Libérer l'animal sur place, il n'en était pas question, le maître de maison,

livrant depuis des mois une lutte acharnée contre les rongeurs, n'était pas d'humeur

à laisser la vie sauve à l'ennemi pour un caprice d'âme sensible.

            Le petit garçon, la minuscule cage à la main, ne disait rien , laissant les adultes affûter leurs arguments en toute sérénité. Pendant ce temps, les petites filles bicyclettaient joyeusement  fredonnant des comptines, se tenant ainsi éloignées des ces palabres interminables.

                        Au terme d'un long conciliabule, le chasseur de souris a proposé de relâcher la malheureuse chez le voisin qui accepta la proposition avec soulagement.

 

            Quelques minutes plus tard, l'enfant à ouvert la grille de la geôle,

à une distance respectable de la maison et voilà notre petite souris grise 

recouvrant sa chère liberté sur l'herbe rase du verger pour vite se réfugier

dans la haie de laurier.

 

            Tout est bien qui finit bien pour une innocente créature: il est vrai que nous sommes fort éloignés de ce fameux temple dédié aux aux rats dans une ville de l'Inde mais, parfois, aux antipodes des civilisations, un invisible fils d'or relie les racines de l'arbre de vie.

 

                        Petite souris, par miracle, tu t'es fait la belle mais tu sais bien que la vie est éphémère: dans ton nouveau territoire, des ennemis implacables te guettent du haut

 de leur perchoir: la buse sur l'acacia, la belette cachée dans le tas de feuilles mortes,

 la fouine à l'heure de l'envol de la première pipistrelle, l'effraie au clair de lune,

 le renard à la première lueur de l'aube …Inch Allah...

 

Daniel Labeyrie

 

 

 

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 14:54

 

 

Le livre pour les enfants dont  s'est inspirée cette vidéo est en vente à la boutique du CRAC Europe pour la protection de l'enfance.

http://www.anticorrida.com/boutique/

           

Ces trois chiffres, que par héraldique de profit, on avait incrustés au fer rouge dans sa chair, comme les forçats jadis arboraient à l’aisselle, la fleur de lys en partant pour le bagne, qu’il les exhibait fièrement, Sang Neuf, alors qu’il gambadait dans sa plaine nourricière.

Une robe noire que lustraient le soleil et le vent, d’où saillaient des muscles puissants, une tête altière superbement découpée, un regard ombrageux surmonté de cornes redoutables, véritable monument de force, de beauté et de bravoure indomptable.

L’orgueil de Saint Luc.

Tout à coup piégé dans ce tunnel cahotant, dont les ridelles montrent encore les traces de sa colère, Sang Neuf roula vers un destin qu’il croyait à sa portée.

Il sortit du toril, ébloui de soleil, de lumière et de bruits, sous les flonflons criards d’un orchestre de cirque.

 L’assistance conditionnée pour cette farce cynique, manifestait sa joie tapageuse, alors que son cauchemar à lui débutait.

Sang Neuf, inexorablement condamné, n’avait plus que quinze minutes à vivre.

Il pensait pourtant se défaire facilement, de ces gringalets, intermittents d’un théâtre pitoyable, agitant au centre du cercle, cette flanelle ridicule déjà maculée.

Tous ses efforts à tourner autour de ces pantins l’avaient fatigué, au point de le faire reculer intrigué, inquiet par ce manège insolite, ne sachant pas décoder les indices d’un tel fanatisme, forgé de violence.

Ils s’approchèrent, armés de leurs dards enrubannés, et le sang soudain se mit à jaillir, inondant la robe noire déchirée, d’une tache rouge, visqueuse, envahissante et s’écoulant lentement vers le sol, tandis qu’il secouait vainement ces échardes d’acier, préludant le drame dont il était la victime, innocente et bafouée.

Sang Neuf n’avait plus que dix minutes à vivre.

C’est alors qu’entra en scène cet homme juché sur un cheval revêtu d’ un lourd manteau, les yeux bandés, les oreilles maintenues, affolé par le mors et l’éperon, l’obligeant à un combat contre nature.

La douleur fulgurante de cette pointe d’acier pénétrant son garrot, creusant un gouffre en fouillant sa chair, lui fit lever la tête pour la dernière fois, et chercher refuge contre le ventre chaud de son ami d’infortune.

Sang Neuf n’avait plus que sept minutes à vivre.

Et puis il arriva, porté par l’absurdité, faquin glorifié par les sots, se croyant investi du pouvoir de tourner la souffrance en dérision, ou pire, de sacraliser la mort.

Lorsque l’épée s’enfonça jusque la garde, déluge d’acier brisant tout sur son passage, les poumons transpercés, le cœur épargné battait encore contre la lame glacée.

Sang Neuf n’avait plus que deux minutes à vivre.

Il plia les jarrets en s’affaissant lentement, le mufle suintant l’eau et le sang, ainsi que la célèbre plaie d’un Dieu, comme lui, jadis crucifié par la bêtise.

Ils vinrent à quatre, agitant leur étoffe écarlate, pour tenter de cacher ce final misérable.

Sang Neuf n’avait plus que douze secondes à vivre.

Le poignard par trois fois infligea dans sa gorge, les plaies ultimes, transformant en carnage cette parodie de spectacle, et il laissa enfin retomber sa tête, aux yeux révulsés par l’horreur.

Son visa pour l’enfer, venait d’être acquitté.

Là haut, dans les gradins, un petit garçon bouleversé par ce naufrage, n’a rien perdu de ce sacrifice pervers, d’un tel blasphème contre la Vie.

Il est le seul à avoir vu dans le ciel lumineux, ce petit nuage noir glisser devant le soleil.

 C’était Sang Neuf, désormais éternellement libre, partant vers des prairies lointaines, rendues inaccessibles à l’homme.

Le petit garçon tourna vers sa maman, un visage blême, aux yeux brouillés de larmes. Elle comprit à l’instant, dans ce regard pathétique, le pouvoir dévastateur d’une telle profanation, et se levant aussitôt, elle serra fort le petit sur son cœur.

Ils sortirent tous les deux, la main dans la main, tristes et désemparés, unis par l’amour, alors que le public, inconscient, accueillait une nouvelle victime.

Taureau anonyme, auquel à son tour, dans ce ballet inventé par la haine, il ne restait que quinze minutes à vivre.

Jamais plus on ne les revit dans une arène.

                                                      J. Poignet  /  Pâques  2005

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 16:57

 

 

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

Petites chouettes des campagnes

Au fin plumage moucheté

Qu'êtes-vous devenues ?

 

Malheureuses victimes trépassées 

Du couperet  sanglant de notre temps

Où êtes-vous passées ?

 

 En nuits glacées et cieux étoilés

La lune pleure votre absence

  Quel lourd silence nous impose l'hiver !

 

 

Petites boules de plumes

Aux yeux de soufre et de mystère

Qu'êtes-vous devenues ?

 

Messagères de mes rêves

En subtils hululements félins

 Où êtes-vous passées ?

 

Dans vos envols aujourd'hui taris

Comme fontaines et sources abandonnées

Quel désastre dans les jardins de nuit !

 

 

Petites chevêches des campagnes

Chasseresses de l'ombre

Qu'êtes-vous devenues ?

 

 

Souveraines des hangars et des cheminées

Gardiennes des arbres creux

Où êtes-vous passées ?

 

 

Qui nous dira

Petites chouettes disparues

Pourquoi la lune est orpheline ?

 

Daniel Labeyrie

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 15:06

VA

 

Conchita.JPG

 

Sur cette photo des années 50, la rejoneadora Conchita Cintron recommande son âme à la Vierge Marie avant d'aller torturer et mettre à  mort .


Ite missa est

Le sacrifice est consommé

Ite corrida est

Le carnage est achevé

 

La Cathédrale de Rodin lève les mains

Vers le visage de marbre du Seigneur

L’arène des Romains déroule ses gradins

Jusqu’au bras de fer du tueur

 

Chasuble ornée d’or et de pierres

Habit pailleté de strass et de lumière

  

Gestuelle liturgique

Passes hiératiques

 

Sur l’autel sacré gît un agneau immolé

Pour le salut du monde

Dans le cirque agonise un taureau saccagé

Pour le plaisir qui gronde

  

Et le granit accueille le sang divin

Et le sable s’imbibe de rouge carmin

 

Hosanna au Très-Haut des Cieux

Olé au plus vaillant des dieux

 

Voici le corps de l’ Homme crucifié

Mangez et buvez

Voici la chair de la victime terrassée

Consommez et lampez

 

Le peuple dévot dans le silence

Se prosterne devant le mystère

Custodi-nos

Les gens du cirque en transe

Trépignent autour du tortionnaire

Taconeos

 

Les orgues inondent le culte

La fanfare salue le tumulte

 

De l’église au gradin                                     

Du chrétien au taurin                            

Le chemin est court et retors             

Il va de la mort à la mort                               

De l’agneau                                                   

Au taureau

 

La Cathédrale de Rodin

Se tord les mains

Les murs des arènes

Transpirent la Géhenne

Custodi-nos

Taconéos

 

Irène Noël

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 12:51

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

L'été se glorifie dans la démesure

Renversant la coupe des chagrins

Sur la nappe brûlée des mélancolies

L'été s'invente des vols d'hirondelles

Effleurant la peau claire des gouttes d'eau

Sur l'onde habillée de cris de joie des enfants

L'été se noie dans les vents brûlants

Fripant les feuillages des arbres haletants

Sur les collines hirsutes des bocages

L'été fait taire les oiseaux bavards

 Cachés dans l'ombre suffocante des fourrés

Au zénith des jours de canicule

L'été déploie ses rayons solaires

Défiant les pluies océanes

Abandonnées aux lointains horizons

L'été déchaîne les insectes

En sauvages concertos nocturnes

Dans la jungle des herbes folles

L'été se veut maître des lieux

Vouant à la noble paresse

Les désirs de prouesses laborieuses

L'été brouille ses cartes à la faveur des orages

       Percutant leurs tams-tams enflammés

Sur la peau éphémère des nuages


 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 13:56

festin.jpg

Photo: Richard Cuisset.

 

Une contribution de Daniel Labeyrie

 

Il faut que le hasard renverse la fourmi pour qu'elle voit le ciel … Proverbe arabe

 

 

            Le soleil au zénith,éclaboussait des petits morceaux de rayons à travers les hautes branches du merisier où quelques merles gaillards festoyaient de fruits inaccessibles.

            Un bourdon téméraire escaladait les fleurs de l'acanthe tout en fredonnant un discret refrain de baryton.

A l'autre bout du verger, dame fauvette , invisible , s'égosillait pour le plaisir de l'assemblée.

 

            La tablée d'amis des quatre vents devisait de tout et de rien sur la terrasse tout en sirotant quelque doux breuvage.L'amitié se conjuguait au temps présent pour le bonheur de chacun. Madame Céleste trônait en bout de table dégustant un succulent petit vin de messe.

 

            Soudain, venue de je ne sais où , une petite fourmi a chu dans le verre de Céleste : l'insecte se débattait dans le vin de messe mais les six pattes ne suffisaient guère  pour aborder la paroi  du verre  afin d'opérer un sauvetage sous la forme d'une remontée jusqu'à la bordure supérieure.

Comment diable, si j'ose me le permettre, un insecte aussi insignifiant, pourrait-il sortir d'une situation aussi désespérée ?

 

                        Le vin non officiellement consacré par le curé du village  n'empêcha pas dame fourmi de trouver un certain plaisir à se repaître du divin élixir que l'athée le plus convaincu ne dédaignerait pas non plus.

 

            La fourmi voyait donc le ciel mais l'ivresse aidant, pour elle, l'azur devait se découper dans un univers où les lois de l'harmonie échappent aux règles édictées par les conventions académiques.

 

             Monsieur le curé, dans son église , trouverait ce petit incident  totalement ridicule , voire grotesque: seul François d'Assise accorderait une certaine importance à la chute d'une fourmi dans un verre de vin de messe.

 

            Que le Très-Haut , dans son immense miséricorde, pardonne à cette infime bestiole ces petits moments d'ivresse à la faveur de quelques agapes estivales.

 

            Retournant à sa triste réalité, le petit être se débattait dans son breuvage et madame Céleste ne voulait  en aucune manière sacrifier son apéritif: que fallait-il faire ? Jeter le contenu c'est-à-dire « jeter le bébé avec l'eau du bain » ? Impossible !

 

            Finalement, l'un des convives, avec la plus extrême délicatesse, la plus profonde concentration, trempa la lame de son couteau dans le verre pour sauver la malheureuse qui fut déposée sur une branchette de jasmin.

            Ce drôle de bain ne perturba pas le dimanche ensoleillé de la bande de joyeux lurons: à l'autre bout de la table personne ne fut au courant de la chose.

            Quoiqu'il en soit, la liturgie  peut prendre parfois d'autres chemins et l'énivrement d'une fourmi dans un  petit océan alcoolisé est bien préférable à la noyade dans un bénitier  !

 

Daniel Labeyrie

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 10:18

 

 

Une contribution de babel.

 

Il va faire beau jour pendant 40 jours…mais avec plein de pluies dedans.

Ce n'est pas moi qui le dis, mais la Saint Barnabé :

http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=8651

Il a plus chez nous à la Saint Médard, mais Barnabé lui a coupé l'herbe sous le pied. La Saint Gervais en sus, ce n’est pas d'chez nous...

Fin juin : le dicton se confirme…

 

On peut en rire, mais j'ai téléchargé les chroniques (traduites) des dominicains de Colmar pour les années 1200 - 1300.

Au milieu d'un fatras de nouvelles très locales, de remarques sur les moeurs du temps, qui n'ont guère changé, on peut rire des signes terribles (naissance de veaux à deux têtes), frémir de la façon rapide dont sont occis moines, évêques, nobles et gueux. S'étonner que les meurtriers soient mitrés, ordonnés, féaux comme homme-liges. Mais, même en tenant compte d'un peu d'exagération, à l'adresse des soupireurs de passés, de regretteurs de l'âge d'or du jadis qui pensent qu'il n'y a plus de saison, eh bien, on apprend qu'il n'y eut jamais de saison… ou plutôt oui, il n’y a plus de saison, et ça fait 10 000 ans que ça dure ! L'année se taille en deux : quand il fait froid, et quand il fait chaud. Chefs de clan, rois, empereurs, présidents, ducs et abbés : aucun rien n’y put. Il dut bien y avoir des saisons, mais où et quand : je ne sais…

Lisez ces infos séculaires, (source : http://www.archive.org/details/lesannalesetlach00gruoft) c'est un peu long, mais drôle, authentique (d'autres faits historiques confirmés sont consignés que je n'ai pas retranscrits) avec un brin de gonflette dans le nombre de victimes, cela vous distraira…

Le temps qu'il faisait il y sept cents ans, quand il paraît qu'il y avait des saisons ?

Ben ça dépend. À dater de 1300, ça s'est mis à peler des engelures : un âge glaciaire, servi avec pestes, guerres. Et qui a duré. Le XIIe siècle fut très doux : un vrai temps à lutiner, à inventer la fin'amor. Le XIIIe a penché vers les glaces du XIVe siècle avec le chaos d'un balancier fou.

Le XXIe sera pyropige (http://www.cledut.net/xylo.htm#P). Mais cette fois, c'est nous qu'on l'a fait. Oui, le climat s'est déjà réchauffé, mais cette fois-ci les pyromanes, c'est nous : il y a une énorme différence entre une ligne globalement ascendante, et des pics ci et là, tandis que le climat s'en va vers un âge glaciaire de poche…

Disons que nous avons touché à un équilibre plus qu'instable avec nos technologies, et même l'Inquisiteur du Naturellement Réchauffé, Mr Allègre, devra dire "Amen", car un incident climatique exceptionnel, c'est deux-trois années pourries qui se suivent, ou pas, et non un changement de paradigme.

Quand on a des lunettes, Msieur Allègre, il faut lire les petits caractères du contrat passé avec ce monde qu'on regarde de haut en n'y étant qu'une infime de ses parties...

Quand on note comme exceptionnels, mais avec inclination globale, certains phénomènes saisonniers, c'est que le paradigme n'est pas un accident naturel, Msieur Allègre… 

Il n'y a jamais eu de saisons certes, mais des décennies de temps pourri comme aujourd'hui, ça c'est du neuf…avec notre signature en dessous.

 

 

Annales des dominicains de Colmar, Anno Domini  MCC & sequent.

 

 

1274 : Depuis le mois de janvier jusqu’à la fête de St-Jean-Baptiste, jours froids et sombres à l’époque de la pleine lune et pluie à la nouvelle lune. On ne vit point de chenilles sur les légumes. Le six des calendes de juillet (26 juin) grande pluie. Le Rhin s’éleva à une hauteur ou on ne l’avait jamais  vu jusque-là ; la pluie ne cessa qu’a la St.-Jacques (25 juillet). - Jours clairs et chauds. - L'eau détruisit tous les ponts.

 1275 Le jour de S'-Pierre et Paul (29 juin), le Rhin détruisit le pont de Raie ; environ cent personnes se noyèrent. J'ai mangé du blé nouveau huit jours avant la Saint-Jean-Baptiste.

On dit que de Strasbourg jusqu'à Mulhausen il y a 1500 pêcheurs.

Le 3 des nones d'août (11 août), il régna un vent extrêmement violent qui dévasta les vignes et les arbres dont il transportait les branches à 3 miles ; il enleva à Herckheim un berceau avec l'enfant qui y était couché.

 

1276 Les vignes fleurirent cinq semaines avant la St.-Jean.

 

 1279 Les fruits des arbres périrent. Le froment réussit, l'avoine manqua.

Le lendemain de la St Barnabé, apôtre, il tomba une violente grêle mêlée d'un grand nombre de pierres parmi lesquelles beaucoup avaient la grosseur d'un oeuf ; plusieurs même avaient la taille des globes ordinaires ou des verres dont on se sert pour boire. Cette intempérie détruisit quelques maisons en briques et causa des dommages en divers lieux d'Alsace. … Aux bains qui se trouvent près de Remiremont, un jeune homme rendit un ver qui avait, dit-on, dix pieds de long.

 

Un tremblement de terre renversa beaucoup d'églises et de châteaux.

Un Frère de St.-Amarin, de l'ordre des Prêcheurs , raconta avoir vu un ver, qu'un soldat nommé Stilempe avait rendu par évacuation, ayant treize pieds de longueur et l'épaisseur d'un roseau écrasé.

Le vin fut généralement bon et cher.

En Alsace le quartier se vendait 20 deniers et la charge trente sols.

La synagogue des juifs est consumée par le feu.

Le fils du roi Rodolphe pilla les troupeaux des habitants du pays de Zurich

La moisson se fit généralement en Alsace la veille de Se-Marguerite. [20 juillet]

 

Ces années qui suivent ressemblent à la nôtre comme deux absences de gouttes d'eaux : mais en pire tant le chaud poussa à la folie…

 

1282

À Prague, capitale de la Bohême, et dans le pays environnant, il mourut de faim 630,000 hommes.

Une femme avoua avoir tué plusieurs enfants et les avoir mangés, pressée par la faim. Un homme avoua pareillement avoir tué vingt et un hommes et les avoir mangés avec avidité.

En Alsace, le viertel de froment valait une livre, et le quartier de vin deux sols.

    TRÈS TRÈS CHER

Les soeurs de St.-Jean sous les Tilleuls de Colmar (Nota = le fameux couvent Unterlinden !), de l’ordre des frères Prêcheurs, furent réduites, pendant six semaines, à ne se nourrir que d'une espèce de bouillie ou de soupe ; elles n'avaient que deux fois par semaine du pain ; 1600 pauvres se présentèrent au couvent pour y recevoir l'aumône. Les pauvres mangèrent du blé nouveau en Alsace, deux semaines avant la fête de Saint-Jean-Baptiste (24 juin).

On mangeait des potirons à la Ste-Marguerite (20juillet).

 

1303, enfin… je lis qu'après un hiver très doux :

 

La chaleur fut telle en Alsace que les vieillards disaient n'avoir pas vu, de leur vie, une année aussi chaude.

L'année fut chaude et sans pluie ; il crut du bon vin qui délia merveilleusement la langue des pauvres gens.

Un vieil homme tua sa femme encore toute jeune, à Ribeauvillé. Dans les environs de Zurich, une mère tua son fils, parce qu'il refusait de lier avec elle un commerce criminel. Les vignes des montagnes produisirent du bon vin en immense quantité.   L'hiver fut long. On nourrissait les moutons et les autres bestiaux avec de la paille. Les cigognes et beaucoup d'autres oiseaux périrent de faim et de froid.

On prenait beaucoup d'alouettes.

Le Rhin, à cause de ses basses eaux, ne pouvait plus porter de bateaux chargés.    

La chaleur fut si intense en Alsace, que les charretiers conduisaient tout nus leurs voitures chargées par les campagnes.

Les cours d'eau étaient tellement desséchés que ceux qui faisaient tourner deux roues de moulin pouvaient à peine en mouvoir une.

L'année fut chaude, et le temps clair, sans pluie notable. Les montagnes donnèrent en abondance du bon vin, et là où l'on pensait faire trois vaisseaux on en remplissait aisément cinq.

Cependant dans quelques endroits de la plaine le vin fut faible et peu abondant.

 

Le viertel de blé se vendait 5 ou 6 sols, et un pain de petite dimension coûtait un denier. Cependant, lors même que le blé se fut vendu douze sols  le pain eut été abondant. Mais le pain était rare parce que les moulins ne pouvaient moudre les blés. (→ Pas d’eau, pas de moulin…)

Le bon vin fut abondant et à bas prix, parce que l'on ne pouvait pas transporter les vins par le Rhin.

Le Rhin était tellement bas, par suite des chaleurs excessives, qu'en beaucoup d'endroits entre Strasbourg et Bâle on pouvait le traverser à pied. (...)

 

(Je passe les détails de 1313, tout était en avance de plusieurs semaines !)

 

Donc, si l'on vous dit qu'il n'y a plus de saisons, répondez que oui, et ça fait déjà dix mille ans qu'il n'y a plus de saisons… Mais que c’est que la première fois que ça tourne encore plus mal à cause de nous. Qu’on a attendu le XIXe siècle pour endiguer la famine en France, mais que le reste du monde a faim. Qu’on en est à la sixième extinction de masse de la vie animale sur terre,  mais que, grande première, cette extinction est le fait du prédateur supérieur : l’homme.

Et dites à Msieur Allègre de la fermer : on a assez de problème comme ça…

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 10:00

 

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

 

                                                                       à Bâbâ, compagnon de route

 

                         Quand l'hiver cogne à nos corps transis, quand la peau de la terre

 se fait âpre, quand le soleil ne laisse passer qu'un soupçon imperceptible

de vague tiédeur, il est temps d'ouvrir l'unique tiroir de la grande armoire à glace pour retrouver la paire unique de chaussons afghans.

 

                Chaussons de laine épaisse tricotés à la main par d'obscures 

et invisibles mains de  femme afghane dans une modeste maison de terre sèche

de la ville d'Hérat non loin de la frontière iranienne,  il y a de cela quelques décennies

lors d'un mémorable voyage sur la route des Indes.

 

                        Ordinaires chaussons , rustiques et doux à la fois, achetés dans la rue, non loin des maisons  de thé où l'on devise de tout et de rien sur de petits tapis près de la douce chaleur des samovars en laissant couler dans nos gorges la brûlante boisson bienfaisante.

 

         Hérat, ville du maître soufi Ansari, où dans les années septante le galop

des petits chevaux ponctuait les lumineuses journées de l'automne afghan

 dans un léger tourbillon de poussière. Lorsque la fête battait son plein les enfants tournaient sur les sommaires manèges de bois sous le bleu unique du ciel afghan.

 

            Quand le soir descendait sur la ville, pas la moindre lumière pour éclairer les rues : une à une , les étoiles s' installaient autour d'un croissant de lune pour laisser peu à peu les ténèbres habiller la cité d'un manteau de fraîcheur.

Bonheur fugace et inoubliable pour des voyageurs malmenés par des semaines d'errances incertaines.

 

            Qui dira la saveur subtile de la plate galette, sortie toute chaude des fours circulaires,  que nous partagions en égrénant les savoureuses grappes de raisin blanc?

            Qui dira le plat de riz agrémenté d'infimes petits morceaux de mouton dégustés sous des vieilles lampes blafardes et vacillantes ?

 

         Aujourd'hui, le bruit et la fureur se conjuguent depuis des décennies

dans la petite oasis d'Hérat. Les soufis ont-ils tous étés emportés dans la tourmente

 de feu et de sang ?

 

                        Chers chaussons afghans, aux premières gelées hivernales,

quand ma vie devient frileuse , l'âme de cette laine chaude me réchauffe toujours,

 même si l'usure du temps a fripé et râpé cette laine de berger, même si un semblant

de mélancolie tenace s'installe inexorablement dans un défilé d' images brumeuses

volées à un passé de plus en plus lointain.

 

Daniel LABEYRIE

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 17:00

Une contribution de Daniel Labeyrie.

 

 


Celui qui se lève tard ne voit pas le lézard

en train de se brosser les dents … proverbe massaï

 

 

                        Quand bise souffle, quand  les frimas s'accrochent à la moindre brindille, vous jouez les invisibles , terrés, cachés dans les lézardes, les fissures des vieux murs , modestes hibernants calfeutrés dans des minuscules repaires totalement inaccessibles à vos ennemis de tout poil.

 

            Lézards des murailles,sans faire montre de la moindre arrogance, vous êtes des hédonistes: vous savez deviner à distance la moindre  apparition  ne serait-ce que brève d'un rayon de soleil pour vous prélasser afin de réchauffer votre sang froid:

 en dignes princes du farniente, vous passez des heures à ensoleiller votre fine cuirasse .

 

            A la moindre alerte, vous prenez la poudre d'escampette pour vous faufiler dans la première cachette venue. Etonnamment silencieux, vos courses- poursuites font de vous des espiègles farceurs , incapables de la moindre agressivité à l'égard du genre humain.

 

            Gare à la mouche imprudente, gare au ver de terre égaré sur votre territoire, gare au criquet des jours de canicule, gare à l'araignée échappée de la remise : toutes ces bestioles finissent dans votre petite gueule allongée.

 

            A la moindre averse , au moindre roulement de tonnerre, vous désertez les terrasses, les toits brûlants, les éboulis, les pans de murs des masures, les dalles effondrées pour vous insinuer dans d'infimes abris connus de vous seuls.

 

            Petits reptiles sauriens, chez vous il n'y a pas de lézard, il n'y a pas le moindre problème, votre  devise: la vie au soleil, c'est-à-dire faire le lézard , paresser...

 

            Parfois les enfants se jouent de vous, vous mènent une vie impossible, vous attrapant par le bout de la queue dans des éclats de rires déconcertants.

 

                        Vos chutes vertigineuses du haut des toitures, vos bagarres infernales n'ont jamais fait peur à la moindre mouche mais la couleuvre verte et jaune vous regarde d'un drôle d'œil !

Elle sait attendre le moment propice pour vous estourbir : cruelle destinée pour des petits cousins

 du crocodile.

 

            Nous n'avons de cesse d'admirer votre remontée rapide des murs, alpinistes chevronnés, vous atteignez en quelques secondes le faîtage des maisons où votre liberté se décline

 au rythme solaire de la belle saison.

 

            Parfois vous vous risquez à vous introduire dans la cuisine, voire une chambre . Cette curiosité est toujours intéressée car le moindre moucheron , le moindre cloporte sera happé

en un fragment de seconde : comment vous remercier de votre visite ?

 

 

 

Petits princes des murailles, courez, lézardez,  continuez d'enchanter nos étés !  

 

 

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